صور الصفحة
PDF
النشر الإلكتروني

ratifiée par le mari de Jeanne, par l'empereur Charles IV, qui affranchit ce comté de la domination de l'Empire, dont relevait la Provence, et par les rois de France eux-mêmes, qui avaient toujours reconnu la souveraineté des Papes. Louis XIV, dans ses contestations avec Rome, au temps d'Alexandre VII, s'était; il est vrai, emparé par violence du comtat Venaissin , mais, en 1688, il en lit librement restitution à ses anciens maitres (1)

Tandis que l'Espagne et la France poussaient à l'extinction totale des Jésuites, que Naples retenait Bénévent et Ponte-Corvo, que Parme voulait une rétractation du pape même, le Portugal, courroucé de n'avoir pas encore obtenu tout ce qu'il voulait , songeait à rompre avec Rome, et trouvait dans le P. Pereira de l'Oratoire un complaisant théologien qui approuvait les plans schismatiques de la Cour. Venise prétendait réformer les communautés religieuses de son autorité propre, sans en conférer avec le Saint-Siége. La Pologne s'occupait d'amoindrir les priviléges de la nonciature , et de mettre en conséquence un frein à l'autorité papale, sans prévoir que bientôt elle devait perdre son autorité, à elle, et devenir la conquête de trois puissances usurpatrices. Dans une si déplorable situation

و

(1) Novaes , tom. I. pag. 149.- tom. XV, pag. 137.

d'affaires, quel immense et douloureux embarras le Souverain Pontife n'avait-il pas à éprouver !

«L'irritation des rois Bourbons devint extrême ; celle des plénipotentiaires la surpassait encore. Il s'établit même entre eux une lutte, une émulation de violence contre la cour pontificale. On trouve, avec quelque surprise, dans les dépêches du marquis d'Aubeterre le conseil de bloquer et d'affamer Rome. Cet ambassadeur écrit que, réduit à la famine, le peuple se soulèverait nécessairement et forcerait le pape à céder à l'exigence des couronnes. C'est, dit-il, le seul moyen d'obtenir l'expulsion des Jésuites.... Choiseul ne différa plus la demande impérieuse de la sécularisation des membres de la Société de Jésus; le 10 décembre 1768, l'ambassadeur l'exigea par un Mémoire présenté à Sa Sainteté ; au nom des trois monarques..... Le pape ne se remit plus d'un choc si violent. Peu de jours après , à la suite d'une fatigue excessive essuyée dans une cérémonie, il se trouva mal et mourut subitement (1). Le genre de sa mort et les conjectures où elle arriva , disent les auteurs de l'Art de vérifier les Dates , donnèrent lieu à des bruits sinistres et firent douter qu'elle fût naturelle. La joie peu décente que cet évènement causa aux persécuteurs de la Compagnie semblerait confirmer ce

(1) Saint-Priest, pag.81-82.

soupçon, dit l'abbé Georgel, « si pour un crime de celte nature on n'était pas en droit d'exiger les preuves les plus évidentes (1). ,

La prédilection marquée de l'historien de la Chute pour le ministre talon rouge lui suggère une appréciation neuve et originale de la conduite tenue par leur ennemi. « Avec sa légèreté, Choiseul s'imagina, dit-il, rendre service aux Jésuites en demandant l'abolition définitive de la Société. Il les persécuta par pitié, et sollicita leur perte par humanité (2). » Ainsi, quand Choiseul expulse de fa Corse, devenue province française, les Jésuites espagnols qui y avaient enfin trouvé un asile , il obéit à un sentiment de commisération envers « ces viellards désarmés, dont les courses sur les mers et la pénurie l'avaient sincèrement affligé (3). » Quand il obsède le Pape pour obtenir la clôture des colléges florissants que la Compagnie possédait encore dans les Etats étrangers, c'est pour épargner aux bons Pères les fatigues de l'enseignement! Quand il arrache plus de vingt mille Religieux à une profession qui leur était chère et dans laquelle ils avaient fait vou de vivre et de mourir, ses touchantes sollicitudes ont pour

(1) Mémoires , lom. I, pag. 116 et 117.
(2) Saint-Priest, pag. 71.
(3) Page 72.

but de leur faire recouvrer la paix dans l'intérieur de leurs familles(1)! » On se passe aisément de ce genre de bienveillance ministérielle.

En cette affaire de passion, la conduite de Choiseul ne laissa paraître qu'une incroyable légèreté. Le 23 août 1769, il écrivait au Cardinal de Bernis une lettre (2) dans laquelle il paraît reconnaître que l'expulsion des Jésuites de la France et du Portugal est une mesure regrettable. « Ainsi , Choiseul blåmait une démarche dont il était l'auteur (3)! » A la vérité, les temps étaient changés. C'était pour plaire à Moe de Pompadour que le duc de Choiseul s'était fait l'instrument des rancunes de la favorite contre les Jésuites. Mais, au moment où il écrivait au cardinal de Bernis, Mme de Pompadour n'était plus. Maintenant, rendu à lui-même, Choiseul exprime des doutes et laisse entrevoir des regrets ; il ne sait donner d'autres raisons de son opiniâtreté à poursuivre l'extinction totale de la Compagnie, que la crainte de heurter les préventions du roi d'Espagne et de compromettre l'honneur de son propre souverain, en laissant subsister ailleurs les Jésuites bannis de France, c'est-à-dire , en laissant l'iniquité imparfaite (1)

(1) Saint-Priest, pag. 72.

(2) M. Lamache la donne avec les fautes de français du duc de Choiscyl, pag. 255.

(3) Ibid., pag. 121.

Cependant, il y allait de l'honneur de la diplomatie de Choiseul et de l'Espagne d'obtenir de Clément XIV ce qu'on n'avait pas eu le temps d'arracher à la vieillesse du dernier pontife. Nous disons de l'honneur de la diplomatie, pour parler le langage des roués politiques dont le duc de Choiseul, dans ces négociations, se montra le type, et dont le cardinal de Bernis eut la faiblesse de rester l'agent plus ou moins actif. Il y allait de l'honneur de cette superbe et creuse diplomatie de parvenir à ses fins, car l'intérêt monarchique, l'intérêt gouvernemental étaient loin d'être engagés dans la querelle. En dernier résultat, le parti encyclopédique devait seul profiter de la victoire, et vingt ans après la monarchie réglait ses comptes avec la philosophie dont elle s'était faite la docile esclave.

Trafic des consciences vénales, menaces hautaines de d'Aubeterre, séductions prodiguées par le cardinal de Bernis, les princes Bourbons mirent tout en æuvre pour enchaîner l'indépendance de l'opinion et du conclave. L'historien de la Chute des Jésuites accuse les disciples de saint Ignace d'avoir opposé des intrigues

(1) Lamache , pag. 166. Et pour la lettre de Choiseul, pag. 255

« السابقةمتابعة »