Mmoires ou souvenirs et anecdotes

 

 - 

.

-

44 - La libert , quel que ft son langage , nous plaisait par son courage; l'galit, par sa commodit. On trouve du plaisir descendre tant qu'on croit pouvoir remonter ds qu'on le veut ; et , sans prvoyance , nous gotions tout la fois les avantages du patriciat et les douceurs d'une philosophie plbienne.
84 - ... une obissance passive qui ne peut exister qu'avec les tnbres. Ils prtendaient jouir de tout le luxe des arts et de la civilisation sans permettre aux savants, aux artistes , tous les plbiens clairs, de sortir d'une condition presque servile. Enfin ils...
186 - Thatins, o toute la journe l'on entendait les cris et les acclamations d'une foule immense et idoltre , qui venait rendre avec empressement ses hommages au plus grand gnie de l'Europe. Jusque-l on avait vu des triomphes dcerns avec justice aux grands hommes par le gouvernement de leur pays; le triomphe de Voltaire tait d'un nouveau genre : il tait dcern par l'opinion publique, qui bravait en cette occasion, pour ainsi dire, le pouvoir des magistrats, les foudres de l'Église...
160 - ... malgr l'habitude d'une longue obissance au pouvoir arbitraire , la cause des Amricains insurgs fixait toutes les attentions et excitait un intrt gnral. De toutes parts l'opinion pressait le gouvernement royal de se dclarer pour la libert rpublicaine, et semblait lui reprocher sa lenteur et sa timidit. Les ministres, entrans peu peu par le torrent, craignaient cependant encore de rompre avec les Anglais et d'entreprendre une guerre ruineuse; de plus ils taient...
44 - Ainsi, quoique ce fussent nos rangs, nos privilges, les dbris de notre ancienne puissance qu'on minait sous nos pas, cette petite guerre nous plaisait : nous n'en prouvions pas les atteintes, nous n'en avions que le spectacle. Ce n'taient que...
152 - Telle tait la singularit de ce sicle qu'au moment o l'incrdulit tait en vogue, o l'on regardait presque tous les liens comme des chanes, o la philosophie traitait de prjugs toutes les anciennes croyances et toutes les vieilles coutumes, une grande partie de ces jeunes et nouveaux sages s'engouait, les uns de la manie des illumins, des doctrines de Swedenborg...
71 - Les rgiments ne se compltaient que par enrlement, de sorte qu'au lieu de voir sous les drapeaux les fils de famille de toutes les classes, appels par la conscription et par une loi gnrale, on n'y comptait que des jeunes gens dont la plupart ne se dcidaient s'enrler qu' la suite de quelques drangements ou par oisivet.
175 - Il faut avoir vu cette poque la joie publique, l'impatiente curiosit et l'empressement tumultueux d'une foule admiratrice , pour entendre, pour envisager, et mme pour apercevoir ce vieillard clbre , contemporain de deux sicles, qui avait hrit de l'clat de l'un et fait la gloire de l'autre; il faut, dis-je, en avoir t tmoin pour s'en faire une juste ide. C'tait l'apothose d'un demi-dieu encore vivant; il disait au peuple, avec autant de raison que d'attendrissement...
111 - ... innovations et les germes d'un vif amour pour la libert. Le bruit des armes excitait encore davantage l'ardeur d'une jeunesse belliqueuse ; la lente circonspection de nos ministres nous irritait; nous tions fatigus de la longueur d'une paix qui durait depuis plus de dix ans , et chacun brlait du dsir de rparer les affronts de la dernire guerre , de combattre les Anglais et de voler au secours des Amricains. Cette impatience , contenue par le gouvernement , s'en accroissait encore...
272 - Bru tus, et je porte en mon cur La libert grave et les rois en horreur. Quand les premires classes d'une monarchie se fanatisent ce point pour les maximes les plus outres des rpublicains, une rvolution ne doit...