French Verse from Villon to Verlaine

J. M. Dent & sons, Limited, 1922 - 213
 

 - 

.

-

84 - Ainsi toujours pousss vers de nouveaux rivages, Dans la nuit ternelle emports sans retour, Ne pourrons-nous jamais sur l'ocan des ges Jeter l'ancre un seul jour? O lac, l'anne peine a fini sa carrire, Et, prs des flots chris qu'elle devait revoir, Regarde! je viens seul m'asseoir sur cette pierre O tu la vis s'asseoir!
212 - De la musique avant toute chose, Et pour cela prfre l'Impair, Plus vague et plus soluble dans l'air, Sans rien en lui qui pse ou qui pose.
60 - Un mal qui rpand la terreur, Mal que le ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom), Capable d'enrichir en un jour l'Achron, Faisait aux animaux la guerre.
67 - L'pi naissant mrit de la faux respect; Sans crainte du pressoir, le pampre tout l't Boit les doux prsents de l'aurore; Et moi; comme lui belle, et jeune comme lui, Quoi que l'heure prsente ait de trouble et d'ennui, Je ne veux point mourir encore.
41 - La Mort a des rigueurs nulle autre pareilles: On a beau la prier; La cruelle qu'elle est se bouche les oreilles, Et nous laisse crier. Le pauvre en sa cabane, o le chaume le couvre, Est sujet ses lois; Et la garde qui veille aux barrires du Louvre N'en dfend point nos rois. De murmurer contre elle et perdre patience II est mal propos; Vouloir ce que Dieu veut est la seule science Qui nous met en repos.
61 - Ils ne mouraient pas tous, mais tous taient frapps : On n'en voyait point d'occups A chercher le soutien d'une mourante vie : Nul mets n'excitait leur envie ; Ni loups ni renards n'piaient La douce et l'innocente proie ; Les tourterelles se fuyaient : Plus d'amour ; partant, plus de joie.
124 - Oh ! combien de marins, combien de capitaines Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont vanouis ! Combien ont disparu, dure et triste fortune...
68 - D'une prison sur moi les murs psent en vain. J'ai les ailes de l'esprance. Échappe aux rseaux de l'oiseleur cruel, Plus vive, plus heureuse, aux campagnes du ciel Philomle chante et s'lance. Est-ce moi de mourir ? Tranquille je m'endors, Et tranquille je veille ; et ma veille aux remords Ni mon sommeil ne sont en proie. Ma bienvenue au jour me rit dans tous les yeux ; Sur des fronts abattus, mon aspect dans ces lieux Ranime presque de la joie.
206 - CHANSON D'AUTOMNE Les sanglots longs Des violons De l'automne Blessent mon cur D'une langueur Monotone. Tout suffocant Et blme, quand Sonne l'heure, Je me souviens Des jours anciens Et je pleure ; Et je m'en vais Au vent mauvais Qui m'emporte De, del, Pareil la Feuille morte.
130 - Demain, ds l'aube, l'heure o blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends. J'irai par la fort, j'irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.