Posies, 1-2

Charpentier, 1867
 

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182 - J'coutais cependant cette simple harmonie, Et comme le bon sens fait parler le gnie. J'admirais quel amour pour l'pre vrit Eut cet homme si fier en sa navet, Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde, Quelle mle gaiet, si triste et si profonde Que, lorsqu'on vient d'en rire, on devrait en pleurer...
6 - Que j'aime voir, prs de l'austre Monastre, Au seuil du baron feudataire, La croix blanche et le bnitier! Vous, des antiques Pyrnes Les anes, Vieilles glises dcharnes, Maigres et tristes monuments, Vous que le temps n'a pu dissoudre, Ni la foudre, De quelques grands monts mis en poudre N'tes-vous pas les ossements? J'aime vos tours tte grise, * O se brise L'clair qui passe avec la brise. J'aime vos profonds escaliers...
266 - Ah ! malheur celui qui laisse la dbauche Planter le premier clou sous sa mamelle gauche ! Le cur d'un homme vierge est un vase profond : Lorsque la premire eau qu'on y verse est impure, La mer y passerait sans laver la souillure Car l'abme est immense, et la tache est au fond.
127 - Et vous la connaissiez, cette amre pense Qui fait frissonner l'homme en voyant l'infini. Eh bien, prions ensemble, abjurons la misre De vos calculs d'enfants, de tant de vains travaux. Maintenant que vos corps sont rduits en poussire, J'irai m'agenouiller pour vous sur vos tombeaux. Venez, rhteurs paens, matres de la science, Chrtiens des temps passs et rveurs d'aujourd'hui, Croyez-moi, la prire est un cri d'esprance ! Pour que Dieu nous rponde, adressons-nous lui.
200 - Les voil, ces coteaux, ces bruyres fleuries, Et ces pas argentins sur le sable muet, Ces sentiers amoureux, remplis de causeries, O son bras m'enlaait. Les voil, ces sapins la sombre verdure, Cette gorge profonde aux nonchalants dtours, Ces sauvages amis, dont l'antique murmure A berc mes beaux jours. Les voil, ces buissons o toute ma jeunesse, Comme un essaim d'oiseaux chante au bruit de mes [pas.
53 - Lorsque le plican, lass d'un long voyage, Dans les brouillards du soir retourne ses roseaux, Ses petits affams courent sur le rivage En le voyant au loin s'abattre sur les eaux. Dj, croyant saisir et partager leur proie, Ils courent leur pre avec des cris de joie, En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
51 - Voici la verte Ecosse et la brune Italie, Et la Grce, ma mre, o le miel est si doux, Argos, et Ptlon, ville des hcatombes, Et Messa, la divine, agrable aux colombes, Et le front chevelu du Plion...
155 - Étoile qui descends sur la verte colline, Triste larme d'argent du manteau de la Nuit, Toi que regarde au loin le ptre qui chemine, Tandis que pas pas son long troupeau le suit, Étoile, o t'en vas-tu, dans cette nuit immense?
21 - Vous vouliez ptrir l'homme votre fantaisie; Vous vouliez faire un monde. Eh bien, vous l'avez fait. Votre monde est superbe, et votre homme est parfait ! Les monts sont nivels, la plaine est claircie; Vous avez sagement taill l'arbre de vie; Tout est bien balay sur vos chemins de fer; Tout est grand, tout est beau , mais on meurt dans votre air . Vous y faites vibrer de sublimes paroles; Elles flottent au loin dans les vents empests.
74 - Vous souvient-il encor qui les avait crits? Vous tiez jeune alors, vous, notre chre gloire. Vous veniez d'essayer pour la premire fois Ce beau luth plor qui vibre sous vos doigts. La Muse que le ciel vous avait fiance Sur votre front rveur cherchait votre pense, Vierge craintive encore, amante des lauriers. Vous ne connaissiez pas, noble fils de la France, Vous ne connaissiez pas, sinon par sa souffrance, Ce sublime orgueilleux qui vous criviez. De quel droit osiez-vous l'aborder...