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sautait à tous les yeux : elle devait accorder aux peuples la liberté des cultes et le choix de leurs pasteurs, comme Gensopné l'avait demandé; par ce moyen, elle apaisait tous les troubles, et se faisait béņir par les populations.

Mais nos législateurs sont loin de sentiments aussi pacifiques. Ils s'emportent contre les prêtres catholiques, comme les seuls auteurs des troubles et des assassinats. Isnard , député du Var, s'écrie que l'impunité est la seule cause de cette désorganisation sociale; il engage les membres de l'Assemblée à mettre de côté l'indulgence pour ceux qui ne veulent tolérer ni la constitution ni les lois, et qui, avec les torches fanatisme, incendient tout le royaume. Il leur demande s'ils ne sentiront les dangers de l'indulgence que quand le sang français aura teint les flots de la mer? Un autre député affirme que les troubles sont l'effet d'un système sanctionné à Rome, et demande que le comité de législation soit tenu de présenter incessamment des mesures vigoureuses et fermes.

Ce dernier ayis fut adopté. Les ennemis dų clergé catholique étaient cette fois-ci vainqueurs. L'Assemblée arrêta que le comité de législation lui proposerait, le 8 du même mois, c'est-à-dire dans deux jours, des mesyres rigoureuses contre les prêtres perturbateurs, et que l'Assemblée, toute autre affaire cessante, s'occuperait de cet objet jusqu'au décret définitif (1). Cependant, le travail du comité de législation ne put être présenté que le 14.

Dans l'interyalle (le 11 novembre), on reçut la nou

(1) Moniteur, séance du 6 novembre 1791.

velle d'une collision sérieuse et sanglante qui avait eu lieu à Caen au sujet des dissensions religieuses. On ne l'attribuait pas directement aux prêtres non assermentés; cependant on les punissait comme s'ils en étaient coupables. On rapporta donc qu'une foule d'émigrés et de ci-devant nobles de Caen et des environs se réunissaient depuis quelque temps sur les places publiques de la ville, et semblaient, par leur arrogance, leurs propos et leurs menaces, annoncer des projets hostiles. Ils prenaient pour prétexte la cause des prêtres non assermentés, dit le rapport; en conséquence, les administrateurs du département firent un arrêté qui prescrivait aux prêtres ci-devant fonctionnaires publics de quitter leurs paroisses, à l'exception seulement de ceux dont les municipalités rendraient bon témoignage; c'est-à-dire, ils leur ordonnaient de quitter leur demeure, et de s'établir on ne dit pas où. Selon le même rapport, le ministre de l'intérieur s'opposa à l'exécution de cet arrêté, et les rétablit dans les droits précédemment accordés. Les prêtres non assermentés allaient donc dire la messe dans les églises, et le clergé constitutionnel, dit-on, leur fournissait les ornements, quoique souvent il fût mortifié, injurié et menacé par ceux qui suivaient les prêtres non assermentés.

Un de ces prêtres, M. Bunel, ancien curé de la paroisse de Saint-Jean, se présenta dans son église pour y dire la messe. L'église était pleine; mais le ton aigre de ceux qui y assistaient, et qu'on soupçonnait d'avoir des armes cachées, irrita les patriotes. Il y eut des propos échangés. Le conseil général de la commune, dans son extrême sollicitude, engagea M. Bunel à ne pas dire la messe le lendemain, comme il l'avait annoncé. Le prêtre, est-il dit, se soumit à la réquisition municipale ; mais les catholiques, non avertis, se rendirent à l'église, et exprimèrent leur mécontentement de ce qu'on n'avait point permis au prêtre de dire la messe. De là de nouveaux propos échangés entre les catholiques et les patriotes, et bientôt une collision où quatre personnes furent blessées, deux grièvement. Tels sont, en peu de mots, les troubles qui avaient éclaté à Caen, et qui ont été dénoncés à l'Assemblée nationale. Mais la municipalité de Caen se garda bien de dire à l'Assemblée ce qu'elle avait fait, le 10 du même mois (novembre 1791), aux Filles de la Charité. Elle ne dit pas qu'elle les a traînées, avec l'aide de la garde nationale, à la maison commune, à sept heures du soir, au milieu des huées, des mauvais traitements et de l'effroyable cri de mort, devenu celui de la liberté; qu'elle les a tourmentées de toutes manières pour leur faire prêter le serment qu'elles détestaient dans leur cour, et auquel, d'ailleurs, elles n'étaient point assujetties; que ces pauvres filles, imperturbables, invincibles, presque martyres, menacées, après une séance prolongée bien avant dans la nuit, de se voir livrées à la populace après leur sortie, ont été réduites à prononcer ces mémorables paroles, propres

à attendrir le coeur le moins sensible : Messieurs, que le plus humain d'entre vous soit notre bourreau, plutôt que de nous livrer à la populace! Nous vous pardonnons notre mort, et faisons à Dieu le sacrifice de notre vie ; et que la municipalité, loin de se laisser toucher par la fermeté de ces héroïnes chrétiennes, entièrement dévouées au service de l'humanité souffrante, les a condamnées au bannissement (1). Voilà ce qu'elle ne dit pas. Elle ne dénonça que les actes dont elle pât accuser les prêtres fidèles, et dont ils étaient fort innocents. M. Bunel s'est soumis à la première réquisition municipale. Cependant, c'est à eux qu'on s'en prenait, ce sont eux qu'on attaquait. On n'osait pas les chasser des paroisses où ils se trouvaient, mais on leur ordonna de s'abstenir provisoirement de dire la messe dans aucune des églises de Caen, jusqu'à ce que l'Assemblée eût pris des mesures convenables. Les administrateurs du département, à l'exception d'un seul, se refusèrent à signer cet arrêté.

La lecture de ce rapport causa dans l'Assemblée législative une extrême agitation. On proposa de convoquer la haute cour nationale pour juger les coupables et mettre un terme aux troubles. Ce n'était pas le moyen de les apaiser; il s'en fallait beaucoup. Le résultat de tout cela fut une grande irritation contre les prêtres catholiques (2); c'était un funeste prélude pour la séance du 14, où l'on devait examiner leur cause et décider de leur sort.

Le rapport présenté dans cette séance, et fait d'après les impressions qu'avaient laissées tant d'adresses venues des départements, n'était point favorable. On assujettissait au serment civique tous les prêtres qui touchaient une pension du gouvernement, ou qui s'immiscaient dans l'exercice public ou la prédication du culte catholique (3); on leur défendait de s'occuper, dans ces sortes de réunions, d'autre chose que du culte.

(1) Nouveau compte-rendu au roi, p. 20.
(2) Moniteur, séance du 11 novembre 1791.
(3) Ibid., 14 novembre 1791.

Ainsi le prêtre catholique pouvait exercer ses fonctions, à la condition qu'il prêterait le serment civique, selon l'article 5, titre 2 de la constitution. Ce serment consistait à jurer d'étre fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de maintenir de tout son pouvoir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale constituante aux années 1789, 1790, 1791. Il n'y était pas question de la constitution civile du clergé. Ce serment n'était donc pas le même que celui qui était exigé des fonctionnaires publics par la loi du 27 novembre 1790; mäis au fond il n'en différait guère, comme nous aurons occasion de l'observer.

La majorité de l'Assemblée, prévenue et irritée sans doute par les dernières dénonciations, n'accepta pas ce projet, qui lui paraissait trop doux; elle le rejeta par la question préalable. Alors parut à la tribune le plus fougueux adversaire du clergé catholique et le plus exalté révolutionnaire : c'est İsnard, député du Var. Il prononça contre le clergé le plus violent discours qu'on eût entendu depuis 1789; il laissa bien loin derrière lui la cruelle éloquence de l'évêque Fauchet; Mirabeau lui-même ne s'était jamais porté à un pareil délire d’impiété. Isnard l'a surpassé par sa haine, par son emportement et sa cruauté; son discours est le prélude des rugissements de la Convention, selon la parole d'un écrivain.

Il établit donc pour principe qu'il est juste d'établir contre le prêtre des lois plus sévères que contre le simple particulier, parce que le prêtre a entre ses mains des moyens d'action et de puissance que n'a pas un autre citoyen. Le prêtre prend l'homme au berceau, et l'accompagne jusqu'au tombeau. La religion est un ins

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