Posies compltes de Alfred de Musset

Charpentier, 1849 - 419
 

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288 - Regrettez-vous le temps o le ciel sur la terre Marchait et respirait dans un peuple de dieux? O Vnus Astart, fille de l'onde amre, Secouait, vierge encor, les larmes de sa mre, Et fcondait le monde en tordant ses cheveux?
335 - L'Ocan tait vide, et la plage dserte; Pour toute nourriture il apporte son cur. Sombre et silencieux, tendu sur la pierre, Partageant ses fils ses entrailles de pre, Dans son amour sublime il berce sa douleur ; Et regardant couler sa sanglante mamelle. Sur son festin de mort il s'affaisse et chancelle, Ivre de volupt, de tendresse et d'horreur. Mais parfois, au milieu du divin sacrifice, Fatigu de mourir dans un trop long supplice...
335 - Ils laissent s'gayer ceux qui vivent un temps; Mais les festins humains qu'ils servent leurs ftes Ressemblent la plupart ceux des plicans. Quand ils parlent ainsi d'esprances trompes, De tristesse et d'oubli, d'amour et de malheur, Ce n'est pas un concert dilater le cur. Leurs dclamations sont comme des pes : Elles tracent dans l'air un cercle blouissant, Mais il y pend toujours quelque goutte de sang.
290 - O, sous la main du Christ, tout venait de renatre; O le palais du prince et la maison du prtre, Portant la mme croix sur leur front radieux, Sortaient de la montagne en regardant les cieux; O Cologne et Strasbourg, Notre-Dame et Saint-Pierre S'agenouillant au loin dans leurs robes de pierre, Sur l'orgue universel des peuples prosterns Entonnaient l'hosanna des sicles nouveau-ns...
369 - Recevant d'ge en ge une nouvelle vie, Ainsi s'en vont Dieu les gloires d'autrefois ; Ainsi le vaste cho de la voix du gnie Devient du genre humain l'universelle voix.... Et de toi, morte hier, de toi, pauvre Marie, Au fond d'une chapelle...
291 - Du plus pur de ton sang tu l'avais rajeunie; Jsus, ce que tu fis, qui jamais le fera? Nous, vieillards ns d'hier, qui nous rajeunira? Nous sommes aussi vieux qu'au jour de ta naissance. Nous attendons autant, nous avons plus perdu. Plus livide et plus froid, dans son cercueil immense Pour la seconde fois Lazare est tendu.
143 - Ple toile du soir, messagre lointaine, Dont le front sort brillant des voiles du couchant, De ton palais d'azur, au sein du firmament, Que regardes-tu dans la plaine?
291 - Les clous du Golgotha te soutiennent peine ; Sous ton divin tombeau le sol s'est drob : Ta gloire est morte, Christ! et sur nos croix d'bne Ton cadavre cleste en poussire est tomb ! Eh bien ! qu'il soit permis d'en baiser la poussire Au moins crdule enfant de ce sicle sans foi, Et de pleurer, Christ ! sur cette froide terre Qui vivait de ta mort, et qui mourra sans toi ! Oh!
334 - Les plus dsesprs sont les chants les plus beaux, Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.
357 - S'est retrempe en toi sous la main du malheur. Pourquoi veux-tu har ta jeune exprience, Et dtester un mal qui t'a rendu meilleur ? O mon enfant ! plains-la, cette belle infidle, Qui fit couler jadis les larmes de tes yeux ; Plains-la ! c'est une femme, et Dieu t'a fait prs d'elle Deviner, en souffrant, le secret des heureux. Sa tche fut pnible ; elle t'aimait peut-tre ; Mais le destin voulait qu'elle brist ton cur.