Les Incas: ou, La destruction de l'empire du Prou

Socit typographique, 1777
 

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244 - Accordez tous la tolrance civile, non en approuvant tout comme indiffrent, mais en souffrant avec patience tout ce que Dieu souffre et en tchant de ramener les hommes par une douce persuasion.
184 - Un jour serein consolait la nature des ravages de la nuit. La terre, chappe comme d'un naufrage, en offrait partout les dbris. Des forts, qui la veille, s'lanaient jusqu'aux nues, taient courbes vers la terre ; d'autres semblaient se hrisser encore d'horreur.
181 - Une paisse nuit enveloppe le ciel et le confond avec la terre; la foudre, en dchirant ce voile tnbreux, en redouble encore la noirceur ; cent tonnerres qui roulent et semblent rebondir sur une chane de montagnes, en se succdant l'un l'autre, ne forment qu'un mugissement qui s'abaisse et qui se renfle comme celui des vagues. Aux secousses que la montagne reoit du tonnerre et des vents...
272 - Il y va, leur dit-il, et de la vie et de l'honneur. Il y va de bien plus , il y va de la gloire de la religion, des intrts du ciel; et le Dieu vengeur qui m'envoie, vous dfend de dlibrer. Pizarre dort , tout est tranquille ; et Requelme, par qui le procs est instruit, a droit de voir Ataliba, de l'interroger toute heure ; qu'il me fasse ouvrir la prison ; je ne veux , avec lui et moi, que deux hommes dtermins.
5 - ... comme une mer flottante sous ses pas. Parmi les prtres du soleil , les uns , tremblants , s'lancent hors du temple ; les autres, consterns, embrassent l'autel de leur dieu. Les vierges perdues sortent de leur palais , dont les toits menacent de fondre sur leur tte ; et courant dans leur vaste enclos , ples , cheveles , elles tendent leurs mains timides vers ces murs , d'o la piti mme n'ose approcher pour les secourir.
203 - le ciel, un horizon vague , o la vue a beau s'enfoncer dans l'abme de l'tendue , un vide profond et sans bornes , le silence et l'immensit , voil ce que prsente aux matelots ce triste et fatal hmisphre.
xxvi - ... qu'une race impie et rebelle , qui, par ses erreurs et ses crimes, mritait tous les maux dont on l'accablerait ; en un mot , que les ennemis d'un Dieu qui demandait vengeance , et auquel on se croyait sr de plaire en les exterminant. Je laisse la cupidit , la licence , la dbauche , toute la part qu'elles ont eue aux forfaits de cette conqute; je n'en rserve au fanatisme que ce Indiens , fut sans efl'ct ; et la servitude subsista par la faiblesse et l'infidlit de ces indignes...
iv - ... une religieuse terreur; et si quelquefois ils sont punis, ils n'en sont que plus rvrs. Le fanatisme se regarde comme l'ange exterminateur. Charg des vengeances du ciel, il ne reconnat ni frein, ni loi, ni juge sur la terre. Au trne il oppose l'autel, aux rois il parle au nom d'un dieu, aux cris de la nature et de l'humanit il rpond par des anathmes.
vii - Toutes les nations ont eu leurs brigands et leurs fanatiques, leurs temps de barbarie, leurs accs de fureur. Les plus estimables sont celles qui s'en accusent. Les Espagnols ont eu cette fiert, digne de leur caractre. Jamais l'histoire n'a rien trac de plus touchant, de plus terrible que les malheurs du Nouveau Monde dans le livre de Las Casas. Cet Aptre de l'Inde, ce vertueux prlat, ce tmoin qu'a rendu clbre sa sincrit courageuse, compare les Indiens des agneaux et les Espagnols...
185 - Des forts, qui la veille, s'lanaient jusqu'aux nues, taient courbes vers la terre ; d'autres semblaient se hrisser encore d'horreur. Des collines qu'Alonzo avait vues s'arrondir sous leur verdoyante parure, entr'ouvertes en prcipices, lui montraient leurs flancs dchirs. De vieux arbres dracins, prcipits du haut des monts, le pin, le palmier, le gayac, le caobo, le cdre, tendus, pars dans la plaine, la couvraient de leurs troncs briss et de leurs branches fracasses.