Essai sur la littrature anglaise et considrations sur le gnie des hommes, des temps et des rvolutions

Furne et Charles Gosselin, 1836 - 774
 

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255 - Au banquet de la vie, infortun convive, J'apparus un jour, et je meurs ; Je meurs, et sur ma tombe, o lentement j'arrive, Nul ne viendra verser des pleurs.
90 - De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, Et des lches flatteurs la voix enchanteresse. Bientt ils vous diront que les plus saintes lois, Matresses du vil peuple, obissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volont mme...
366 - La socit, telle qu'elle est aujourd'hui , n'existera pas : mesure que l'instruction descend dans les classes infrieures , celles-ci dcouvrent la plaie secrte qui ronge l'ordre social depuis le commencement du monde ; plaie qui est la cause de tous les malaises et de toutes les agitations populaires. La trop grande ingalit des conditions et des fortunes a pu se supporter tant qu'elle a t cache d'un ct par l'ignorance , de l'autre par l'organisation factice de la cit ;...
265 - Natchez, d'Atala, de Ren; il ne pouvait ramener ces productions aux rgles communes de la critique, mais il sentait qu'il entrait dans un monde nouveau; il voyait une nature nouvelle; il comprenait une langue qu'il ne parlait pas. Je reus de lui d'excellents conseils; je lui dois ce qu'il ya de correct dans mon style; il m'apprit respecter l'oreille ; il m'empcha de tomber dans l'extravagance d'invention et le rocailleux d'excution de mes disciples.
302 - É quoi ! vous tes tonne Qu'au bout de quatre-vingts hivers Ma muse faible et suranne Puisse encor fredonner des vers ? Quelquefois un peu de verdure Rit sous les glaons de nos champs; Elle console la nature, Mais elle sche en peu de temps. Un oiseau peut se faire entendre...
304 - ... du soleil; pas une ide, une image, une rverie, un accident, une inquitude qui n'ait sa lettre. Voici qu'un matin quelque chose de presque insensible se glisse sur la beaut de cette passion comme une premire ride sur le front d'une femme adore. Le souffle et le parfum de l'amour expirent dans ces pages de la jeunesse, comme une brise le soir s'endort sur des fleurs : on s'en aperoit et l'on ne veut pas se l'avouer.
254 - Fontenay, lieu dlicieux O je vis d'abord la lumire, Bientt au bout de ma carrire, Chez toi je joindrai mes aeux. Muses, qui dans ce lieu champtre Avec soin me ftes nourrir, Beaux arbres, qui m'avez vu natre, Bientt vous me verrez mourir...
328 - Vous vieillirez, ma belle matresse; Vous vieillirez, et je ne serai plus. Pour moi le temps semble, dans sa vitesse, Compter deux fois les jours que j'ai perdus. Survivez-moi ; mais que l'ge pnible Vous trouve encor fidle mes leons , Et bonne vieille, au coin d'un feu paisible, De votre ami rptez les chansons. Lorsque les yeux chercheront sous vos rides Les traits charmans qui m'auront inspir, Des doux rcits les jeunes gens avides Diront : Quel fut cet ami tant pleur?
303 - D'abord les lettres sont longues, vives, multiplies ; le jour n'y suffit pas : on crit au coucher du soleil ; on trace quelques mots au clair de la lune, chargeant la lumire chaste, silencieuse, discrte, de couvrir de sa pudeur mille dsirs. On s'est quitt l'aube ; l'aube on pie la premire clart pour crire ce que l'on croit avoir oubli de dire dans des heures de dlices.
234 - Quand le mrite d'un auteur consiste spcialement dans la diction, un tranger ne comprendra jamais bien ce mrite. Plus le talent est intime, individuel, national, plus ses mystres chappent l'esprit qui n'est pas, pour ainsi dire, compatriote de ce talent. Nous admirons sur parole les Grecs et les Romains; notre admiration nous vient de tradition, et les Grecs et les Romains ne sont pas l pour se moquer de nos jugements de Barbares.