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numéraire des espèces trois fois au-delà du prix ordinaire (1). »

Ce grand et hasardeux courage s'était déployé dans d'autres circonstances. En 1537, le Parlement con. damna juridiquem ent l'Empereur Charles-Quint. Il faisait toujours la guerre à François 1er, l'accusait devant toute l'Europe d'avoir violé sa parole et d'avoir appelé les Turcs en Italie. Le roi le fit ajourner comme son vassal pour les comtés de Flandres et d'Artois. Il vint donc au Parlement avec les princes et les pairs ; l'avocat-général Cappel fit un réquisitoire contre CharlesQuint. On rendit un arrêt par lequel on citerait Charles, empereur, à son de trompe sur la frontière ; et l'empereur n'ayant pas répondu, le Parlement confisqua la Flandre, l'Artois et le Charolais, dont l'empereur resta le maitre (2).

Deux ans après , ke mème Parlement complimenta ce même Empereur, et tint séance sous la présidence de Charles-Quint (3).

S'il fallait ployer la tête devant tous les arrêts des Parlements, nous serions un étrange peuple. Ainsi , point d'inoculation, parce qu'il plut au Parlement de

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(1) Vollaire, Précis du siècle de Louis XV, chap. II, pag. 15.
(2) Voltaire, Histoire du Parlement, pag. 81.
(3) Voltaire, Annales de l'Empire, tom. XXIII , année 1539.

Paris de condamner l'inoculation (1). Point d'antimoine, parce que, en 1566, il intervint un arrêt de Parlement contre l'antimoine (2). Point de presse, parce que, l'imprimerie s'étant produite à Paris , avec la nouveauté de ses merveilles, le Parlement fit saisir et confisquer tous les livres de trois Allemands qui nous dotaient de leur industrie. On sait que Louis XI défendit au Parlement de connaitre de cette affaire, l'évoqua à son conseil et fit payer aux imprimeurs le prix de leurs ouvrages , mais sans marquer de l'indignation contre un Corps plus jaloux, dit Voltaire, de conserver les anciens usages, que de s'instruire de l'utilité des nouveaux (3). En 1652, un arrêt du Parlement de Paris

(1) Voltaire à d'Alembert (15 mars 1769), tom. XVI, pag. 84 des OEuvres du premier. - Dans la seconde Lettre d'un Gascon sur l'arrêt du Parlement de Toulouse du 3 juin 1763, etc., on disait assez plaisamment , au sujet de l'inoculation : « Si l'arrêt du Parlement avait, comme ceux qu'il a portés contre les Jésuites, un effet rétroactif, quel chagrin pour M. le duc d'Orléans ! La petite vérole des princes ses enfants serait déclarée nulle et abusive , comme les vaux des soi-disants ; on procèderait extraordinairement contre M. le duc d'Orléans lui-même comme fauteur de l'ipoculation; et M. Tronchin, partisan de cette doctrine , serail le Busenbaum de notre siècle. N'allez pas vous rappeler ici l'arrêt contre l'émélique ; celui-là vous en rappellerait d'autres non moins singuliers, et nous n'aurions jamais fini.» Pag. 8-9.

(2) Lettre d'un Cosmopolite sur le Réquisitoire de M. Joly de Fleury; Paris, 1765, in-12, pag. 175. – La défense du Parlement dura jusqu'en 1650, où il permit, par un arrêt, l'usage de l'antimoine. Nouvelles de le Républ. des Lettres , février 1685, p. 210.

(3) Histoire du Parlement , pag. 57.

défendit d'imprimer l'Imitation sous un autre nom que celui de Thomas-å-Kempis (1). Faudra-t-il soumettre à l'arrêt du Parlement les nombreux écrivains qui ont attribué l'Imitation soit au bénédictin Gersen , soit au chancelier Gerson ?

En 1624, le Parlement de Paris donna un arrêt bien singulier, et qui était une grande preuve de ses profondes lumières. Certain philosophe du nom de Villon et un médecin chimiste appelé de Claves , eurent la hardiesse de combattre les sentiments d'Aristote sur le nombre des éléments , et sur la matière et la forme des substances corporelles. L'Université se gendarma làdessus; requête fut présentée de sa part au Parlement, et les thèses qui contenaient ces monstrueuses opinions furent condamnées à être déchirées en présence de de Claves qui s'était laissé incarcérer; il lui fut ordonné, à lui, à Villon, et à Bitaut , leur disciple, de sortir de Paris dans les vingt-quatre heures, avec défense de séjourner dans aucune ville , ni d'enseigner la philosophie dans les Universités du ressort du Parlement de Paris. On défendit, dans le même arrêt, sous peine de la vie , de soutenir ou d'enseigner les maximes contre les anciens auteurs. « Sous le règne de Louis XIV, ajoute un historien protestant, les magistrats du Parle

(1) Le P. d'Avrigoy, Mémoires , tom. III, pag. 106.

ment de Paris n'auraient pas été moins rigoureux que leurs prédécesseurs contre la nouvelle philosophie, et les sentiments de Descartes seraient autant flétris que les thèses de Villon, si quelques gens d'esprit n'avaient fait ouvrir les yeux aux magistrats , en exposant d'une manière ingénieuse l'absurdité de l'arrêt que les pédants voulaient extorquer. Peu s'en est fallu que le Grand Monarque n'ait autant persécuté les Cartésiens de son royaume, que les Jansenistes et les Réformés. Il a interposé son autorité, afin d'obliger tous les particuliers d'une savante Congrégation à signer que leur ame est aussi immédiatement unie à leurs talons , qu'à je ne sais quelle partie de leur cerveau, et que le nombre des catégories d'Aristote est si sacré qu'il n'en faut pas retrancher une (1).

Le Parlement avait la fureur de toucher à toutes choses et de tout soumettre à ses arrêts, aujourd'hui les évêques, demain les philosophes. Après avoir envoyé le Saint-Sacrement, entre deux fusiliers, à des malades qui refusaient de mourir dans le giron de l'Eglise, on faisait diversion à ce digne passe-temps par quelque exécution de livres nouveaux , jugés trop hardis. C'est ainsi que le Parlement, avec un arrêt du

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(1) Le Vassor, Histoire de Louis XIII, tom. V, livre XXI, p. 45, édit. d'Amst., 1703.-Voltaire, Histoire du Parlement , pag. 233.L'abbé Irail, Querelles lilléraires, tom. III, pag. 11.

9 juin 1762, décréta J.-J. Rousseau de prise de corps et fit lacérer et brûler son Emile par l'exécuteur des hautes oeuvres, au pied du grand escalier (1). Des hommes qui voyaient de près ces augustes jugeurs , ne les épargnaient pas dans leur intimité, D'Alembert écrivait au roi de Prusse que, ces Parlements qui brûlaient sans miséricorde les cuvres des philosophes, pourraient bien , si on les laissait faire, échauder les philosophes eux-mêmes (2). » Voltaire plaisantait sur le Parlement de Paris, «ce tribunal respectable, qui ne s'embarrassait guère que le peuple eût du pain, pourvu qu'il eût les sacrements (3). »

Comme il s'était laissé gagner par un jansenisme haineux et tracassier, le Parlement n'avait pas atlendu à 1762 pour se couvrir de ridicule. Un arrêt de Messieurs de Paris (4 janvier 1738) défendit d'honorer Vincent de Paul comme un saint, et supprima la bulle de canonisation. Ce prêtre gascon, célèbre en son temps, dit misérablement Voltaire, avait été l'un des adversaires les plus déclarés du jansénisme naissant. Les dévots à saint Pâris persistaient donc à dire : Monsieur Vincent. Ils disaient aussi : « La simplicité de M. Vincent faisait

(1) Musset-Pathay, Histoire de la Vie et des Ouvrages de J.-J. Rousseau ; nouvelle édition, Paris, 1827, in-8°, pag. 177.

(2) OEuvres de d'Alembert, tom. XVIII, pag. 48. (3) OEuvres de Voltaire, lom. LVIII, pag. 44,

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