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PRÉFACE

Il sembiera téméraire de venir, après tant d'autres, parler de Turgot. Cependant son ministère n'avait pas été jusqu'ici l'objet d'une étude spéciale. Nous avons, d'ailleurs, profité de documents nouveaux, soit publiés dans des livres récents, soit épars dans des ouvrages peu connus, soit inédits (1). Nous regrettons que des loisirs bornés et des moyens d'investigations restreints ne nous aient pas permis de recueillir davantage. Cet essai n'est que l'ébauche d'une euvre que nous souhaitons vivement de pouvoir compléter un jour.

Dès à présent, le nombre et la variété des faits que nous avons amassés et que nous avons essayé de mettre en ordre, nous a permis de nous former une opinion personnelle sur Turgot et son euvre. Nous sommes de ceux qui . pensent que son entreprise ne pouvait réussir. Mais l'impuissance attachée d'avance et fatalement aux efforts de ce grand homme n'ôte rien à la beauté de son caractère ni à la grandeur de ses plans.

Cent ans après lui, sous d'autres noms, sous d'autres formes, notre patrie agite encore les questions qu'il médita, discute les théories qui inspirèrent ses actes. Il résume, à peu de chose près, ce que le xviiie siècle a produit de meilleur dans l'ordre des sciences morales et politiques. Pour mieux juger du présent, le plus sage est souvent de consulter le passé. Renouons donc les traditions de nos pères. Turgot fut considéré comme un maître en son temps. Puisse-t-il de nos jours être honoré et compris !

Août 1875.

(1) Nous sommes heureux de pouvoir témoigner ici notre reconnaissance à M. Alfred Maury, directeur des Archives nationales; à MM. Boutaric et de Boislile; à M. Gouget, directeur des Archives départementales de la Gironde ; à MM. Ducaunnès - Duval et Roborel de Climens; à M. Messier, conservateur de la Bibliothèque de la ville; à M. Barckhausen, membre de la Société des Archives de la Gironde ; à M. Gaullieur, directeur des Archives municipales, qui ont bien voulu nous aider dans nos recherches.

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En 1774, Turgot avait quarante-sept ans. Il était dans la force de l'âge. Dupont de Nemours, qui eut tout le loisir de le bien voir, en a tracé le portrait suivant : « Sa figure était belle; sa taille haute et proportionnée. Ennemi de toute affectation, il ne se tenait pas fort droit. Ses yeux, d'un brun clair, exprimaient parfaitement le mélange de fermeté et de douceur qui faisait son caractère. Son front était arrondi, élevé, ouvert, noble et serein; ses traits prononcés, sa bouche vermeille et naïve; ses dents blanches et bien rangées. Il avait eu, surtout dans sa jeunesse, un demi-sourire qui lui a fait tort, parce que les gens qui ne le connaissaient pas, y croyaient presque toujours voir l'expression du dédain, quoiqu'il ne fût, le plus souvent, que l'effet de la naïveté et d'un peu d'embarras. Il s'en était corrigé par degrés en vivant dans le monde... Ses cheveux étaient bruns, abondants, parfaitement beaux; il les avait tous conservés, et lorsqu'il était vêtu en magistrat, sa manière de porter la tête les répandait sur ses épaules, avec une sorte de grâce naturelle et négligée. Il avait la couleur assez vive sur un teint fort blanc et qui trahissait les moindres mouvements de son âme. Jamais homme n'a été au physique et au moral moins propre à dissimuler. Il rougissait avec une facilité trop grande, et de toute espèce d'émotion, soit d'impatience ou de sensibilité (TM). »

(1) Dupont de Nemours, Mém., II, 262.

« Il ne pouvait dissimuler, dit Condorcet, sa haine pour les méchants, son mépris pour la lâcheté ou les bassesses; ces sentiments se peignaient in volontairement sur son visage, dans ses regards et dans sa contenance. Ce défaut d'empire sur son extérieur, qui tenait à la candeur de son âme, contribuait, autant que l'éducation contrainte qu'il avait reçue, à l'espèce de timidité et d'embarras qu'il avait dans le monde (1). »

« Ce ministre, dit Sénac de Meilhan, avait une figure belle et majestueuse et des manières simples; il rougissait facilement, dès qu'il fixait l'attention, et qu'il était en scène, et l'embarras qui régnait alors dans son maintien pouvait également être le produit de la timidité ou d'un amour-propre inquiet et susceptible. Son abord était froid, et son visage prenait une expression marquée de dédain, à l'instant que les personnes excitaient en lui ce sentiment par leur caractère ou leurs opinions (*). »

« La figure de Turgot, dit Montyon, était belle, majestueuse, avait quelque chose de cette dignité remarquable dans les têtes antiques. Cependant sa physionomie n'était ni douce ni agréable, manquait d'expression décidée, et avait quelque chose d'égaré. » Et plus loin : « Les manières de M. Turgot avaient quelque chose de noble, et cependant de gêné et d'embarrassé; il y avait de la disgrâce dans son maintien et de la gaucherie dans tous ses mouvements. Quand il était dans un cercle, il semblait être dans un élément qui lui était étranger, et il était déplacé partout ailleurs que dans son cabinet (3). »

Les témoignages des contemporains s'accordent, on le voit, sur la beauté sévère, la timidité, la gaucherie de Turgot. Il existe, il est vrai, quelques différences d'interprétation. Cet embarras qui parait à Condorcet l'effet de la franchise et de la candeur, pourrait bien être causé, à en croire Sénac de Meilhan, par un excès d'amour-propre, et Dupont de Nemours lit un mélange de fermeté et de douceur dans ces yeux et sur ce visage où Montyon ne voit aucune expression décidée et trouve même de l'égarement. Ces contradictions peuvent s'expliquer par la mobilité de la physionomie de Turgot. Il regardait les gens suivant qu'il les estimaitou les aimait(*). Ceux-ci s'habituaient à le voir tel qu'il était pour eux; ils le peignaient suivant qu'ils en étaient regardés. Il va sans dire également que chacun l'a représenté avec ce degré de partialité qui est l'effet inévitable de tout sentiment, même tempéré par la raison. Dupont de Nemours vénérait en lui un maître; Condorcet était son ami; Sénac de Meilhan l'admirait

(1) Condorcet, Vie de Turgot, 283.
12) Sénac de Neilhan, Du Gour., 146.

131 Montyon, Part. sur quelques Ministres des Fin., 175.

(6) « Son accueil était doux et poli, mais froid, » dit Marmontel, qui connaissait Targot, était estimé de lui, mais ne fut jamais au nombre de ses amis. - Mém., XII, 178.

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