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Les Jésuites sont obligés d'obéir à leur Général, mais seulement dans les choses l'on ne peut reconnaitre qu'il y ait aucun genre de péché (1). Ces quelques mots genaient les ennemis des Jésuites, et le clergé fit observer , dans son Ayis au Roi, avec quelle affectation et quelle perfidie on mutilait les Constitutions pour avoir plus de facilité à les calomnier. Les évêques signa: taires demandaient, après cela , de quel danger pouvait être une obéissance à laquelle on n'est tenu que lorsqu'il n'y a ni péché mortel, ni péché veniel à y dé. férer ? D'ailleurs, cette règle d'obéissance n'est point particulière pour le Général; elle regarde aussi les Supérieurs qui régissent la Société sous ses ordres. Saint Ignace donc n'a donné au Général sur sa Compagnie, que l'autorité que doit avoir tout supérieur de communauté sur ses Religieux, en vertu de leur vou d'obéissance (2).

« Toutes ces expressions, qu'il faut être dans les mains du supérieur comme un cadavre, comme un bâton dans les mains d'un vieillard , continuaient les

()' Omnem sententiam ac judicium nostrum contrarium cæca quadam obedientia abnegando , et quidem in omnibus quæ a Suévèques, n'étonnent et ne scandalisent que ceux qui ne connaissent pas comme nous le langage des auteurs ascétiques, et qui n'ont aucune idée d'une perfection qui n'est point faite pour leur état. Nous remplirions un volume, si nous citions tous les Pères et les maîtres de la vie spirituelle qui ont tenu ce même langage, et si nous faisions l'extrait de l'article sur l'obéissance des Constitutions des autres Ordres , où les mêmes comparaisons sont employées, et de plus fortes encore.

perioribus disponuntur, ubi definiri non potest aliquod peccati geaus intercedere. Constil. part. 6, cap. I, pag. 408.- Cum eo quod Superior vult in omnibus ubi peccatum non cerneretur omnino conformantes. Constit. part 3, cap. 1, num. 23. (2) Avis, pag. 32.

« Par la disposition des Constitutions des Jésuites, le Général est encore plus dépendant de la congregation générale, que la Compagnie ne l'est de son autorité. Les assistants sont des surveillants que la congrégation lui donne, obligés par serment d'avertir la Compagnie des manquements qu'il peut faire dans ses devoirs, et, s'ils sont essentiels, de le dénoncer à la Société. Dans le cas de scandale, les provinciaux, sans attendre la convocation des assistants , doivent convoquer euxmêmes la congrégation, et aussitôt qu'elle est assemblée faire le procès au Général avec célérité, et le déposer (1). Il ne peut disposer de rien en sa faveur, et il ne reçoit même l'entretien et les aliments que des mains de la Compagnie. Il appartient, il est vrai, au Général des

(1) Ce qui ne s'est jamais présenté, et, Dieu aidaat, de se pré. sentera jamais. Le P. de Ravignan, ibid. pag. 78.

Jésuites de disposer de toutes les places et de tous les emplois qui sont à remplir dans la Compagnie ; mais il ne peut le faire qu'après avoir entendu l'avis de son Conseil, et cette disposition de la Règle nous paraît le chef-d'oeuvre de la sagesse du fondateur de cet Institut (1).

« Par rapport à ce qui regarde l'autorité du Général sur le temporel, nous avons vu dans les Constitutions que le Général peut passer toutes sortes de contrats pour les maisons de son Institut, mais jamais aucun en sa faveur; qu'il ne peut appliquer les revenus des colléges fondés aux maisons professes; que les biens provenant de donation, quand ils ne sont affectés à aucun objet particulier, sont à la disposition du Général, qu'il peut les vendre et les appliquer à un collége ou à un autre; que si ces biens viennent de ceux qui se font Jésuites, il est obligé de les distribuer dans la province, excepté dans le cas où un collége d'une autre province se trouverait dans une grande pauvreté; que si cette province était sous l'autorité de divers princes, il ne doit rien faire passer du domaine de l'un sous le domaine de l'autre, sans leur permission ; que ces biens étant donnés à la Société, le Général, qui les retient, doit en user pour l'utilité de la Société, et non pour son

(1) svis, pag. 34.

propre avantage, ni pour celui d'aucun de ses pa rents (1). »

Les évêques ne voyaient pas qu'il pût résulter d'une pareille administration aucun inconvénient pour les maisons de l'Institut, ni pour l'Etat, puisque le Général ne pouvait disposer des biens de ces maisons que suivant les lois du royaume.

On abordait cette niaise objection, ce fantôme de Général étranger , et l'on montrait que d'autres Ordres religieux se trouvaient dans le même cas. I} faudrait ajouter que tous les vrais catholiques, par leur pieuse dépendanee du Sain:-Siége, sont aulant d'esclaves qui relèvent d'un souverain étranger, le Pape ; que tous les chrétiens même, par leur dépendance unique de Dieu et de son divin Fils, comme par la maxime, qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, sont des citoyens d'une autre patrie , des sujets d'un souverain étranger. Nous rentrerions dans la question du patriotisme, et il n'est pas temps encore de voir comment l'entendent et le pratiquent les ennemis de la Compagnie de Jésus, les philosophes et leurs singes, Voltaire en tête de cet auguste aréopage.

Le Clergé concluait donc qu'il n'y avait aucun changement à faire dans les Constitutions, par rapport à ce

(1) Avis, pag. 37.

qui regardait l'autorité du Général des Jésuites (1). Au surplus, fallût-il quelque réforme, on devait réclamer l'autorité du souverain pontife, le concours des évêques du royaume et de la Congrégation générale des Jésuites.

Le Clergé de France avait été consulté ; voilà ce que fut son Avis, une manifestation généreuse et loyale, mais manquant d'exactitude en quelques points, surtout en ce qui regardait les Constitutions des Jésuites.

L'historien de la Chute des Jésuites n'a pas dit un mot des réponses aux trois premières questions, et il ne parle de la quatrième que pour intervertir les rôles de la majorité et de la minorité (2), séparée par une si énorme disproportion numérique. Nous voulons bien croire que le noble pair a commis ici simplement une erreur,

et non pas un acte d'insigne mauvaise foi. Mais comment s'expliquer une telle méprise ? Elle doit sembler d'autant plus étrange qu'il avait lu , sans doute , dans l'écrit de d'Alembert sur la Destruction des Jésuites: un passage qui indique approximativement la vérité. « Le roi, dit d'Alembert, avait consulté sur l'Institut des Jésuites, les évêques qui étaient à Paris ; environ quarante d'entre eux, soit persuasion , soit politique, avaient fait les plus grands éloges de l'Institut et de la

(1) Procès - verbaux des assemblées générales du Clergé de France , tom. VIII, 2° part. , pag. 317 et 318.

(2) Saint-Priest , pag. 51.

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