Souvenirs sur Mirabeau et sur les deux premires assembles lgislatives

Charles Gosselin, 1832 - 486
 

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456 - Si ceux qui ont donn ces conseils notre roi avaient assez de confiance dans leurs principes pour les exposer devant nous, ce moment amnerait le plus beau triomphe de la vrit. L'tat n'a rien redouter que des mauvais principes...
458 - Sire , nous vous en conjurons au nom de la patrie, au nom de votre bonheur et de votre gloire, renvoyez vos soldats aux postes d'o vos conseillers les ont tirs : renvoyez cette artillerie , destine couvrir vos frontires ; renvoyez surtout les troupes trangres, ces allis de la nation, que nous payons pour dfendre et non pour troubler nos foyers.
456 - France ne souffrira pas qu'on abuse le meilleur des rois, et qu'on l'carte, par des vues sinistres, du noble plan qu'il a lui-mme trac. Vous nous avez appels pour fixer, de concert avec vous, la constitution, pour oprer la rgnration du royaume : l'Assemble Nationale vient vous dclarer solennellement que vos vux seront accomplis...
79 - Oui , c'est parce que le nom de peuple n'est pas assez respect en France , parce qu'il est obscurci, couvert de la rouille du prjug, parce qu'il nous prsente une ide dont l'orgueil s'alarme, et dont la vanit se rvolte , parce qu'il est prononc avec mpris dans les chambres des aristocrates ; c'est pour cela mme...
192 - Deux sicles de dprdations et de brigandages ont creus le gouffre o le royaume est prs de s'engloutir. Il faut le combler, ce gouffre effroyable ! Eh bien ! voici la liste des propritaires franais. Choisissez parmi les plus riches afin de sacrifier moins de citoyens; mais choisissez, car ne faut-il pas qu'un petit nombre prisse pour sauver la masse du peuple ? Allons, ces deux mille notables possdent de quoi combler le dficit.
458 - Les dputs de la nation sont appels consacrer avec vous les droits minens de la royaut sur la base immuable de la libert du peuple; mais, lorsqu'ils remplissent leur devoir, lorsqu'ils cdent la raison, leurs sentimens, les exposeriez-vous au soupon de n'avoir cd qu' la crainte? Ah! l'autorit que tous les curs vous dfrent est la seule pure, la seule inbranlable; elle est le juste retour de vos bienfaits et l'immortel apanage des princes dont vous tes le modle.
455 - SIRE, vous avez invit l'assemble nationale vous tmoigner sa confiance ; c'tait aller au-devant du plus cher de ses vux. Nous venons dposer dans le sein de votre majest les plus vives alarmes ; si nous en tions l'objet , si nous avions la faiblesse de craindre pour nous-mmes, votre bont daignerait encore nous rassurer, et mme, en nous blmant d'avoir...
81 - Ne voyez-vous pas qu'il vous faut le nom de peuple, parce qu'il donne connatre au peuple que nous avons li notre sort au sien ; ce qui lui apprendra reposer sur nous toutes ses penses, toutes ses esprances. Plus habiles que nous, les hros bataves, [qui fondrent la libert de leur pays, prirent le nom de gueux...
93 - Allez dire votre matre que nous sommes ici par la volont du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baonnettes.
458 - Ne croyez pas ceux qui vous parlent lgrement de la nation , et qui ne savent que vous la reprsenter selon leurs vues : tantt insolente, rebelle, sditieuse; tantt soumise, docile au joug, prompte courber la tte pour le recevoir. Ces deux tableaux sont galement infidles. Toujours prts vous obir, sire, parce que vous commandez au nom des lois, notre fidlit est sans bornes comme sans atteinte.