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qu'il ne voyait point les conséquences des mauvaises affaires dans lesquelles on l'engageait, et c'est ainsi qu'on peut l'excuser; mais que la cour de Rome se propose cela à imiter dans une Bulle de canonisation, c'est ce qui est intolérable, et les Parlements ont eu raison de s'élever avec force contre une pareille Bulle (1). » Ainsi parlait la secte. Mais le Jansénisme n'a rien édifié, il n'a laissé après lui que des haines; les filles de Vincent de Paul sont partout, et on sait leurs euvres (2),

Les Parlements avaient des façons d'agir pour lesquelles leurs admirateurs éprouveraient assurément peu de sympathie; qu'on en juge.

En 1568, Charles IX ayant signé un édit de pacification, enregistré au Parlement de Paris, le fit porter à celui de Toulouse, par un gentilhomme nommé Rapin; mais, au lieu de vérifier cet édit, le Parlement fit couper la tête à l'envoyé royal (3).

En 1617, le Parlement condamna la maréchale d'Ancre à être brûlée comme sorcière, et inséra dans l'arrêt qu'à l'avenir aucun étranger ne serait admis au conseil d'Etat (4)

(1) Recueil de pièces pour servir à l'Histoire de Port-Royal; Utrecht, 1740, in-12 , pag. 171.

(2) Th. Foisset, le Président de Brosses , pag. 31.
(3) Voltaire, Histoire du Parlement, pag. 124,
(4) Ibid., pag. 230.

Le 9 février 1619, le philosophe Vanini fut brûlé vif, à Toulouse, par ordre du Parlement de cette ville. Les gens de robe aimaient, dirait-on, cette odeur de bûcher, et ne parlaient pas d'exécutions avec plus de trouble que s'il se fût agi d'une bagatelle. Ainsi , Etienne Pasquier, après s'être évertué à prouver que Guillaume Postel devait avoir été Jésuite, continuait avec le plus aimable sans-façon :

« Ce nouveau saint Jean-Baptiste de Postel fut depuis bruslé tout vif par Arrest du Palement de Tholose, qui ne voulut prendre en payement la foiblesse de son es prit. Et à la verité plusieurs se sont esmerveillez que l'on n'avoit fait le semblable de Postel dedans Paris (1). » Sans doute qu'à Paris c'eût été d'un meilleur exemple et plus gracieux à voir.

Le 17 avril 1758, en vertu d'un arrêt du Parlement de Bordeaux, on brûlait en cette ville, dans la cour du palais, au pied du grand escalier, plusieurs ballots de livres protestants , parmi lesquels figurait l’Abrégė de l'Histoire sainte et du Catéchisme, par J.-F. Ostervald, pasteur de l'Eglise de Neufchâtel. Un trait remarquable de cette juridiction, c'est que la Cour qui traitait de mauvais livre le Catéchisme d'Ostervald, était celle-là même qui avait vu naguère siéger sur ses fleurs de lis

(1) Pasquier, Catéchisme des Jésuites, liv, l, chap. 10.

l'illustre et galant auteur des Lettres persanes , ouvrage « si contraire aux lois et maximes de la religion de l'Etat (1), » car il travestit indignement les croyances évangéliques, et, pour nous borner à un seul trait, représente les chrétiens comme des imbéciles qui croient que trois ne sont qu'un.

Le 18 février 1762, jaloux « de faire observer les lois aussi sages que justes, qui proscrivent du royaume tout ministre de la religion prétendue réformée, » disait le procureur-général, le Parlement de Toulouse condamnait à mort le ministre François Rochette et quelques protestants avec lui (2).

A peu de semaines d'intervalle, le gibet du jeune pasteur et la roue d'un vieillard, de Jean Calas, se dressèrent dans la même ville. L'arrêt du 9 mars 1762 fut annulé le 9 du même mois 1765 (3).

Ces parlementaires qui étourdissaient le royaume du bruit de leur royalisme et de leur zèle à maintenir les servitudes de l'Eglise de France, déguisées sous le beau nom de libertés , se faisaient les dociles instruments des persécutions religieuses. D'Aguesseau et Joly de Fleury, par exemple, prirent part au cruel édit de 1721 contre les Protestants. Un écrivain qui appartient à la Réforme, leur rend cette justice que « tous deux se montrèrent vigilants gardiens des maximes gallicanes, dont la profession, dit-il, est voisine de l'esprit janseniste (1). »

(1) Expressions de l'arrêt d'avril 1758.-Voir sur cet arrêt l'ilistoire des Eglises du déserl , par Ch. Coquerel, lom. II, pag. 259.

(2) Ch. Coquerel, Histoire des Eglises du Désert, tom. II, liv. IV, ch. 1.

(3) Ibid., chap. 2.

Les philosophes, pour le compte de qui travaillaient les Parlements, nous ont laissé la plus gracieuse idée de cette bénigne magistrature, et nous donnent conséquemment la mesure de ce qu'elle put faire contre les Jésuites, pour servir ses rancunes jansénistes.

Damilaville, très-fervent adepte du philosophisme, regrettait que Jean-Jacques, dans sa lettre à Christophe de Beaumont, n'eût pas démasqué ce sénat de Midas aux yeux de l'Europe qui en était la dupe, et qui les croyait des hommes d'Etat, des républicains, des philosophes, des pères de la patrie, lorsqu'ils n'étaient que de plats jansenistes et des sots importants (2). »

Le même philosophe écrivait encore à d'Alembert cette longue apothéose des Parlements : «Il ne faut pas croire que ces parlements, devenus si redoutables en France, obtiennent de la part des hommes sensés, les éloges qu'une partie de la nation leur prodigue. Aussi superstitieux que les capucins, et plus ignorants

(1) Ch. Coquerel, Histoire des Eglises du Désert, tom. I, p. 158 et 161.

(2) OEuvres de d'Alembert, tom. V, pag. 407.

que la Sorbonne, on les a vus, dans ces derniers temps, persécuter les Protestants en Languedoc et en Dauphiné; supprimer, sur des rapports infidèles, des ouvrages estimables et utiles aux progrès de la raison ; prendre pour oracles de leurs décisions des écrivains méprisés et ridicules; s'occuper avec beaucoup plus de chaleur de l’Eucharistie refusée à une tourrière de couvent, que de la grande affaire des impôts ; refuser à tort el à travers d'enregistrer des édits bursaux, qu'ils vérifiaient quelques mois après sans résistance; ne rejeter constamment que ceux de ces édits qui étaient contraires à leurs intérêts personnels; se mêler de tout sans se connaitre à rien, et vouloir gouverner à la fois l'Eglise et l'Etat, sans aimer ni l'un ni l'autre. On a trèsbien défini les parlements : « Un corps qui ne s'embarrasse guère que le peuple ait du pain, pourvu qu'il ait la communion, et qui est beaucoup plus occupé de le faire enterrer qae de le faire vivre. »

« Il faut ajouter que, de tous les Parlements, celui de Paris, composé pour la plus grande partie de bourgeois élevés dans les absurdités du Jansénisme , qui ne connaissent de fléau dans l'Etat que la bulle Unigenitus, est sans comparaison le moins éclairé, et celui dont les idées et les connaissances en tout genre sont les plus étroites; en voici un exemple sensible. Le Parlement de Toulouse, au commencement de ce siècle, ordonna

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