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de l'armée espagnole et accueillit dès lors ses conseils pour les affaires civiles du gouvernement (1). Le premier acte de souveraineté qu'exerça Don Carlos, en montant sur le trône de Naples, ce fut la nomination de Bernardo Tanucci au ministère de la justice (2).

En quittant le royaume de Naples, pour le trône d'Espagne (1759), Don Carlos plaça sur celui des DeuxSiciles son troisième fils, Ferdinand IV, et emmena le second pour lui succéder. L'aîné était enfermé comme imbécile. Ferdinand IV, prince d'une santé vigoureuse, mais d'un esprit faible, avait besoin d'un mentor et d'un guide qui tînt les rênes du gouvernement; Tanucci fut chargé de toute l'administration. Ce premier ministre gouvernait ainsi les Deux-Siciles, sous la suprématie de Charles III qui, de Madrid, continuait de dominer à Naples. Le marquis Tanucci n'était qu'un légiste, « et l'expérience prouve, dit Duclos, que ceux qui n'ont chargé leur mémoire et occupé leur esprit que du positif des lois, sont de tous les hommes les moins propres au gouvernement (3). »Tanucci, obéissant à deux passions exclusives, attaqua les prérogatives du Saint Siege et les priviléges des nobles, avec beaucoup plus d'acharnement que de prudence.

(1) Collella , Sloria del Reame di Napoli, ibid.
(2) Colletta, ibid., tom. I, pag. 25.
(3) Duclos, Voyage en Italie , pag. 131.

Homme de robe et esprit étroit, il négligea l'armée, parce qu'il la regardait pendant la paix comme une chose inutile pour l'Etat. Il ne régla pas mieux les affaires de la justice. De quelque côté que l'on examine celte longue carrière politique de Tanucci, on cherche en vain ce qui a pu servir de fondement à la haute réputation qu'il eut pendant sa vie, et qui ne l'a pas abandonné après sa mort (1). Il ignorait l'économie politique, les finances, l'administration; avide de pouvoir, il était, en sa qualité d'étranger, plus attaché au roi qu'à l'Etat (2), et lorsqu'on le disgracia ( 1776), il se montra plus affligé de la perte de son ministère, qu'un souverain banni de ses Etats ne le serait de la perte de sa couronne (3). La reine, Caroline d'Autriche, qui , selon les articles de son contrat de mariage (4), assislait aux conseils depuis qu'elle eut donné un héritier au trône, souffrait impatiemment la domination de Tanucci.

Telle était donc à Naples la situation des choses, quand Charles III détruisit la société des Jésuites en Espagne. Déjà, avant de céder le trône à Ferdinand IV, il avait refusé aux Jésuiles la permission de fonder des

(1) Biographie universelle , art. Tarucci.
(2) Colletia, tom. II, pag. 58.
(3) Ibid., tom. II, pag. 25.
(4) Ibid.

colléges, et fait une loi pour interdire à ces Religieux toute acquisition ultérieure (1). Leur destruction dans les Etats de son Fils ne coûta qu'une lettre de la main de Ferdinand. Tanucci reçut ordre de les expulser, sans formalités et sans délai, de tous les établissements qu'ils avaient dans le royaume de Naples et dans celui de Sicile, puis de les faire tous transporter dans les Etats du Pape. Le ministre, qui n'aimait pas les Jésuites, remplit avec joie (2) les injonctions de son maitre ; il savait de plus qu'il se rendait agréable au roi d'Espagne. On répéta donc à Naples les savantes mesures du comte d'Aranda. L'édit d'expulsion n'alléguait aucun motif. Ferdinand IV usait de la toute-puissance qu'il reconnaissait tenir de Dieu, et proscrivait parce que tel était son bon vouloir.

Le 3 novembre 1767, au milieu de la nuit, toutes les maisons de Jésuites dans le royaume de Naples, monastères et colléges, furent investies par des officiers du roi et par la force armée; les portes ouvertes ou brisées, toutes les cellules occupées et gardées; les Pères, les novices, les élèves réunis dans un appartement de la maison ; les meubles séquestrés, chaque homme ne pouvant prendre que ses vêtements; après

(1) Colleta , tom. I, pag. 36.
(2) Tanucci ne fu allegro. Ibid., tom. II, pag. 8.

quoi, tous les Jésuites furent conduits sous bonne escorte au port ou au rivage le plus voisin, et embarqués sur des vaisseaux qui mirent aussitôt à la voile. Les vieillards et les malades eux-mêmes se virent contraints de partir avec les autres, et cette opération s'exécuta si rapidement que, pour nous borner à la ville de Naples, les Jésuites de la capitale naviguaient déjà vers Terracine avant la première lueur du jour, le lendemain 4 novembre.

On usa de cet empressement et de ces rigueurs, à l'exemple de Madrid, ou bien pour dérober au peuple, par la surprise et les ténèbres de la nuit, un spectacle plein de compassion et d'irrévérence. Les édits qu'on put lire le jour du départ des Jésuites portaient ce qui suit :

« Nous le Roi , faisant usage de la suprême puissance indépendante que nous tenons immédiatement de Dieu, inséparablement unie par son omnipotence à notre souveraineté, pour le gouvernement et la conduite de nos sujets, voulons et ordonnons que la Compagnie dite de Jésus soit abolie pour toujours et exclue à perpétuité de nos royaumes des Deux-Siciles. ,

Suivaient d'autres ordonnances pour faire savoir au peuple que les biens des Jésuites, quoique confisqués, seraient employés à des auvres de piété et d'utilité commune ; que les dettes de ces Religieux seraient payées; que leurs aumônes, les charges de leurs propriétés, les oeuvres méritoires qu'ils s'étaient engagés à accomplir , seraient continuées ; qu'il serait pourvu au service des églises ; enfin, que la réorganisation des écoles viendrait agrandir et améliorer l'enseignement public.

On ne sut pas quelles richesses encaissă le trésor, parce que le gouvernement mit lous ses soins à ne pas dévoiler ce mystère.

Pendant plusieurs mois, les promesses faites à l'occasion du bannissement des Jésuites, furent remplies, el il parut ensuite un autre édit conçu en ces termes : « Nos soins paternels, après la juste et nécessaire expulsion de nos Etats prononcée contre la Compagnie qui se disait de Jésus (la souveraine puissance que nous lenons directement de Dieu nous ayant permis d'expliquer et de commuter la volonté de ceux qui, en laissant leurs biens à la susdite Compagnie, ont entendu les destiner à l'utilité spirituelle de leurs concitoyens, par le moyen des oeuvres auxquelles la Compagnie faisait profession de se livrer), - nos soins ont établi des écoles publiques et des colléges gratuits pour instruire dans la piété et dans les lettres la jeunesse pauvre; des salles d'asile (conservatorii) pour nourrir les orphelins et les orphelines du peuple, et leur apprendre divers méliers ; des dépôts (reclusorii) pour les pauvres non va

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