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les instants sont précieux ! Demain, et aujourd'hui peutêtre, nous ne serons plus de ce monde : disposonsnous par une sincère pénitence à être plus heureux dans l'autre. Que je ne perde pas une seule de vos ames! Ajoutez à l'espoir que Dieu me recevra moimême dans son sein, le bonheur de pouvoir vous présenter à lui comme des enfants qu'il me charge de sauver tous, et de rendre tous dignes de sa miséricorde (1).»

Ce langage, de la part d'un homme connu par sa charité et l'austérité de sa vie, fit disparaître les illusions. Tous se jetèrent à ses pieds, en demandant pardon à Dieu. L'auguste vieillard s'approcha de chaque prisonnier, entendit sa confession, et, après l'avoir absous, le serra dans ses bras, en lui recommandant de savoir braver la mort pour celui qui l'a soufferte en rachetant le monde.

En effet, la mort n'était pas loin; les prisonniers n'avaient eu que tout juste le temps de se réconcilier. Dans la nuit du 16 au 17 octobre, des assassins furent introduits dans le château. Deux des brigands se place. rent à la porte de la première salle, donnant sur l'escalier par où l'on faisait monter les prisonniers. On appelait les victimes l'une après l'autre; quand elles étaient arrivées près de la porte, les deux bourreaux les assommaient avec des barres de fer; puis d'autres assassins les précipitaient, à peine expirantes, dans un vaste puits qui servait de glacière. On assure que parmi les assassins était un prêtre constitutionnel, nommé Barbe. Par un monstrueux assemblage de croyance religieuse et de cruauté, cet homme épouvantable, aidant

(1) Barruel, Hist. du Clergé, t. I, p. 141, - Hist. parlem., t. VI, p. 235.

ses complices dans le massacre, donnait l'absolution à chaque victime au moment où les bourreaux lui fendaient la tête. Dieu a voulu que M. Nolhac fût appelé un des derniers; il exhortait, dans l'intérieur de la prison, ceux qui restaient avec lui, et les préparait à la mort. Enfin il fut appelé lui-même, pour aller recevoir dans le ciel la récompense d'une vie non moins édifiante que sa mort. Voilà ce qui est arrivé à Avignon le 16 octobre, pendant qu'on méditait à l'Assemblée législative des mesures de proscription générale contre le clergé, et qu'on s'obstinait à dire que les troubles étaient dus à leur fanatisme. Ne croyez pas que cette scène soit un accident de la révolution; non, elle est une conséquence logique de la marche suivie précédemment. Dénoncer une classe de citoyens, la proscrire sans jugement, c'est la mettre hors la loi et la livrer au fer du premier assassin; il ne faut plus que des hommes d'exécution, et malheureusement il s'en trouve toujours. Les massacres de la Glacière étaient le dernier résultat de la conduite de l'Assemblée constituante, la conséquence logique de tant de dénonciations contre les prêtres et les aristocrates. L'Assemblée législative veut marcher dans la même voie : eh bien ! bon gré, mal gré, elle arrivera au même résultat (1).

Cependant, à la nouvelle des massacres d'Avignon, un long cri d'horreur se fit entendre dans toute la France, et l'on peut dire dans toute l'Europe. Tous les cours étaient émus et comme frappés de stupeur. L'Assemblée législative n'était pas encore venue au point d'y être insensible; elle ordonna l'arrestation des ban

(1) Barruel, Hist. du Clergé, t. I, p. 142.

dits et de leur chef. Celui-ci chercha à se sauver et à se défendre; mais il fut arrêté et désarmé par le courage d'un jeune homme qui, pour se défaire d'un monstre, avait exposé sa vie. Tous furent donc incarcérés. Les habitants d'Avignon, délivrés de la terreur, envoyèrent à l'Assemblée nationale une protestation, signée de trois mille citoyens actifs, contre les actes de leur horrible tyran (1). Mais plus il avait commis de crimes, plus il plaisait au parti révolutionnaire, qui les avait secrètement ordonnés. Les jacobins de Paris et de Marseille, qui ne voyaient dans les assassins de la Glacière que des patriotes persécutés par les ennemis de la révolution, demandèrent l'amnistie, et ne négligèrent aucun moyen de l'obtenir (2). L'Assemblée législative, indécise et tremblante devant les jacobins, eut la faiblesse de céder. Elle accorda l'amnistie, et fit par là un véritable appel aux massacres du 2 septembre, où figurèrent en effet plusieurs des égorgeurs de la Glacière (3). La municipalité d'Avignon réclama contre le décret d'amnistie, dont elle prévoyait les funestes conséquences(4); mais il fut exécuté malgré elle, et même avant l'ordre du gouvernement. Des gens armés, revêtus de l’uniforme de la garde nationale, vinrent délivrer les brigands, sans éprouver la moindre résistance de la part de leurs gardes (5).

Jourdan, une fois en liberté, donna un libre cours à ses abominables instincts. Il se rendit à Arles, où il fut porté en triomphe par les Marseillais qui troublaient

(1) Moniteur, 4 décembre 1791.
(2) Ibid., séance du 16 avril 1792.
(3) Ibid. Le décret est du 19 mars 1692.
(4) Ibid., séance du 27 mars 1792.
(5) Ibid., séance du 13 avril 1792.

472 L'ÉGLISE DE FRANCE PENDANT LA RÉVOLUTION.

alors cette ville (1), et revint ensuite, à la tête de ses brigands, sur le théâtre de ses crimes. Il rentra dans Avignon, avide de vengeance. Toutes les personnes qui avaient déposé contre lui périrent de ses mains ou par ses ordres. Les prêtres ne furent point ménagés. Le désordre fut tel, que, selon l'expression d'un député, on ne pouvait y fixer son attention sans frémir d'être de la même espèce que ces monstres à face humaine qui avaient ensanglanté cette ville (2). L'arrestation de Jourdan fut ordonnée de nouveau, mais ne put être exécutée (3): il avait pris la clef des champs. En 1793 on le vit à Marseille, lors de l'insurrection de cette ville, où il voulait faire une seconde Glacière; mais les Marseillais ne lui permirent pas de se livrer à sa férocité : ils le firent arrêter, pour lui infliger le châtiment dû à ses crimes. Le général Carteaux, envoyé à Marseille avec des troupes conventionnelles, vint juste à temps pour le délivrer. Jourdan, en récompense de ses services, fut nommé chef d'escadron et commandant de la gendarmerie dans le même pays qu'il avait arrosé de tant de sang. Mais son heure avait sonné. Ce proscripteur fut proscrit à son tour : le tribunal révolutionnaire le condamna à mort, et le fit exécuter le 27 mai 1794 (4). C'est là qu'on arrive quand on s'engage dans la voie des proscriptions. On croit proscrire seulement les prêtres et les aristocrates, et, par un juste jugement de Dieu, on se proscrit soi-même.

(1) Moniteur, séance du 13 avril 1792.
(2) Ibid., séance du 10 mai 1792.
(3) Ibid., séance du 24 mai 1792.
(4) Biogr. univ., art. Jourdan.

DU DEUXIÈME VOLUME.

LIVRE IX.

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Abolition des titres de noblesse, 2. Efforts de l'abbé Maury pour s'y op-

poser, 3.-Fête de la fédération au Champ-de-Mars, 4.-Clootz admis comme

représentant du genre humain, ibid. - La messe célébrée par Tal and, 8.

Serments de la Fayette et du Roi , salves d'artillerie, 9. Critique des

journaux, 12.

L'évêque de Léon resuse son concours à la célébration des

fêtes, 17. - L'évêque de Tréguier devant le tribunal du Châtelet, 20. — Al-

taque dirigée contre les ministres du roi, 21. Révolte militaire à Metz et à

Nancy, le général Bouillé, 23. — Retraite de Necker, déficit du trésor, 25.

Injustices criantes commises envers les congrégations religieuses, 27. - Abo-

lition du costume ecclésiastique et religieux, touchantes paroles de l'évêque

de Clermont, 29. Nouvelle émission d'assignats faite sur les biens ecclésias.

tiques; Maury et Mirabeau sur cette question, 30.— Rapport sur la procédure

du Châtelet contre les crimes des 5 et 6 octobre, 31.- Attaque de l'abbé Maury

contre ce rapport, 34. Sanction du roi donnée à la constitution civile du

clergé, 39. - Recours du roi à Rome, ibid. Impossibilité où se trouvait le

pape de transiger, 40. Le pape consulte les évêques de France, 42.- Con-

duite sage et circonspecte des évêques, 43. — Leurs mandements, 44.- L'Ex-

position des principes, 46. — Conduite impolitique de l'Assemblée nationale

dans les affaires ecclésiastiques, 47. Persécution exercée contre l'évêque

de Nantes, 48. – Question du serment , 49. Discours de Voidel en faveur

du serment,

54. Demande d'ajournement rejetée, 59. Discours de Mira-

beau contre le clergé, 61.- Éloquente réplique de l'abbé Maury, humiliation

de Mirabeau, 63. Manæuvres persides des ennemis de l'Eglise révélées par

l'abbé Maury, 68. - Loi du serment, 74. — Embarras du roi, 76. Mémoire

demandé à M. de Boisgelin, 77. – Lettre de cet archevêque au roi,

, ibid.

L'Assemblée presse l'acceptation de la loi du serment , 80. — Réponse évasive

du roi, 81.- Nouvelles instances de l'Assemblée, 82. — Le roi demande des

conseils à M. de Boisgelin, 83. Lettre de ce prélat, 84. Le roi menacé

accorde la sanction, 86. — L'abbé Grégoire et d'autres prêtres prêtent le ser-

ment, 88. Serment restrictif proposé par l'évêque de Clermont, et rejeté

par l'Assemblée, 91. - Barnave presse l'exécution de la loi du serment, 94.-

Efforts inutiles de Cazalès pour obtenir un délai, 96. La prestation du ser-

ment fixée au 4 janvier, 98. Séance du 4 janvier, ignominieuse pour l'As-

semblée nationale, glorieuse pour le clergé de France, 99.

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