uvres complettes de J. J. Rousseau, citoyen de Genve: Politique

Chez Blin, Caille, Grgoire, Volland, 1793
 

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21 - Trouver une forme d'association qui dfende et protge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ, et par laquelle chacun, s'unissant tous, n'obisse pourtant qu' lui-mme et reste aussi libre .qu'auparavant.
39 - Les charlatans du Japon dpcent, dit-on, un enfant aux yeux des spectateurs; puis jetant en l'air tous ses membres l'un aprs l'autre, ils font retomber l'enfant vivant et tout rassembl. Tels sont peu prs les tours de gobelets de nos politiques; aprs avoir dmembr le corps social par un prestige digne de la foire, ils rassemblent les pices on ne sait comment.
58 - Les lois ne sont proprement que les conditions de l'association civile. Le peuple, soumis aux lois, en doit tre l'auteur; il n'appartient qu' ceux qui s'associent de rgler les conditions de la socit. Mais comment les rgleront-ils? Sera-ce d'un commun accord , par une inspiration subite? Le corps politique at-il un organe pour noncer ses volonts? Qui lui donnera la prvoyance ncessaire pour en former les actes et les publier d'avance?
231 - Sans pouvoir obliger personne les croire, il peut bannir de l'État quiconque ne les croit pas; il peut le bannir, non comme impie, mais comme insociable, comme incapable d'aimer sincrement les lois, la justice, et d'immoler au besoin sa vie son devoir.
80 - Il est encore en Europe un pays capable de lgislation ; c'est l'le de Corse. La valeur et la constance avec laquelle ce brave peuple a su recouvrer et dfendre sa libert mriterait bien que quelque homme sage lui apprt la conserver. J'ai quelque pressentiment qu'un jour cette petite le tonnera l'Europe.
156 - Le peuple anglais pense tre libre , il se trompe fort ; il ne l'est que durant l'lection des membres du parlement : sitt qu'ils sont lus, il est esclave, il n'est rien.
22 - De plus, l'alination se faisant sans rserve, l'union est aussi parfaite qu'elle peut l'tre et nul associ n'a plus rien rclamer. Car s'il restait quelques droits aux particuliers, comme il n'y aurait aucun suprieur commun qui pt prononcer entre eux et le public, chacun tant en quelque point son propre juge prtendrait bientt l'tre en tous, l'tat de nature subsisterait et l'association deviendrait ncessairement tyrannique ou vaine.
230 - Il ya donc une profession de foi purement civile dont il appartient au souverain de fixer les articles, non pas prcisment comme dogmes de religion, mais comme sentiments de sociabilit sans lesquels il est impossible d'tre bon citoyen ni sujet fidle.
62 - Cet emploi , qui constitue la rpublique , n'entre point dans sa constitution : c'est une fonction particulire et suprieure qui n'a rien de commun avec l'empire humain ; car si celui qui commande aux hommes ne doit pas commander aux lois, celui qui commande aux lois ne doit pas non plus commander aux hommes...
30 - ... qu'il possde. Pour ne pas se tromper dans ces compensations , il faut bien distinguer la libert naturelle, qui n'a pour bornes que les forces de l'individu, de la libert civile, qui est limite par la volont gnrale ; et la possession , qui n'est que l'effet de la force ou le droit du premier occupant, de la proprit, qui ne peut tre fonde que sur un titre positif.