صور الصفحة
PDF
النشر الإلكتروني

les transporta à Gênes , d'où ils furent envoyés dans l'Etat ecclésiastique (1). »

Cependant, le Saint-Siége avait long-temps hésité à recevoir les Jésuites espagnols. Outre les difficutés sérieuses qui entravaient le gouvernement pontifical, il était justement blessé de ce qu'on prétendait l'obliger à recevoir les proscrits. Et, en effet , cet ordre impérieusement donné aux Jésuites de ne pas sortir des Etats du Pape , semblait aussi peu révérencieux pour

on gouvernement que rigoureux pour les Jésuites, qui auraient de la peine à trouver des ressources dans un territoire pauvre et circonscrit. Jusque-là, on avait du moins laissé aux bannis le choix du lieu de leur exil, et le souverain qui pouvait les expulser de ses Etals, n'avait pas encore prétendu forcer un autre souverain à les recevoir et à les garder. Toutefois , le Saint-Siége ayant plus égard à la position des Jésuites qu'à des procédés hautains, résolut de recevoir ces Religieux, et les dispersa dans les différentes villes de l'Etat ecclésiastique. Il y avait parmi eux des théologiens, des savants et des littérateurs fort distingués, qui ont honoré, par leurs écrits, la religion et les lettres. Leur conduite ,

dans l'Etat de l'Eglise, donna le plus éclatant démenti à leurs accusateurs; ils se firent estimer de tous les ha

(1) Cours d'Histoire des Etats européens , tom. XL, pag. 58.

bitants par leur piété, leur modestie et leur charité. Jusque dans leur exil, ils s'occupaient des intérêts de leur patrie et d'investigations relatives à son histoire. Plusieurs d'entre eux se sont fait une réputation dans toute l'Europe par des ouvrages d'un haut mérite. Il faut nommer surtout Jean Andres , Faustin Arevalo, François Gusta, Laurent Hervas, François-Joseph Isla, Jean-François Masdeu, Jean de Osuna, Joseph Pons, Charles de la Serna-Santander, etc.

La révolution française n'avait que trop fait éclater les vues des ennemis de l'autel et du trône, et on ne pouvait plus se dissimuler le but secret des promoteurs de l'expulsion des Jésuites. Charles IV sembla donc vouloir réparer, du moins en partie, le mal qu'avait fait son père. La proscription des Jésuites durait depuis trente ans, et la plupart d'entre eux étaient déjà descendus dans la tombe. Ceux qui restaient encore obtinrent la permission de rentrer en Espagne, en 1799. Presque tous prolitèrent de cette liberté ; mais leur retour importunait d'irréconciliables ennemis ; la présence de ces vieillards était un perpétuel reproche pour quelques personnages en crédit. Ajoutez à cela les plaintes d'un parti qui, depuis cinquante ans , cherchait à prévaloir en Espagne , dans la direction des affaires ecclésiastiques. Les Jésuites furent donc expulsés de nouveau, et le pouvoir sembla ne les avoir fait revenir que pour se ménager le plaisir de les déporter une seconde fois.

On sait qu'ils furent rappelés, de la manière la plus éclatante, par Ferdinand VII. Ce prince rendit, le 29 mai 1815 , un décret portant que, pour céder aux veux qui lui étaient parvenus de différentes villes, de différentes provinces , et après avoir fait un examen approfondi des inculpations dirigées contre les Jésuites, il rétablissait leurs colléges, leurs maisons et missions. Il déclarait que la destruction de l'Ordre avait élé opérée par la jalousie et l'esprit de parti; qu'ils n'avaient pour ennemis que ceux qui étaient aussi les ennemis de la religion et de la monarchie, et qu'ils avaient rendu d'inappréciables services, surtout dans l'éducation de la jeunesse (1). Ce décret fut accueilli avee joie en Espagne. Plusieurs Jésuites revinrent successivement d'Italie, et rentrèrent dans quelques-uns de leurs établissements. Le 18 septembre 1815, les PP. Zuniga, Osuna et Silva partirent de Rome pour Madrid. Le premier était commissaire général pour le rétablissement de la Compagnie en Espagne. Il y avait ordre de fournir aux autres Religieux de la même nation des bâtiments pour les transporter aux frais de S. M. C. (2).

(1) Ami de la Religion , lom. V, pag. 172. (2) Ibid. pag. 304.

Lorsque les Jésuites arrivèrent à Madrid (1816), les Franciscains et Dominicains allèrent au-devant d'eux; un Te Deum fut chanté, et les Pères reçurent la visite de beaucoup de membres distingués de la noblesse. Le 29 mars, le duc de l'Infantado, à la tête de la Junte royale chargée des affaires des Jésuites, mit ces Religieux en possession du collége royal de Madrid, avec lous ses biens, ses rentes , sa grande bibliothèque, son cabinet de physique et d'astronomie. Plus de cinquante villes firent des instances pour avoir les Pères Jésuites. De ce nombre furent Barcelonne, Valence, Grenade, Gandie, Calatayud, Teruel , Graus.

Par un bref, daté du 15 décembre 1814, le pape Pie VIl avait exprimé au roi d'Espagne la joie que le rétablissement des Jésuites causait au Saint-Siége. « Nous nous sommes réjouis encore, ajoutait le pape, des biens immenses que l'Espagne retirera des prêtres réguliers de la Société de Jésus, car une longue expérience nous apprend que ce n'est pas seulement par leurs bonnes mours et leur vie évangélique qu'ils répandent la bonne odeur de Jésus-Christ , mais encore par le zèle avec lequel ils travaillent au salut des ames. Pour y parvenir , unissant à la vie la plus pure une connaissance approfondie des sciences, ils s'appliquent

(1) Ami de la Religion , lom. VII, pag. 41.

à étendre la religion, à la défendre contre les efforts des méchants, à retirer les Chrétiens de la corruption, à enseigner les belles-lettres à la jeunesse, et à la former à la piété chrétienne.....

Nous pouvons assurer Votre Majesté que le rétablissement de cette Société, dont le fondateur est Espagnol, qui compte dans son sein plusieurs Espagnols qui l'ont illustrée par leur sainteté et leur science, et qui enfin a fait tant de bien à l'Espagne, sera aux yeux des peuples commis à Votre Majesté un nouveau bienfait, un bienfait qui rattachera de plus en plus à votre personne sacrée le royaume d'Espagne, assurera et perpétuera parmi les gens de bien la gloire de votre nom, et, ce qui est plus important encore , sera pour vous un sujet de mérite auprès de Dieu (1).»

Il y eut de ces nobles proscrits qui furent appelés à Dieu au moment où ils allaient rentrer dans la patrie. Tel fut le P. Joachim Pla , qui mourut le 11 octobre 1816, dans la maison professe des Jésuites à Rome. Il s'était mis en route pour Cività-Vecchia , dans le dessein de se réunir à ses frères d'Espagne; mais surpris par une maladie grave , il fut obligé de revenir sur ses pas. On le transporta à Rome, où il succomba au bout de peu de jours. Ses goûts studieux l'avaient

(1) Aml de la Religion, tom. V; pag. 288-290.

« السابقةمتابعة »