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priait ordinairement pour le Roi dans ses sermons , à raison de quoi il fut contraint de sortir de la ville de Lyon. Antoine Possevin et le cardinal Tolet n'oublièrent aucun office pour le Roi envers le Saint-Père (1). Dans la plupart des villes qui se déclarèrent contre le Roi, il n'y avait point de Jésuites, comme Amiens, Narbonne , Orléans, Nantes, Troyes, toute la Picardie, la Champagne, la Bretagne ; et Nevers , où il y avait un Collége de Jésuites , fut toujours sous l'obéissance du Roi , durant la Ligue (2) ►

Après le triomphe de Henri IV, le Parlement, par un arrêt du 1er septembre 1593, prescrivit la suppression de quelques vers de la Jérusalem conquise, de Torquato Tasso.

Louis XIII, en 1631, disait à l'avocat-général Talon, en présence de Messieurs du Parlement : « Ne me parlez pas de l'obéissance de vos gens; si je voulais former quelqu'un à cette vertu , je le mettrais dans une compagnie de mes gardes, et non pas au Parlement (3). » Les faiseurs de requisitoires contre la Compagnie de Jésus se prévalurent de quelques paroles de blâme indéterminé adressées à la Société par un de ses Généraux;

(1) Apolog. de Richeome , pag. 99.
(2) Ibid., pag 88.
(3) Voltaire, Histoire du Parlement, pag. 240.

eut-il donc été juste de condamner les classes du Parlement d'après la leçon du roi Louis XIII ?

Nous allons voir maintenant à quoi servit la mercuriale de ce prince. Pendant la minorité de Louis XIV, le Parlement leva des troupes et nomma des généraux. Chaque Conseiller se laxa à cinq cents livres. Vingt membres de ce corps donnèrent chacun quinze mille livres. La compagnie fit payer cinquante écus par chaque porte cochère ; elle fit saisir jusqu'à six cent mille livres dans les maisons des partisans de la cour. Avec cet argent extorqué par la rapine et par un arrêt, elle fit des régiments de bourgeois , et on eut plus de troupes contre la cour , que la cour n'en eut contre Paris (1)

Le Parlement, en faisant ces préparatifs, déclara le cardinal premier ministre ennemi de l'Etat et perturbateur du repos public, lui ordonna de sortir du royaume dans huit jours; et, passé ce temps, ordre à tous les Français de lui courre sus, ancien formulaire des déclarations de guerre de monarque à monarqne (2).

Dans les troubles de la Fronde, la tête du cardinal Mazarin fut mise à prix par Messieurs du Parlement.

(1) « Les Parlementaires du temps de la Fronde violaient des lois pour sauver des règlements, » dit M. de Saint-Priest. Page xiij. El leurs successeurs vinrent accuser les Jésuites !

(2) Voltaire, Histoire du Parlement , pag. 268, lom. XXII.

On trouva dans les annales qu'une tête de quelque im. portance avait été autrefois estimée 50,000 écus , et ce fut le tarif adopté pour celle du cardinal-ministre. Les beaux esprits firent afficher dans Paris une répartition de la somme : tant pour celui qui couperait le nez au Cardinal, tant pour une oreille, lant pour un oeil, etc. · Le Parlement ne se déconcerta pas , et rendit un second arrêt, en vertu duquel les meubles et les livres furent vendus. Cet argent était destiné à payer un assassin , mais il fut dissipé par les dépositaires (1).

On sait quel cri de douleur la sentence de vente de la bibliothèque du Cardinal arrachait à Naudé, dans un Advis imprimé (1651) à l'adresse de nos Seigneurs du Parlement (2). Il finissait en répétant les vers attribués à Auguste, lorsque celui-ci décida de casser le testament de Virgile plutôt que d'anéantir l'Enéide :

Frangalur potius legum veneraoda potestas
Quam tot congestos noctesque diesque labores
Hauserit una dies, supremaquc jussa Senatus !

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La vente se fit pourtant, bien qu'avec de certains accommodements, peut-être. Naudé en racheta pour sa

(1) Voltaire , tom, XIX, pag. 304.

(2) Voir la Revue des Deux Mondes , lom. XXXVI, pag. 786 , article sur Gabriel Naudé, par M. Sainte-Beuve.

part tous les livres de médecine, et il parait qu'il y eut des prête-noms du Cardinal qui en sauvèrent d'autres séries tout entières. Le coup néanmoins était porté pour l'auteur même; l'intégrité et l'honneur de l'oeuvre unique avaient péri. « On vend toujours ici la bibliothèque de ce rouge tyran, écrivait Guy Patin (30 janvier 1652); seize mille volumes en sont déjà sortis ; il n'en reste plus que vingt-quatre mille. Tout Paris y va comme à la procession ; j'ai si peu de loisir que je n'y puis aller, joint que le bibliothécaire qui l'avait dressée, mon ami de trente-cinq ans, m'est si cher, que je ne puis voir cette dissolution et destruction. »

Au mois de décembre 1651, nouvel arrèt d'après lequel plusieurs conseillers devaient se transporter sur la frontière pour informer contre l'armée du Cardinal, c'est-à-dire , contre l'armée royale (1).

Le cardinal Mazarin une fois revenu triomphant dans la capitale (1653), presque tous les membres du Parlement, qui avaient mis sa tête à prix , et qui avaient vendu ses meubles à l'encan pour payer les assassins, vinrent le complimenter les uns après les autres, et furent d'autant plus humiliés qu'il les reçut avec affabilité (2).

(1) Vollaire, loc. cit.
(2) Voltaire , Alstoire du Parlement , pag. 274.

Ainsi, la bassesse du sénat se joignait au ridicule de ses démarches et à l'odieux de ses proscriptions. Ce même Parlement, à peine sorti de ses factieuses menées, condamna le prince de Condé par contumace, comme il avait condamné Mazarin , et confisqua tous ses biens en France (1).

Quand le Cardinal eut conclu la paix des Pyrénées et marié Louis XIV, le Parlement vint haranguer le ministre , et descendit si bas en fait de louanges, même au sens des courtisans, qu'il devint l'objet de leurs railleries. Ménage adressa au Cardinal une pièce de vers latins, alors très-fameuse', dans laquelle , parJant comme toute la cour, il disait :

Et puto lam viles despicis ips e togas (2).

« Le Parlement qui, dans la minorité de Louis XIV, avait fait la guerre civile pour douze charges de maitres des requêtes , et qui avait cassé les testaments de Louis XIII et de Louis XIV avec moins de formalités que celui d'un particulier, eut à peine la liberté de faire des remontrances lorsqu'on eut augmenté la valeur

(1) Voltaire, Ibid., 275. (2) Ibid., pag. 276.

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