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injuste et tyrannique, mais elle serait encore la plus grande atteinte à la constitution. Vous le savez, la constitution garantit la liberté des cultes; elle veut que les citoyens aient le droit de choisir leurs ministres; et cependant ce qu'on vous propose, sous prétexe de priyer les prêtres séditieux de la liberté dont ils abusent, tend à violenter la liberté des consciences, en empêchant les citoyens de s'adresser à ceux auxquels ils sont atļachés... Et quelle serait s'utilité de cette mesure, et par quel moyen pourrait-on en assurer le succès ? Quand on aura enlevé tous les prêtres non conformistes, croit-on que le peuple des campagnes sera moins attaché à ses opinions qu'il ne l'était auparavant? Et que gagne-t-on en laissant dans les lieux voisins ceux que leur défaut de remplacement force à y rester? Ne sait-on pas que la persécution encourage ay martyre; que l'enlèvement d'un seul prêtre fera venir à sa place vingt missionnaires ? Comment prévenir l'ipsurrection là où la force publique et ļes autorités constituées sont désorganisées ? L'insuffisance de ces premières mesures en appellera bientôt de plus séyères : est-il possible de prévoir là où il faudra s’arrêter ? »

La raison avait parlé par la bouche de Gensonné. Sachons-lui gré de la défense du clergé catholique, et pardonnons-lui le mot de fanatisme quand il parle de la religion : mot en usage parmi tous ceux qui avaient perdu la foi. Pardonnons-lui encore ce prétendu système d'opposition qu'il attribue à une partie de l'ancien clergé contre les lois et contre la constitution qui doit faire le bonheur du peuple : Gensonné avait ses préjugés, qu'il partageait avec les girondins. Comme il désigne les tribunaux contre ceux qui se rendraient coupables de tentatives de troubles, les prêtres non conformistes, comme il les appelle, n'avaient plus rien à redouter, car ils pouvaient se présenter hardiment devant les tribunaux, saņs avoir à craindre d'être condamnés. C'est le principal motif des mesures de proscription proposées. On voulait punir ces ecclésiastiques, les faire sortir des paroisses où ils demeuraient; et comme on ne pouvait y parvenir par la voie des tribunaux, on proposait des lois exceptionnelles pour les atteindre.

Le discours de Gensonné, si plein de saison et de logique, avait été applaudi; Fauchet était confondu à tel point, qu'il ne chercha pas même à se justifier. L'Assemblée ordonna l'impression du projet de décret de Gensonné, et chargea le comité de législation de lui faire, dans la huitaine, un rapport des différents projets présentés dans cette discussion (1).

Il est à croire que ce rapport allait être favorable, rétablir la liberté des cultes dans le sens de la constitution, et abolir toutes les lois qui y étaient opposées, comme la loi du serment, et toutes celles que l'Assemblée constituante avait faites contre la liberté de conscience. Gensonné les avait attaquées de front, en jetant • un blâme sévère sur la conduite de l'Assemblée constituante, et sur les contradictions frappantes qui se trouvent entre ses lois et la constitution. Ses raisons avaient été exposées avec une force de logique à laquelle l'Assemblée n'avait pu résister; on ne pouvait songer aux mesures de proscription sans se déclarer despote. La cause des prêtres catholiques semblait donc

(1) Moniteur, séance du 3 novembre 1791.

étre gagnée. Tout se préparait à leur donner plus de latitude et plus de sécurité. Le peuple devait avoir le libre choix de ses pasteurs. D'après les discours de Torné et de Gensonné, et la sensation qu'ils avaient faite, le rapport dont le comité de législation était chargé ne pouvait être que favorable.

Malheureusement, deux jours après on reçut la nouvelle de nouveaux troubles qui avaient éclaté dans l'Anjou à cause de la question religieuse, et qu'on mit, comme toujours, sur le compte des prêtres non assermentés. Cette nouvelle, apportée à Paris par un courrier extraordinaire, changea toutes les dispositions précédentes en faveur de la liberté. La plainte formée par

le directoire du département (Maine-et-Loire) a, dans l'histoire de cette époque, une trop grande importance pour que je ne la produise pas en entier. Elle fut lue dans la séance du 6 novembre 1791. En voici les termes :

« Les administrations du département vous envoient un courrier extraordinaire, pour vous faire part des troubles qui l'agitent; ils sont tels que, si l'Assemblée nationale ne prend pas des mesures promptes et sévères, il en résultera des malheurs qui sont incalculables. Des rassemblements de trois à quatre mille hommes armés se sont formés dans plusieurs parties de notre département, et se livrent à tous les excès que produit le délire de la superstition et du fanatisme; des pèlerinages, des processions nocturnes, conduites prêtres séditieux, ont été le prétexte de ces attroupements. Il était facile de les dissiper (1), tant que les pèlerins n'avaient que le chapelet à la main; mais aujourd'hui que les prêtres les ont remplis de leurs fureurs sacrées, qu'ils sont parvenus à leur persuader que les administrateurs sont les ennemis de la religion; aujourd'hui qu'ils sont armés de fusils, de faux et de piques, qu'ils ont soutenu plusieurs actions contre les gardes nationales, il n'est plus temps de dire : Ce sont des querelles de religion, il faut les mépriser. Partout les prêtres constitutionnels sont maltraités, assassinés jusqu'au pied des autels. Les églises des campagnes, fermées en vertu des décrets de l'Assemblée nationale constituante, sont ouvertes à coups de hache, et les prêtres non assermentés y reprennent leurs fonctions. Les rôles des contributions ne se font pas, parce que les municipalités sont désorganisées. Trois villes, chefs-lieux de district, sont, pour ainsi dire, assiégées et près d'être surprises et incendiées; et les prêtres qui dirigent tous ces crimes pourront bien finir par nous mener à une contre-révolution par une guerre civile. Voilà le tableau simple des désastres qui affligent le département de Maine-et-Loire : nous nous en rapportons à vos lumières et à votre sagesse sur les mesures à prendre. Quelque danger terrible qui nous menace, nous vous jurons d'exécuter la loi, de rester fidèles à notre poste, et de mourir plutôt que de l'abandonner. »

par des

(1) On les a donc dissipés !

Telle est la dénonciation venant de la ville d'Angers, et apportée à Paris par un courrier extraordinaire.

Qu'y voyons-nous (car il est important d'en examiner tous les termes)? Un peuple qui veut exercer son culte, et qui, ne pouvant le faire le jour, le fait la nuit.

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Les mots de pèlerinages et de processions nocturnes ne signifient rien autre chose. Qu'y voyons-nous encore? Un peuple qui a d'abord le chapelet à la main mais s'arme de fusils, de faux et de piques lorsqu'on veut le troubler dans son culte, déclaré libre par la loi; un peuple qui ne souffre pas les prêtres constitutionnels, qui les chasse et les assassine, et qui s'empare à force ouverte des églises qu'on lui avait enlevées, et qui n'étaient point à l'usage dų culte officiel. Et quelles sont les accusations contre les prêtres catholiques ? Des accusations vagues, comme toutes celles que nous avons vues, et qui arrivent en foule à l'Assemblée législative. Les prêtres sont des factieux ; ils remplissent les peuples de leurs fureurs sacrées; ils représentent les administrateurs comme ennemis de la religion (en quoi ils avaient bien raison); enfin ils dirigent tous les crimes, et tendent à mener à une contre-révolution. Tout cela est vague; rien de précis, rien de positif. Il y a troubles, il y a perturbations et meurtres; mais le rapport ne dit pas que les prêtres en soient les auteurs. Il insinue, il est vrai, qu'ils en sont les instigateurs; mais où en sont les preuves? Si l'on veut examiner attentivement ce rapport, on y

voit

que les véritables auteurs de ces troubles sont ceux qui s'en plaignent. S'ils avaient laissé les peuples tranquilles dans leurs pèlerinages et dans leurs processions, ils se seraient contentés de tenir le chapelet à la main, et ils n'auraient pas songé à s’armer de fusils, de faux et de piques; la tranquillité publique n'aurait pas été un instant menacée.

Que devait faire l'Assemblée d'après un pareil rapport? que devait-elle faire ? Sa marche était tracée et

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