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L'évêque de Rennes avait publié au sujet des élections une lettre très-touchante, et très-propre à faire impression sur des électeurs catholiques. Il leur avait déclaré que les nominations qu'ils oseraient faire seraient irrégulières, injustes, nulles et schismatiques. Après avoir donné des preuves de cetle assertion, il avait terminé par une exhortation vraiment pathétique, qu'on n'accusera pas d'être une provocation à la révolte.

« Il dépend de vous, disait-il aux électeurs, de prévenir ces redoutables fléaux; le bien et le mal sont entre vos mains. La religion éplorée vous conjure de ne pas déchirer ses entrailles. Transportez-vous aux derniers instants de votre vie, interrogez votre conscience; examinez, en présence du Tout-Puissant, si un évêque peut être régulièrement destitué, sans être convaincu d'aucun délit; s'il a mérité cette peine pour ne s'être point obligé, sous la foi du serment, à exercer la juridiction métropolitaine que l'Église ne lui accorda jamais; à regarder comme légitime l'érection d'un nouvel évêché (celui de Laval), uniquement ordonnée par la puissance temporelle ; à confirmer les élections des prétendus suffragants (d'Expilly) ; à gouverner les paroisses qui ne lui sont aucunement soumises; enfin à maintenir des décrets aussi contraires aux dogmes qu'à l'autorité de l'Église. Examinez encore si l'on peut valablement nommer à un évêché, à une cure qui ne sont pas vacants; si celui qui s'en empare n'est pas coupable d'intrusion, et si une association qui n'est pas encore formée, et qui n'obtiendra jamais la communion du saint-siége, sera la véritable Église. Méditez enfin, dans tout le recueillement qu'exige une affaire aussi importante, ces paroles de saint Augustin : « Les

;

« schismatiques seront livrés avec les démons aux « flammes éternelles ; le crime de celui qui rompt « l'unité de l'Église est si énorme, qu'il n'est effacé ni « par d'abondantes aumônes, ni même par la mort a soufferte pour le nom de Jésus-Christ (1). »

Ce langage est énergique sans doute, mais il n'a rien qui sorte du terme de la controverse, ou qui exeite au trouble et à la révolte. L'évêque veut seulement arrêter les électeurs, et surtout les malheureux prêtres qui allaient être l'objet de leur choix. Si ceuxci avaient eu du coeur, ils auraient reculé devant le lourd fardeau qu'on voulait leur imposer, et surtout devant la terrible responsabilité qu'ils allaient contracter devant Dieu. Mais non : aveuglés par leur ambition, ils acceptaient avec empressement la nouvelle dignité qu'on leur offrait. Cependant il y eut d'honorables exceptions, que l'histoire ecclésiastique ne doit point oublier.

Dans le département de l'Orne, deux curés successivement élus par la majorité des suffrages refusèrent l'évêché de ce département (2). Dans les Vosges, le curé d'Escles, élu évêque, refusa par sentiment de délicatesse, ne voulant pas, comme il disait, succéder à l'évêque de Saint-Dié son bienfaiteur, à qui il devait sa cure (3). Dans le Calvados, le curé de Saint-Pierre de Caen se démit du siège de ce département, auquel il avait été nommé, en rétractant son serment (4).

(1) Tresvaux, Hist. de la Perséc. rev. en Bretagne, t. I, p. 182. (2) Moniteur, 4 mars 1791. (3) Ibid., 21 mars 1791.

(4) Hist. du Clergé de France depuis la convocation des états généraux, t. III, p. 217.

Même exemple dans la Seine-Inférieure, où M. Verdier, curé de Choisy-le-Roi, renonça au siége métropolitain de Rouen qu'il avait accepté. Le Moniteur prétend qu'il a cédé à la menace qu'on lui avait faite de lui brûler la cervelle, aux premiers pas qu'il ferait dans l'église. La menace montre du moins avec quel plaisir on voyait arriver les nouveaux évêques (1).

Dans la Mayenne, nous trouvons un refus bien édifiant. Les électeurs, ennemis des innovations de l'Assemblée, choisirent, le 12 décembre (1790), pour le siége de Laval, nouvel évêché, M. des Vauponts, vicaire général de Dol. Une députation lui fut envoyée, pour lui demander son consentement. M. des Vauponts était bien l'homme qu'il leur fallait; il était pieux et instruit, et distribuait en aumônes la majeure partie de ses revenus, qui s'élevaient à douze mille livres de rente. Comme il était très-éloigné de partager les idées du jour, il n'hésita pas un instant à refuser, et renvoya les députés avec une lettre de remerciments. L'évêque de Dol, M. de Hercé, ayant appris ce refus, détermina M. des Vauponts à changer de résolution, et envoya en poste son valet de chambre pour annoncer aux électeurs que le nouvel élu acceptait. Quel était le but de M. de Hercé en donnant ce conseil ? Nous ne le connaissons pas. Il pensait sans doute

que

le souverain pontife pourrait approuver l'érection du nouveau siége, et qu'il était bon de lui donner provisoirement un administrateur digne de toute confiance. Mais M. des Vauponts, tout en déférant au conseil de son évêque, n'était pas tranquille.

(1) Moniteur, 8 février et 37 mars 1791.

Pour calmer ses inquiétudes, il résolut de consulter le saint-siége. Il écrivit donc, le 26 décembre, à Pie VI, pour lui dire tout ce qui s'était passé. Dans l'intervalle, on sit exécuter la loi du serment. Le nombreux clergé de Laval et des quarante-sept paroisses qui composaient le district montra une courageuse fermeté; huit prêtres seulement prêtèrent le serment, et M. des Vauponts donna sa démission. Quelques jours après, il reçut un bref du souverain pontife, qui, tout en lại donnant des éloges, lui ordonna non-seulement de ne point accepter, mais de rejeter et de repousser sa nomination, comme contraire à toutes les formes canoniques, depuis si longtemps reçues et en vigueur dans l'Église (1). M. des Vauponts, digne de tout éloge, n'avait plus rien à faire, puisqu'il avait accédé d'avance aux veux du souverain pontife.

L'histoire de ce malheureux temps nous offre un autre exemple peut-être plus édifiant encore, parce qu'il fut donné par un prêtre assermenté, M. Guegan, membre de l'Assemblée nationale. Après que M. Ame. lot, évêque de Vannes, eut été enlevé, et conduit sous escorte à Paris, pour des raisons rapportées plus haut, l'administration départementale du Morbihan, qui ne le cédait à aucune autre en zèle révolutionnaire, procéda à une nouvelle élection. Pour cette fois les électeurs catholiques, qui s'abstenaient ordinairement, affluaient de toutes parts, parce qu'ils avaient pour but de conserver leur pasteur légitime, et ils lui donnèrent en effet la majorité des voix. Mais les révolu

(1) Tresvaux, Hist, de la Perséc. révol. en Bretagne, t. I, p. 217,

tionnaires, après avoir fait observer que M. Amelot ne pouvait pas être élu, parce qu'il n'avait pas prêté serment, formèrent une cabale à part, et firent élire M. Guegan, membre de l'Assemblée nationale. On ne doutait pas un instant qu'il n'acceptat, à cause de sa conduite équivoque à l'Assemblée et du serment qu'il avait fait. Mais M. Guegan avait encore quelque chose d'ecclésiastique dans le coeur : il n'avait pas renoncé à la foi, et il lui répugnait de prendre possession d'un siége occupé par un homme vivant et aimé. Suivant l'exemple de M. des Vauponts, il s'adressa le 12 mars (1791) au souverain pontife pour le prier de lai tracer la conduite qu'il devait tenir, en cas que les électeurs fissent de nouvelles instances; car il avait commencé par un refus. Le pape se hâta de lui répondre, et de l'exhorter à persévérer dans sa première résolution ; à ne céder ni aux désirs, ni aux instances, ni aux menaces, ni même aux persécutions qu'on pourrait lui susciter. « Ces persécutions, lui dit-il, quand elles au« raient lieu, ne feraient qu'accroître votre gloire , rien a ne devant être plus honorable à un fidèle, à un pré« tre, à un pasteur, que de souffrir pour la cause de « Dieu. » Le pontife ne termina pas sans flétrir les décrets de l'Assemblée nationale, décrets contraires aux saints canons et à toute justice, schismatiques par conséquent, et frappés de nullité. Il fit ressortir les prescriptions des saints canons, l'horreur qu'ils inspirent de prendre possession d'un siége non vacant. C'est un acte de schisme, dit-il, et un attentat sacrilége. Il l'exhorta surtout à ne pas se laisser imposer les mains. « Personne, dit le pape, ne peut le « demander, nul métropolitain, nul évêque ne peut

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