Oeuvres compltes de J. J. Rousseau: Philosophie; Discours. Émile. Politique. Lettres de la montagne. Lettres sur la botanique

P. Dupont, 1823
 

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109 - Celui qui ose entreprendre d'instituer un peuple doit se sentir en tat de changer pour ainsi dire la nature humaine, de transformer chaque individu, qui par lui-mme est un tout parfait et solitaire, en partie d'un plus grand tout dont cet individu reoive en quelque sorte sa vie et son tre...
238 - Les dogmes de la religion civile doivent tre simples, en petit nombre, noncs avec prcision, sans explications ni commentaires. L'existence de la divinit puissante, intelligente, bienfaisante, prvoyante et pourvoyante, la vie venir, le bonheur des justes, le chtiment des mchants, la saintet du contrat social et des lois, voil les dogmes positifs.
79 - Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprme direction de la volont gnrale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout.
63 - On me demandera si je suis prince ou lgislateur pour crire sur la politique. Je rponds que non, et que c'est pour cela que j'cris sur la politique. Si j'tais prince ou lgislateur, je ne perdrais pas mon temps dire ce qu'il faut faire ; je le ferais, ou je me tairais.
69 - Puisque aucun homme n'a une autorit naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorit lgitime parmi les hommes.
237 - Sans pouvoir obliger personne les croire , il peut bannir de l'tat quiconque ne les croit pas ; il peut le bannir , non comme impie , mais comme insociable , comme incapable d'aimer sincrement les lois, la justice, et d'immoler au besoin sa vie son devoir.
196 - Quand donc l'avis contraire au mien l'emporte, cela ne prouve autre chose sinon que je m'tais tromp, et que ce que j'estimais tre la- volont gnrale ne l'tait pas. Si mon avis particulier l'et emport, j'aurais fait autre chose que ce que j'avais voulu. C'est alors que je n'aurais pas t libre.
92 - Les charlatans du Japon dpcent, dit-on, un enfant aux yeux des spectateurs; puis, jetant en l'air tous ses membres l'un aprs l'autre, ils font retomber l'enfant vivant et tout rassembl. Tels sont peu prs les tours de gobelets de nos politiques; aprs avoir dmembr le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pices on ne sait comment.
237 - Or il importe bien l'tat que chaque citoyen ait une religion qui lui fasse aimer ses devoirs ; mais les dogmes de cette religion n'intressent ni l'tat ni ses membres qu'autant que ces dogmes se rapportent la morale et aux devoirs que celui qui la professe est tenu de remplir envers autrui.
94 - Si, quand le peuple suffisamment inform dlibre, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites diffrences rsulterait toujours la volont gnrale, et la dlibration serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dpens de la grande, la volont de chacune de ces associations devient gnrale par rapport ses membres, et particulire par rapport l'Etat; on peut dire alors qu'il n'ya plus autant de...