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· que le testament de Bayle serait exécuté, quoique fait

hors de France, un tel homme ne devant pas élre regarde comme étranger ; ce sont les termes de l'arrêt. Lc Parlement de Paris, au milieu de ce même siècle, après cinquante ans de nouvelles lumières, condamna au feu, il y a quelques années, l'Analyse de Bayle ; et, dans l'arrêt qu'il rendit à ce sujet, flétrit la mémoire de ce grand homme par les plus odieuses qualifications. Toulouse, le berceau de l'Inquisition, avait donc, en 1700, des magistrats plus éclairés que Paris, le siége de la philosophie, n'en avait en 1750; et qu'on vienne après cela nous parler des progrès de l'esprit humain!...

« On ose avancer que, de toutes les Compagnies du royaume, séculières et régulières, le Parlement de Paris est le plus nuisible aux progrès des lumières, et par l'ignorance qui est son apanage, et par la nature des peines qu'il peut infliger à ceux qu'il voudra perdre. Les Théologiens excommunient, la Cour exile, mais le Parlement fait pendre et brûler.

¢ Aussi ennemi de la raison que les Jésuites, il n'est presque aucun ouvrage favorable à la tolérance, contraire à la superstition, ou même à quelque préjugé que ce puisse être, qui n'éprouve de la part de ce corps une opposition marquée, et quelquefois une persécution ouverte. On l'a vu, en dernier lieu, rendre un arrêt pour demander sur l'inoculation l'avis de la Sorbonne,

qu'il se garde bien de consulter sur l'acceptation de la Bulle, quoique l'une semble un peu plus que l'autre du ressort de la Théologie; et cetle Sorbonne, que le Parlement opprime et méprise, plus sage en celte occasion qu'en beaucoup d'autres, a eu le bon sens de répondre, toute Sorbonne qu'elle est, que ce qui concernait la santé du corps ne la regardait pas. On a vu ce même Parlement, qui n'a pas les premières notions d'administration ni de commerce, s'opposer à la libre circulation des grains dans l'intérieur de la France, tandis que d'autres Parlements plus instruils demandaient même la libre exportation des grains hors du royaume, et MM. du Parlement de Paris n'ont enfin consenti au commerce des blés de province à province que lorsqu'ils ont vu, sans en pouvoir douter, que leur résistance à ce sujet les rendait la fable de l'Europe. En un mot, pourvu que la Société soit détruite, et que les Jansénistes communient à leur appétit, peu leur importe d'ailleurs que les ministres soient des tyrans , les citoyens malheureux, la France opprimée au dedans et avilie au dehors.

• Tels sont, dans la plus exacte vérité, les hommes qui se disent l'appui de l'Etat, qui, pour avoir acheté

(1) Voir aussi les OEuvres de d'Alembert, tom. XV, pag. 256. — Ibid., pag. 266.

la permission de juger des procès, se croient le droit et le talent d'être les régents du royaume, les mentors et les tuteurs des rois, et qui seraient tout au plus d'assez bons marguilliers de leur paroisse.......... Néanmoins, avec tant de titres pour être méprisés, la faiblesse du gouvernement et l'autorité qu'il a laissé prendre à ces bourgeois, les a rendus redoutables à tous les Ordres de la nation, au roi comme au peuple, aux grands comme aux petits, aux philosophes comme au clergé, aux fous comme aux sages. Ce sont ces hommes sans génie, sans connaissances, sans véritable amour du public, qui ont consommé si rapidement la destruction de cette Société, redoutable aux Souverains mêmes (1). »

Le géomètre d'Alembert n'est pas animé d'une plus grande estime pour les hommes dont on voudrait nous faire respecter les arrêts. Il disait : « Ces parlements, bien indignes de l'opinion favorable que les étrangers en ont conçue, sont encore, s'il est possible, plus abrutis que le clergé par l'esprit intolérant et persécuteur qui les domine. Ce ne sont ni des magistrats, ni même des citoyens, mais de plats fanatiques jansenistes, qui nous feraient gémir, s'ils le pouvaient, sous le despotisme des absurdités théologiques, et dans les ténèbres de l'ignorance qu'entraînent la superstition et l'oppression (2).

(1) OEuvres de d'Alembert , tom. V, pag. 408-413.

(2) D'Alembert au roi de Prusse (14 sept. 1766). OEuvres de d'Alembert, lom. XVII, pag. 51.

« Voilà nos Messieurs du Parlement qui recommencent leur train; les voilà qui font de belles remontrances contre les édits les plus justes, les plus faits pour soulager le peuple. Les voilà qui font brûler de plats ouvrages, oubliés depuis six ans, et à qui ils donnent de la vie par leur condamnation. Les voilà qui poursuivent un malheureux enfant, parce que son libraire n'a pas voulu donner pour rien à un sot janséniste du Parlement toute l'édition d'un livre ignoré, mais qui déplait à ce plat janseniste, quoiqne revêtu d'une approbation (1).

« Quand je vois cet imbécile Parlement, plus intolérant que les capucins, aux prises avec d'autres ignorants imbéciles et intolérants comme lui, je suis tenté de lui dire ce que Timon le Misanthrope disait à Alcibiade : a Jeune écervelé, que je suis content de te voir à la tête des affaires ! Tu me feras raison de ces marauds d'Athéniens ! » La philosophie touche peut-être au moment où elle va être vengée des Jésuites; mais qui la vengera des Omer et compagnie (3) ? »

Voltaire demandait à d'Alembert « quel était le malheureux qui avait engagé le Parlement de Paris à se faire

(1) D'Alembert au roi de Prusse (23 février 1776. OEuvres, 1. XVII,

pag. 64.

(2) A Voltaire , tom. LX des OEuvres de celui-ci , pag. 59 (8 sept.

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géomètre, mécanicien, métaphysicien, théologien, etc., pour juger vingt volumes in - folio de l'Encyclopédie (1) ? » Il ne fallait pas qu'il fût théologien contre les philosophes, mais il était très bien qu'il le fut contre les Jésuites.

Les Parlementaires, Joly de Fleury à leur tête, n'étaient que de petits scélérats en robe noire, qui opprimaient des gens de lettres (2). — « Quand un homme public est bête, disait agréablement Voltaire, il faut l'être comme Omer (3), ou ne point s'en mêler (4).

Le même Voltaire appelait le Parlement de Paris un « tripot de tuteurs de rois, et ajoutait que les sottises dites à haute voix par tant de gens en robe, et avocats, et procureurs, avaient germé dans la tête de Damiens, bâtard de Ravaillac (5). »

Le 16 octobre 1759, Voltaire s'adressait à Joly de Fleury, dans une lettre au comte d'Argental, et disait : « Quelle fureur avez-vous d'être un petit Anitus ? On se moque de vous, et de vos discours, et de vos dénonciations. Mon Dieu, que cela est bête (6) ! »

(1) OEuvres, tom. LVIII, pag. 39.
(2) Ibid., tom. LIX (27 sept. 1760).
(3) Joly de Fleury.
(1) Tom. LX, pag. 387 (15 sept. 1762).
(5) OEuvres , tom. LVIII, pag. 110.
(6) OEuvres , tom. LVIII, pag. 188.

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