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c'est-à-dire, qu'on voulait changer en un état répu. blicain l'état monarchique des Jésuites. Mais ils avaient choisi celui-ci de préférence, ils s'y étaient engagés par vou; on ne pouvait dénaturer l'objet et le lien de leur engagement sans le rompre et le détruire. Pourquoi vouloir délivrer les hommes d'une autorité dont ils ne se plaignent pas ? De quel droit voulait-on soumettre les Jésuites à une autre espèce de régime ? Qui donc aurait donné aux assemblées capitulaires le pouvoir de conférer aux supérieurs une juridiction vraiment spirituelle ? Nul ne peut donner ce qu'il n'a pas.

Les conclusions des gens du roi portaient en toutes lettres qu'il n'était pas, à proprement parler , question de réforme. De quoi s'agissait-il donc ? On connaissait l'existence légale des Jésuites, en qualité d'Ordre religieux, juridiquement établi en France. « Ce fait, disaient les gens du roi, ne semble pas pouvoir être aujourd'hui la matière d'un problème, depuis l'édit de Henri IV, en 1603, enregistré à la cour, et soutenu d'une possession d'état de près de cent cinquante années. »

Ces témoignages élaient aussi honorables que décisifs, mais les Jésuites avaient toujours à se plaindre du discours de l'avocat-général. Ils ne pouvaient reconnaitre leur Institut dans le tableau de fantaisie qu'il en avail tracé. On était étonné de trouver dans le rapport

de ce magistrat des textes mal ponctués, mal cités, mal commentés, mal interprétés, des faits avancés et des assertions positives contre la teneur expresse des Constitutions les plus claires et des déclarations les plus formelles. Si l'on eût ainsi examiné les lois, les us et coutumes du royaume ; si le recueil des Edits , Arrêts et Ordonnances eût été décomposé, aralysé, discuté dans le même goût, que de belles choses le parlement eût fait admirer à la France !

Quant aux accusations et aux proscriptions de l'arres du 6 août , comme elles contiennent les principaux griefs qui furent articulés contre la Compagnie, elles viendront en leur temps, à leur place , et avec d'autres adversaires. Il nous suffit d'avoir signalé le point de départ.

La faiblesse de la cour augmentait avec la hardiesse du Parlement. Le roi était sollicité en faveur des Jésui tes par la reine son épouse, par le Dauphin , ce prince d'un sens si droit et d'une vertu si solide ; par les autres enfants, par les seigneurs les plus vertueux; enfin, par la connaissance intime qu'il avait et de l'utilité de ces Religieux et de la passion qui animait leurs ennemis. D'un autre côté, un ministre fort en crédit, une femme alors puissante à la cour , servaient les vues des philosophes et les entreprises du Parlement. Tandis qu'une administration sage et ferme eut contenu la ma

gistrature, on laissait détruire des établissements utiles, et sacrifier aux animosités personnelles des parlementaires les intérêts de la religion et de l'Etat (1).

D'Alembert écrivait à cette époque :

« On dit que les Jésuites font courir dans les maisons trois Mémoires manuscrits pour leur justification. C'est beaucoup que trois, car je crois qu'ils auraient de la peine à en faire lire un seul, tant l'animosité publique est grande. On dit qu'ils prouvent, dans un de ces Mé. moires, que le Parlement a falsifié et tronqué les passages de leurs Constitutions. Cela pourrait bien être, puisqu'Omer-Anitus, dans son beau réquisitoire, a bien falsifié et tronqué, d'après Abraham Chaumeix, les passages de l'Encyclopédie (2). » Nous verrons que les philosophes poussaient bien plus loin leur estime pour les Parlements.

Les coups portés avec tant de persévérance au seuil du sanctuaire y retentirent profondément. Les premiers pasteurs, effrayés de ces attaques, qu'ils voyaient bien ne devoir pas s'arrêter là, élevèrent la voix à l'aspect du danger. Une occasion naturelle s'offrait pour le faire. Ils avaient été convoqués par le roi, sur la demande des commissaires du conseil chargés de rendre

(1) Picot , Mémoires, tom. III, pag. 391-4. (2) OEuvres de d'Alembert, tom. XV, pag. 186 (31 octobre 1761.) compte des Constitutions des Jésuites. On voulait avoir leur avis sur les quatre points suivants :

I. L'utilité dont les Jésuites peuvent être en France, et les avantages ou les inconvénients qui peuvent résulter des différentes fonctions qui leur sont confiées ;

IJ. La manière dont les Jésuites se comportent dans l'enseignement, et leur conduite sur les opinions contraires à la sûreté de la personne des souverains , sur la doctrine du clergé de France, contenue dans la déclaration de 1682, et en général sur les opinions ultramontaines;

JII. La conduite des Jésuites sur la subordination qui est due aux évêques et aux supérieurs ecclésiastiques, et s'ils n'entreprennent rien sur les droits et fonctions des pasteurs ;

IV. Quel tempérament on pourrait apporter en France à l'autorité du Général des Jésuites, telle qu'elle s'y exerce.

La première assemblée des évêques se tint le 30 novembre 1761 chez le cardinal de Luynes, archevêque de Sens, et président. Douze commissaires, choisis dans le sein de la réunion, consacrèrent un mois à examiner les quatre articles indiqués par le comte de SaintFlorentin , ministre de la maison du roi. Il y eut, le 30 décembre, une assemblée générale, à laquelle se trou'vèrent cinquante-un évêques. On y lut l'avis des com

missaires; il était entièrement favorable aux Jésuites, et répondait aux quatre articles de manière à repousser les calomnies répandues contre la Société. Le cardinal de Choiseul (1), archevêque de Besançon, et premier opinant, ouvrit un avis différent. C'était de laisser subsister les Jésuites, mais en les soumettant aux ordinaires, et en faisant quelques autres changements dans leur régime. Cette opinion fut adoptée par cinq évèques, dont un revint à l'avis de la majorité, qui se prononça très-formellement en faveur des Jésuites. Quarante-cinq évêques les défendirent contre les reproches de leurs ennemis et représentèrent la destruction de la Société comme un malheur pour leurs diocèses. FitzJames, évêque de Soissons, fut le seul à s'élever contre les Jésuites, qu'il prétendait être non-seulement inutiles, mais encore dangereux. Les autres évèques comprirent mieux ce qu'ils devaient à la religion et à la vérité, et leur Avis imprimé (2) est un éclatant hommage rendu à des Religieux atrocement poursuivis, en même temps qu'il reste comme un honorable témoignage de la droiture et de la fermeté des prélats qui ne se laissèrent point entrainer au torrent.

L'Avis fut signé par les cardinaux de Luynes, de Ges

(1) Frère du ministre persécuteur.

(2) Avis des Prélals consullés sur l'affaire des Jésuites ; 1762 , in-12 de 60 pages.

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