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polémique, dans la direction des ames. Pour arriver aux autres Ordres , il était nécessaire de passer sur le corps à celui-ci , et Voltaire écrivait à son ami d'Alembert : « Ce n'est pas assez d'abolir les Jésuites , quand on a tant d'autres moines (1). »

On se ligua donc pour abattre les Jésuites : l'asso. ciation des deux partis, en cette circonstance, n'est pas douteuse. Diderot , qui savait ce monde-là, disait de la descendance de Port-Royal : « En vérité, je crois qu'un Janseniste foulerait aux pieds un crucifix, à condition d'égorger impunément un Jésuite (2).

Le président Rolland, sans faire mystère de l'acharnement qu'il avait mis, comme lant d'autres, suivre en ennemi des hommes dont il était le juge, eut l'impudente franchise d'écrire dans un mémoire imprimé en 1781 : « L'affaire seule des Jésuites me coûtait de mon argent plus de soixante mille livres. Ils n'auraient pas été éteints, si je n'avais consacré à cette æuvre mon temps , ma santé et mon argent. » Le rassurant tribunal que celui dont les membres osaient s'honorer d'une telle prévarication (3) !

A cette époque, d'ailleurs, tout favorisait les võux

à pour

(1) OEuvres de d'Alembert, tom. XV, pag. 232 (1er nov. 1762). (2) Mém. corresp. el ouvr. inéd. de Diderot, lom. II, pag. 78.

(3) Proyart, Louis XVI délróné aranl d’élre roi, page 191, édit. de 1803.

des deux partis réunis. La faiblessé et l'inconduite du prince , les désastres d'une guerre malheureuse et bien d'autres causes, avaient contribué à avilir l'autorité et à enhardir quelques têtes. Les dispositions du Parlement n'étaient pas équivoques. Le ministère se mon. trait peu favorable à la religion, et laissa impunément attaquer les Jésuites, en attendant le jour où l'on forcerait le roi à sanctionner les excès des tribunaux. Ceux-ci étaient prêts.

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L'abbé Chauvelin. - Portrait de ce conseiller au parlement.-- Sa conduite dans

une affaire concernant l'autorité de l'Eglise. — Il dénonce au parlement les Constitutions des Jésuites (17 avril 1760.) – Exemplaire des Constituliona apporté au parlement par le P. de Montigny. - Ce même exemplaire revenu aujourd'hui aux mains des Jésuites.-Discours de Chauvelin contre les Constitutions. — Déclaration du Parlement (2 août 1761 ) qui demande à chaque maison de Jésuites ses titres d'établissement.--Le procureur-général appelle comme d'abus des Bulles, Brefs, Lettres apostoliques.- Arrêt du 6 août 1701 condamnant au feu divers ouvrages des Jésuites, etc. - Livre des Pères Mcnoux et Griffet sur cet arret; examen de ce livre.--Lettre de d'Alembert sur les réquisitoires et procédures parlementaires. – Convocation des évêques français à Paris : ils sont consultés sur quatre points principaux.-Quarantecinq évêques, sur cinquante-un, se prononcent en faveur de la Compagnie. - Lcur Aris est publié; examen de cet Avis.- Monseigneur de Fitz-James, évêque de Soissons, se déclare contre les Jésuites, en rendant hommage à l'irréprochable pureté de leurs mæurs.- Erreur de M. de Saint-Priest sur le nombre des prélats qui se déclarent pour les Jésuites. — D'Alembert, à ce sujct.

Il y avait au Parlement de Paris un conseiller-clerc, appelé Chauvelin. C'élait un petit homme laid , bossu , entèlé, ardent, sougueux, plein de préjugés, implaplacable ennemi des Jésuites (1), et empressé de paraitre. On n'eut donc pas de peine à le mettre en

avant.

Du reste, il avait déjà fait ses preuves. Ainsi, en 1753, Louis XV ayant ordonné au Parlement de Paris de suspendre des procédures qui atlaquaient directement l'autorité de l'Eglise, ce fut l'abbé de Chauvelin bien connu pour être un des coryphées du parti janséniste , qui fit prendre par sa cour un arrêté portant qu'elle ne pouvait obtempérer, qu'elle ne pouvait renoncer à se mêler du refus de sacrement. Cette révolte se prolongea plusieurs années, et aboutit à l'assassinat du roi par Damiens, en 1757. Ce fut encore l'abbé de Chauvelin qui, dans le procès des Jésuites, osa le premier produire contre eux un prétendu édit de Henri IV, édit dont la supposition fut alors démontrée, et plaça quel

(1) Montjoie , Eloge historique du P. Berlhier, pag. 105.

ques-uns de Messieurs du Parlement sur la ligne des faussaires en écritures publiques (1).

Le 17 avril 1760, l'abbé de Chauvelin , qui trouvait temps pour tout, même pour s'intéresser aux débuts de l'acteur Lekain (2), et au succès des tragédies de Voltaire, occupation fort édifiante dans un Janseniste, dénonça au Parlement de Paris les Constitutions de la Société: ce fut là le premier acte public d'hostilité contre les Jésuites. Il dénonça les Constitutions « comme renfermant plusieurs choses contraires au bon ordre, à la discipline de l'Eglise , et aux maximes du royaume. » Cette découverte méritait d'être accueillie, et le fut surle-champ par les magistrats qui ordonnèrent aux Jésui. tes de déposer dans trois jours, au greffe civil de la Cour, un exemplaire de leurs Constitutions, de l'édition de Prague faite en 1757. Dès le lendemain, samedi matin , 18 avril, les Jésuites obéirent, et l'exemplaire requis fut apporté par le P. Antoine de Montigny, procureur de la Province de France (3).

(1) Voir le n° 7 et le n° 8 du tom. I des Documents sur la Compagnie de Jésus (publiés par M. de Saint-Victor), et le n° 13 du tom. II, pag. 71.

(2) Journal le Droit, 15 mai 1845.

(3) Etrange destinée des livres ! Ce même volume est revenu aux mains de la Compagnie qui l'avait fourni. Le Père Cabour a écrit son livre des Jésuites en travaillant sur l'exemplaire déposé par le Père de Montigay. Il porte l'inscription suivante, non sigoée, il est

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