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LETTRES

DE

LA MARQUISE DU DEFFAND

A

MONSIEUR WALPOLE.

LETTRE CCIX.

Mardi, 3 Janvier, 1775. C'est une fatalité inévitable, il faut qu'il y ait dans toutes vos lettres une teinture de inécontentement et de menaces; vous ne rez, dites-vous, que dans huit jours. Vous ai-je

!? écridemandé

que vous prissiez plus souvent cette peine? y a-t-il du mal à avoir pensé que votre cousin étant ici je pourrois avoir deux fois la semaine de vos nouvelles? et n'étoit-il

pas assez naturel de le désirer ? une fois pour toutes, faites tout ce qu'il vous plaira; je n'ai ni le droit ni la volonté de rien exiger, mon intention est de

VOL. III.

B

me conduire comme vous pouvez le désirer ; je me rends assez de justice pour savoir ce que je dois prétendre, et personne ne peut m'apprécier avec aussi peu d'indulgence que j'en ai

pour moi.

Je donnerai à votre cousin la vie de Ninon il a souvent des occasions dont je n'ai point de connoissance. Ce petit ouvrage n'est point nouveau, je l'avois il y a long-tems parmi mes livres, c'est par hasard que je l'ai relu, et comme vous aimez les noms propres et les anecdotes, j'ai imaginé qu'il vous amuseroit. Il y a des faits qui ne sont pas rapportés fidèlement; j'ai su par l'Abbé Gédoin lui-même ses amours avec Ninon (1), je crois vous les avoir racontés; les circonstances en sont différentes, mais le fond est véritable. Vous pouvez vous épargner la lecture des cent soixante-quatre premières pages, elles ne me poroissent pas du même auteur que ce qui les suit.

Je ne sais quand je verrai la grand'maman; sa maison est ouverte d'hier; elle est dans un océan de monde où je ne veux point m’aller noyer; je m'acquitterai de vos ordres dès que je la verrai, elle apprendra avec plaisir que vous

(1) When she was eighty years of age.

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portez bien, elle étoit inquiète et partageoit mon inquiétude ainsi que l'Abbé.

Il me semble que votre cousin, et les miladis se plaisent ici et ne pensent point à leur départ, j'en suis fort aise.

Mercredi, après midi. J'ai passé ma matinée a lire le Mercure, je ne puis m'empêcher de vous copier les vers que j'y ai trouvés; l'auteur est anonyme; mais on reconnoît Voltaire, et d'autant plus qu'ils sont adressés à MM. de Genève.

Oui, messieurs, c'est ina fantaisie
De me voir peint en Apollon;
Je conçois votre jalousie;
Mais vous vous plaignez sans raison ;
Si mon peintre, par aventure,
Tenté d'égayer son pinceau,
En Silène eût mis na figure,
Vous auriez tous place au tableau,
Messieurs, vous seriez ma monture.

Cette épigramme vaut mieux que les couplets qu'il ma envoyés.

Votre cousin vous a-t-il envoyé l'épigramme sur Suard, qui a pour titre les trois exclamations? Savez-vous combien il connoît déjà de per. sonnes dans Paris ? Quatre-vingt-dix. Il n'est nullement sauvage. Je voudrois bien qu'il fît connoissance avec la grand'maman, je crains que cela n'arrive pas.

LETTRE CCX.

Samedi, 28 Janvier, 1775. Je viens de recevoir la caisse ; ce qu'elle contenoit étoit mal emballé, il y a deux compotiers de cassé, et le plateau de dessous la jatte (1).

Je fis hier un souper chez moi, avec la grand'maman et le grand Abbé ; nous dîmes tout d'une voix, qu'il étoit bien fâcheux que vous n'y fussiez pas pour faire la partie quarrée. Je lisois l'autre jour dans les lettres de Pope, qu’un ami absent étoit un bien dans les fonds publics, qui rapportoit quelques revenus, et qu'on pouvoit ravoir quand on le vouloit. Cela est-il vrai?

Je crains que votre cousin ne puisse pas vous rendre un bon compte de ce qu'il aura vu

(1) A desert service of English green cut glass, which Mad. du Deffand had intended for a present to a friend at Paris, who had extremely admired some green cut glass given by Mr. Walpole to Mad. du Deffand.

de la cour sont magnifiques et charmans, ce sont des quadrilles de quatre, de huit, de seize, qui représentent des nations différentes, ou des personnages du tems passé ; les habits sont magnifiques, ce sont les plus jolies femmes et les meilleures danseuses qui les composent : il y entre du pantomime; on représente des scènes. On prétend qu'à l'arrivée de l'Archidue qu'on attend le mois prochain, il y aura un bal sur le grand théâtre, et qu'on exécutera un ballet de trente-deux personnes.

La Reine, toute la Famille Royale y auront leurs rôles. L'exhorte fort vos parens de rester pour voir ce spectacle; ils hésitent à s'y déterminer ; mais ils iront du moins de Lundi en buit à Versailles pour le bal; il y aura un quadrille de seize qui représentera des Scandinaves.

Dimanche. J'ATTENDS machinalement le facteur tous les Mercredis et Dimanches, ne comptant pas souvent recevoir de lettres; aujourd'hui il n'y en a pour personne, et voilà trois Dimanches de suite qu'il retarde d'un jour, et que par conséquent celles qu'on reçoit le Lundi, on n'y peut répondre que le Jeudi d'après. Toutes.

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