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pour la liquidation entière de ses comptes; un délai lui était accordé jusqu'au 1er juillet suivant (1).

Le 30 mai, un second arrêt du Conseil, complétant l'arrêt précédent, régla les détails d'une régie chargée à la fois de la recherche des salpêtres et de la fabrication des poudres (?). Elle fut confiée à JeanBaptiste Bergaud, pour une durée de trois ans et demi. Celui-ci devait être placé sous la direction de personnes que Turgot se réservait de choisir et qui se porteraient ses cautions. A partir du 1er janvier 1778, toute recherche de salpêtre dans les maisons, caves, celliers, bergeries, écuries et autres lieux bas, toute fourniture de bois devaient être interdites, à moins que le propriétaire n'y consentit et ne livrât son salpêtre ou son bois de gré à gré. L'arrêt fixait ensuite le prix de la poudre et du salpêtre livrables au commerce, la quantité de poudre nécessaire aux armées de terre et de mer. La régie était soumise à la surveillance assidue de l'administration financière; ses comptes devaient être vérifiés chaque mois; son compte général devait être approuvé chaque année en Conseil, après avoir été examiné par l'intendant des fiuances Ormesson, commis à cet effet (?). Elle procurait à l'État un revenu annuel de 8 à 900,000 fr.

Les vexations auxquelles donnait lieu la recherche des salpêtres, ne devaient donc entièrement cesser que le ler janvier 1778. Turgot se réseryait ce délai pour étudier à loisir les meilleurs procédés de fabrication qu'il serait possible de substituer à l'ancienne méthode. Il ne s'en appliqua pas moins, en attendant mieux, à réformer ce service et à en modérer les abus. Il y avait en Franche-Comté des forêts dont les propriétaires étaient tenus de fournir du bois aux salpêtriers; et de peur, sans doute, que ceux-ci ne vinssent à en manquer, on avait imaginé d'interdire aux propriétaires de vendre leurs bois à d'autres qu'aux salpêtriers. De là de nombreux procès. Turgot trouva exorbitantes de pareilles exigences, et, pour les faire cesser, il déplaça les ateliers des salpêtriers, rendant ainsi aux plaignants la libre disposition du produit de leurs forêts. En même temps, il introduisit dans ces ateliers une importante amélioration. Il fit creuser un canal qui y amenait l'eau des sources salées du pays. Ce canal, par malheur, enlevait quelques arpents de terre à un gentilhomme : celui-ci poussa les hauts cris. On lui offrit une indemnité, à dire d'experts : il la refusa. Il vint se plaindre à la cour; les courtisans firent choruis avec lui. « Ils ne criaient pas, dit Condorcet, quand de splendides chemins, menant à leurs terres, rognaient le champ du pauvre, dont on se dispensait alors de payer le prix (*). »

(1) Buc. de T. Ed. Daire, II, 418.
(2) Les poudres et les salpétres étaient dans

les attributions d'Ormesson. Voir lır. I, ch. iii.

(3) Cond., Vie de T., 95.

Un arrêt du 24 juin acheva de régler la régie qui venait d'être instituée. Le Faucheux, Clouet, Barbault de Glatigny, l'illustre Lavoisier en furent nommés les administrateurs. Il serait trop long d'entrer dans le détail purement technique de ce minutieux règlement (-).

Turgot projetait bien d'autres améliorations. Il avait fait étudier les procédés de fabrication des peuples étrangers. Il aurait voulu qu'on profitât de l'expérience des Suédois, très habiles en cette matière; il fit recueillir et traduire leurs méthodes et les livra à la publicité. Il répandit dans les provinces des instructions imprimées sur l'art de former des nitrières ().

Il ne s'en tint pas là. En dépit de tous les ménagements ordonnés aux commis de la régie nouvelle, leurs recherches et leurs fouilles ne laissaient pas d'être fort gênantes. « La récolte du salpêtre tendait (d'ailleurs) à diminuer en France, dit M. Alfred Maury, et le gouvernement s'effrayait à la pensée que la poudre à canon lui manquerait un jour. Turgot invita, le 23 août 1775, l'Académie à proposer un prix sur la fabrication de ce sel, afin d'appeler tous les moyens propres à parer au danger; la compagnie s'empressa de se rendre au désir du ministère. Le concours fut ouvert, et une commission de cinq membres, qui comprenait Lavoisier, Macquer, d'Arcy, Sage et Cadet de Gassicourt, fut chargée d'examiner les nombreux mémoires que l'Académie avait reçus; ils remplissent le tome VIII des Savants étrangers publié en 1786. Thouvenel remporta le prix; mais les mémoires de Cornette, de Chevrand (de Besançon), de J.-B. de Bennie (d'Anvers), du comte de Thomassin (de Saint-Omer), de Romme, l'un des correspondants de l'Académie, furent jugés dignes d'être imprimés. Lavoisier n'attendit pas, au reste, l'envoi de ces travaux, pour étudier une question qui intéressait la défense nationale; il se livra, avec Clouet, à des expériences sur les terres naturellement salpêtrées, qu'il communiqua à l'Académie le 7 juillet 1777; en même temps, le duc de La Rochefoucauld étudiait la génération du nitre dans la craie, et voyait son mémoire agréé par la compagnie. Grâce à tous ces efforts, on put rédiger une instruction sur les nitrières artificielles, qui fut distribuée en 1779; les fouilles forcées et vexatoires auxquelles les particuliers étaient jusqu'alors assujettis, furent supprimées; et la France se vit bientôt en possession d'un produit de salpêtre double de celui qu'elle avait recueilli jadis, et d'une poudre à canon bien supérieure à celle des Anglais (). »

Turgot chargea en même temps M. de Saint-Edmond d'aller aux

(1) Voir ce règlement, Euv. de T. Ed. Daire, II, 421.

(2) Dup. Nom., Mém., II, 86.
3) All. Maury, Anc. Acad. des Sc., 251-252.

Indes étudier le salpêtre de ce pays, ainsi que diverses questions d'histoire natụrelle. Malheureusement le vaisseau qui portait ce savant, périt en route (').

Louis XVI, de son côté, était toujours rempli des meilleures intentions, et il cherchait à seconder de son mieux les réformes de son ministre. L'émeute du 2 mai n'avait point quitté ses regards; il était inquiet des suites qu'elle pouvait avoir, et préoccupé du sort des victimes qu'elle avait faites. On retrouve la trace de ces divers sentiments, et aussi l'inspiration directe des conseils de Turgot, dans une lettre qu'il aurait écrite le 31 mai au duc de La Vrillière, si l'on en croit le comte d'Allonville : « Les brigandages qui se sont exercés sur les grains, Monsieur, me causent d'autant plus d'affliction, que ceux qui les ont commis ne paraissent avoir eu pour but que de ruiner les fermiers, les laboureurs, les marchands, et d'amener la famine, en détruisant les provisions rassemblées pour la subsistance. Je prends les mesures nécessaires pour arrêter ces excès, et je sens que les malheureux qui ont été pillés, ont droit au moins à des dédommagements, puisque l'étendue du mal me mettra dans l'impossibilité de les dédommager en entier. Tout cela coûtera beaucoup, et rend plus nécessaires des retranchements qui le sont déjà tant d'ailleurs. Il faut réduire encore, s'il est possible, les frais de mon sacre; je veux aussi retrancher les fêtes proje ées, tant à l'occasion de cette cérémonie que pour les couches de Mme la comtesse d'Artois et le mariage de Mme Clotilde. Je ne ferai pas non plus de séjour, que pour peu de jours, à Compiègne, et les sommes destinées à ces différents objets serviront à payer en partie les dépenses qu'exigent la protection et les secours que je dois à ceux de mes sujets qui ont été la victime des séditieux. Je vous prie d'informer sur-le-champ, de mes intentions, le contrôleur général et les différents ordonnateurs chargés des dépenses qui ne doivent plus avoir lieu. Vous marquerez aussi au prévớt des marchands de Paris, que je ne veux pas qu'il y ait de fête en cette ville, et que l'argent qu'elle ya destinait doit être employé à la sûreté et au soulagement de ses habitants. — Louis (?). »

(1) Dup. Nom., Mém., II, 188-189. – Pendant la Revolution, la regie des poudres se trouva cependant incapable de pourvoir aux necessites de la siluation ; muis c'est qu'aussi la situation était exceptionnelle et terrible.

Elle est ainsi derrite par Biot, clans son Hist. de l'Académie des Sciences pendant la Rérolution :

In pulire etinil ce qui manquait le plus, dit Bioi : le soldat allait en manquer. Les arsenaux étaient vides. On assembla la régie pour savoir ce qu'elle pourrait faire. Elle declara que les produits annuels s'élevaient à trois millions de livres, qu'ils avaient pour base du silpélre lire de l'Inde, que des encouracements pouvaient les porterà cinq millions, mais qu'on ne devait rien esperer de plus.

Lorsque les membres du Comité de salut public annoncèrent aux administrateurs qu'il fallait fabriquer dix-sept millions de poudre dans l'espace de quelques mois, ceux-ci restèrent interdits : « Si vous y parvenez, • dirent-ils, « vous avez des moyens que nous = ignorons. » C'était cependant la seule voie de salut. On ne pouvait songer au salpêtre de l'Inde, puisque la mer était fermée. Les savants offriruntd'extraire toutilu sol de la République. Une re juisition générale appela à ce truvail l'universalité des citoyens. Une instruction courle el simple, répandue avec une inconcevable activité, fit d'un art difficile une pratique vulgaire, etc.)

(?) D'Allonv., Mém. secr., I, 58.

herit; emble avec

On attendait, en effet, la délivrance prochaine de la comtesse d'Artois. Le roi désigna d'avance, suivant l'usage, les personnes qui devaient prendre soin de l'enfant. Cet enfant de sang royal eut ainsi sa maison, même avant de naître. On lit à ce sujet dans les Mémoires de Bachaumont: « Il a été question, au contrôle général, d'arrêter l'état des dépenses de cette nouvelle maison. Le sieur Bourboulon, chargé de la vérification, l'avait portée à 350,000 fr. Le sieur Drouais de Santerre, qui le remplace, a trouvé cette dépense exorbitante. Il a recherché les anciens états semblables, et il a trouvé que la maison du duc de Bourgogne, l'héritier présomptif de la couronne et l'aîné de Louis XV, n'avait coûté à cet âge qu'une dépense de 130,000 fr. Il a fait des représentations au contrôleur général, et l'état dressé par le sieur Bourboulon a été réformé sur pied. – Ce Bourboulon est trésorier de Mme la comtesse d'Artois, et avait voulu faire sa cour en donnant un grand état de maison au futur enfant de la princesse. Il a acheté en outre une charge d'intendant des menus, et M. Turgot a trouvé que ces diverses places étaient peu compatibles avec les fonctions de ce commis au trésor royal, ce qui l'a engagé à lui dire de se retirer (1).»

Par une fâcheuse compensation, on dépensait pour Mme Sophie tandis qu'on économisait ailleurs. « Mes tantes Victoire et Sophie, qui avaient une même maison, écrivait Marie-Antoinette à sa mère, se sont séparées. Il a fallu faire une maison à ma tante Sophie; cela fait encore de la dépense; j'en suis fâchée (3). »

Des secours distribués par le roi et des économies étaient sans doute un moyen de soulager le peuple dans la crise que causait la cherté des subsistances. Un moyen meilleur encore, dans la pensée de Turgot, était de supprimer tous les droits qui entravaient encore la liberté du commerce des grains. La ville de Bordeaux avait supplie le roi de trouver quelque moyen de diminuer la cherté; Turgot lui fit une réponse qu'elle n'attendait probablement pas. Il suspendit jusqu'à nouvel ordre les droits d'octroi sur les grains nationaux ou étrangers entrant par eau ou par terre dans la ville et sa banlieue (3). Tel fut l'objet de l'arrêt du 2 juin. Dans l'ordre commun, le droit d'octroi ne doit s'étendre que sur les denrées qui se consomment à l'intérieur des villes. A Bordeaux, il n'en avait pas toujours été ainsi. Les blés nationaux ou étrangers traversant la cité y étaient arrêtés au passage et soumis à un entrepôt. Si au bout de huit jours ils n'avaient pas été enlevés, le fermier de l'octroi exigeait rigoureusement le droit, sans avoir égard aux retards journaliers que peut éprouver le commerce. Qu'en était-il advenu ? Les négociants, pour

(1) Bachaumont, Mémoires secrets , VIII, 93-94.

(2) D'Arn. et Gefl., Mari-Ant., II, 314.
(3) (Euo. du T. Ed. Daire, 11, 197.

échapper à cette vexation, n'avaient trouvé rien de mieux que d'établir leurs entrepôts hors de l'arrondissement de l'octroi, d'où il résultait que les opérations de leur commerce, s'exécutant loin d'eux, étaient moins bien faites et plus dispendieuses. Cependant en 1774, sur leurs réclamations pressantes, l'administration supérieure avait restreint la perception du droit d'octroi aux seuls grains déclarés pour la consommation de la ville; elle avait même accordé l'entrepôt indéfini aux blés ou farines traversant Bordeaux. Les subsistances de la ville n'en demeuraient pas moins grevées d'un droit qui en élevait le prix, et en même temps, les déclarations, les enregistrements, les visites, les formalités compliquées de toute sorte, la crainte des saisies, tendaient à éloigner de Bordeaux l'abondance qui aurait dû régner dans son port. Turgot s'efforça de l’y ramener, en suspendant le droit d'octroi.

Il n'avait pas osé jusque-là rendre générale la mesure qu'il appliquait à Bordeaux; mais des expériences multipliées en avaient démontré l'utilité. Les droits perçus sur les blés, soit à l'entrée des villes sous le nom de droits d'octroi, soit dans les marchés sous la dénomination de droits de minage, aunage, hallage et autres, avaient été suspendus, on se le rappelle, dans les villes de Dijon, Beaune, Saint-Jean-de-Losne et Montbard. Des droits de même nature avaient été également suspendus, au profit de diverses villes, dans douze généralités; et plusieurs des villes affranchies ne l'avaient été qu'à la suite de leurs propres réclamations. Dans la plupart, l'abondance avait été rétablie, dès que les droits abolis avaient cessé d'être perçus. Ces considérations décidèrent Turgot à étendre à tout le royaume le bienfait dont un petit nombre de villes seulement avaient profité jusque-là. Il disait habilement dans son préambule qu'il comptait remplir ainsi le veu des officiers municipaux qui, « regardant leurs revenus comme consacrés à l'avantage de leurs concitoyens, seront toujours empressés d'en faire le sacrifice, ou d'en demander le changement, lorsqu'ils croiront que la perception en pourrait être nuisible aux habitants desdites villes, et en écarter les denrées nécessaires à leur subsistance. » Il rassurait du reste les villes sur la diminution de recette que produirait la suspension de ces droits, déclarant que des économies permettraient sans doute « de rendre cette suspension durable, sans avoir recours à des impositions d'un autre genre... Lorsque la situation des finances des villes, ajoutait-il, exigera un reinplacement de revenus, S. M. est persuadée qu'il sera facile d'y pourvoir par des moyens qui n'influeront pas aussi directement sur une denrée de première nécessité. » Par ce même arrêt du 3 juin, Turgot fit cesser l'étrange coutume qui, dans beaucoup de pays, accordait aux bourreaux le droit d'exiger, soit en nature, soit en argent, des rétributions des laboureurs et des marchands qui

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