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par laquelle il annulait les décrets promulgués dans ses principautés de Parme et de Plaisance; aux termes de la bulle In cæna Domini, il frappait d’excommunication les adıninistrateurs du duché. C'était porter atteinte au Pacte de famille et blesser Choiseul dans son orgueil diplomatique. Choiscul ameuta contre le Saint-Siége les Bourbons, qui alors faisaient servir leur union à bumilier la Papauté; mais, en opposant des priviléges surannés à des haines inexplicables, elle n'avait pas tous les torts, car le calviniste Sismondi explique ainsi ce différend, né de la destruction des Jésuites :

· Quelque peu fondée, dit-il', que fût originairement la prétention de l'Eglise à la souveraineté de Parme et de Plaisance, c'était un finit établi depuis des siècles dans le droit public; et, quoique les grandes puissances, en disposant de l'héritage des Farnèse par les divers traités du dix-huitième siècle, y eussent eu peu d'égard, elles n'avaient point, par leur silence, aboli un droit constamment invoqué, et, par le Saint-Siège, qui le réclamait, et par les habitants de Parme et de Plaisance qui y trouvaient une garantie. »

Ainsi, le Saint-Siége, même en 1768, était, au dire d'un des écrivains les plus habiles du Protestantisme moderne, la garantie des peuples contre les rois. Choiseul se garda bien d'envisager la question au même point de vue. Le fils d'un marchand de Venise avait l'audace de rappeler à son devoir un prince de la Maison de Bourbon; le ministre, protecteur des théories d'égalité philosophique, se trouva froissé dans ses vanités de courtisan. Le 11 juin 1768, la France prit possession du Comtat Venaissin ; Naples, à son instigation s'empara de Benevent et de Ponte-Corvo. Les Jésuites

# Histoire des Français, l. xxix, p. 375.

n'avaient pas été expulsés de ces provinces, relevant du patrimoine de saint Pierre; Choiseul et Tanucci les én chassèrent en confisquant leurs biens.

Les Jésuites, disait-on, étaient repoussés par les nations; l'esprit public se prononçait contre eux dans tous les royaumes, et le premier jour où il put se manifester, il se déclara en faveur des Pères de l'Institut. Le 4 novembre 1768 était la fête du roi Charles d'Espagne. Il y avait dix-neuf mois que les Jésuites, enlevés de la Péninsule, étaient à tout jamais proscrits; il n'en existait pas un seul sur le territoire espagnol, mais leur souvenir vivait dans le clergé et dans le peuple. « Le jour de la Saint-Charles, dit le protestant Coxe', lorsque le monarque se faisait voir au peuple sur le balcon de son palais, on voulut profiter de la coutume d'accorder ce jour-là quelque demande générale, et, à la grande stupeur de toute la cour, les cris d'une foule immense firent entendre d'un commun accord le vou que les Jésuites fussent réintégrés, et qu'on leur accordât la permission de vivre en Espagne, et de porter le costume du clergé séculier. Cet incident inattendu alarma et contraria le Roi, qui, après avoir pris des informations, jugea à propos d'exiler le cardinal-archevêque de Tolède et son grand-vicaire, accusés d'avoir été les fauteurs de celte demande tumultucuse. » On consultait le peuple espagnol, on le laissait libre d'exprimer ses voeux, il réclamait les Jeuites. Ce désir fut interprété par Charles III comme une action coupable. Elle le froissait dans ses inimitiés; il ne s'en montra que plus ardent à provoquer l'extinction de la Compagnie.

Le Pontife était vieux, affaibli par les travaux, et surtout par la douleur; on espéra vaincre sa résistance

"L'Espayne sous les Rois de la maison de Bourbon, par Coxe, t. v, p. 23.

en l'effrayant. Le marquis d'Aubeterre, ambassadeur de France à Rome, fut chargé de ce rôle; il presenta au Pape un mémoire pour demander la révocation de son bref contre Parme. Ce mémoire était si violent que Clément XIII s'écria d'une voix entrecoupée' : « Le vicaire de Jésus-Christ est traité comme le dernier des hommes ! il n'a sans doute ni armées ni canons; il est facile de lui prendre tont, mais il est hors du pouvoir des hommes de le faire agir contre sa conscience. »

Ce généreux cri d'un vieillard aurait dù émouvoir Choiseul; il lui donna l'idée de poursuivre à outrance la destruction des Jésuites, et, le 10 décembre 1768, d'Aubeterre, avec une nouvelle note, vint l'exiger du Pontife. Le Portugal s'unissait aux quatre cours de la maison de Bourbon pour formuler ce vou; un trépas subit, et depuis long-temps désiré, arracha Clément XIII aux tortures morales que les ennemis des Jésuites lui faisaient endurer. Il expira le 2 février 1769, à l'âge de soixante-seize ans'. Ce trépas compliquait la situation; il ouvrait, pour les adversaires de l'Institut, un vaste champ à l'intrigue; nous allons dire de quelle manière ils l'exploitèrent.

· Histoire de la chute des Jésuites, par le comte de Saint-Priest, p. 78.

On voit, dans la basilique de Saint-Pierre de Rome, le tombeau de Clément XIII, l'un des chefs-d'æuvre de Canova. L'immortel statuaire a placé, aux pieds du Pontife, deux lions qui, par leur beauté, attirent tous les regards. Celui qui dort, c'était, dans la pensée de l'artiste, le symbole de la mausuétude et de la coufiance; celui qui veille et qui semble vouloir se défendre en moutrant ses griffes, c'est, toujours d'après Canova, l'image de Clément XIII ne voulant pas condamner la Société de Jésus. Les Jésuites n'existaient plus quand Canova, l'un de leurs deruiers éléves, traduisit dans le marbre les résistances catholiques de Clément XIII, et proclama sa reconnaissance par une ingénieuse allégorie.

CHAPITRE V.

sances.

Les Jésuites à Rome. - Mort du Père Tamburini. - Seizième Congrégation générale.

Élection de François Retz. — Mesures prises par l'Institut contre les écrivains,

Les Congrégations des Procureurs. Mort du Père Retz. — Ignace Visconti lui succède. - ll expire, et le Père Centurioni, nommé Général à sa place, meurt promptement. — Election de Laurent Ricci. Son caractère. - Pressentiments de la Congrégation. Le Conclave de 1769. – Menaces des ambassadeurs de la maison de Bourbon. — Le cardinal Chigi et les Zelanti. — Instructions données par Louis XV aux cardinaux de Luynes et de Bernis. Les exclusions. - Bernis au Conclave. — Intrigues des ambassadeurs. — Joseph II au Conclave. Arrivée des cardinaux espagnols. — Propositions faites pour nommer un Pape qui consente à la destruction des Jésuites. - Luynes et Bernis s'y opposent. — Moyens emuployés par le marquis d'Aubeterre pour vaincre la résistance du Sacré Collége.

- Correspondance de l'ambassadeur de France avec Berpis. - Propositions de simonie. – Bernis les repousse. – Vingt-trois exclusions. — Gangauelli s'engage. Ganganelli traite avec Solis. —- Bases de la négociation secrète. — Lettre de Bernis à Choiseul, qui divulgue cette affaire. — Élection de Clément XIV. - Portrait de Ganganelli. - Son éloge des Jésuites. Laurent Ricci le fait nommer cardinal. Les Philosophes et les Jansénistes espèrent en lui. — D'Alembert et Frédéric II. Leur correspondance. Bernis, pour complaire au Pape, atermoie avec la question des Jésuites. Le comte de Kaunitz et le Pape. Défense faite au Général de la Société de Jésus de se présenter devant le Pape. – Clément XIV et les puis

Sa lettre à Louis XV. - Ses motifs d'équité en faveur des Jésuites. Dépêche de Choiseul au cardinal de Bernis. Bernis , poussé à bout, engage le Pape à promettre, par écrit, au roi d'Espagne qu'il abolira, dans un temps donné, la Compagnie de Jésus. — Clement peril à Rome tonte popularité. — Buontempi et Francesco.- La chute de Choiseul rend aux Jésuites quelque espoir.— Le duc d'Aiguillon et madame Du Barry se tournent contre la Société. Le comte de FloridaBlanca envoyé à Rome. - Il intimide, il domine Clément XIV.- Leurs entrevues. --Marie-Thérèse s'oppose à la destruction de la Compagnie, avec tous les Électeurs catholiques d'Allemagne. --- Joseph II la décide, à condition qu'on lui accordera la propriété des biens de l'Institut. — Marie-Thérèse se joint à la maison de Bourbon. Procès intentés aux Jésuites. Alfani, leur juge. - La succession des Pi. zani. Le Jésuite et le chevalier de Malle. - Le Collége Romain condamné. Le Séminaire Romain mis en suspicion. — Trois cardinaux visiteurs. - Les Jésuites chassés de leurs Colléges. - Le cardinal d'York demande au Pape leur niaison de Frascati. — Les mesures du Pape cherchent à accréditer le bruit que les Pères sont coupables de quelque méfait. – Le Bref Dominus ac Redemptor. — L'Église Gallicane refuse de le publier. Christoplie de Beaumont rend compte au Pape des motifs de l'Épiscopal. — Opinion du cardinal Antonelli sur le Bref de suppression. — Commission nomméc pour le faire exécuter. — Les Jésuites insultés.- On les enlève. – Pillage organisé de leurs archives et de leurs sacristies. — Le Père Laurent Ricci et ses assistants transférés au château Saint-Ange. — Défense est faite aux Jésuites de prendre parti en faveur de leur Institut. Le Père Faure. On interroge les prisonniers. — Leurs réponses. - Embarras de la commission. Le Bref est reçu en Europe, et de quelle manière. — Joie des Philosophes et des Jansenistes. - Mort de Clément XIV. - Prédictions de Bernardine Renzi, - Clé ment XIV est-il mort empoisonné par les Jésuites ? — Compulsus feci. — Lettres

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du cardinal de Bernis en France pour persuader que les Jésuites sont coupab'es. - Frédéric II les défend. — Déclaration des médecins et du Cordcher Marzoni.

Le cardinal Braschi ela Pape. Son amitié secrète pour la Compaguie.- Mort de Laurent Ricci. – Son testament. — Le Pape force la commission instituée par Clément XIV à prononcer unc sentence dans l'affaire des Jésuites. — La commission acquille. — Le Bref de Clément XIV accepté par tous les Pères, en Europe el dans les Missions. Les Jésuites en Chine. — Leur soumission. — Leurs corres. pondances. - Mort de trois Pères à la nouvelle de la suppression. Le Père Boor. geois et le Frère Paozi. - Les Jésuites sécularisés restent Missionnaires. – l'onment ils reçoivent leurs successeurs. — La résignation des Jésuites fut partout la même.

Au moment où la Société de Jésus, dans l'éclat de sa maturité, succombait en Portugal, en France, en Espagne et à Naples, elle semblait n'avoir rien à redouter de la part du Saint-Siége. Elle avait rendu tant de services à la Religion et à la Chaire apostolique que tout portait à croire qu’un Souverain Pontife ne consentirait jamais à détruire l'oeuvre de prédilection des Papes dont il ceignait la tiare. Cette pensée consolait la Catholicité, elle inspirait aux Jésuites une dernière espérance; elle leur permettait d'envisager d'un oeil serein la tempête qui les avait dispersés. Rome ne devait pas, ne pouvait pas faiblir, dans la lutte, sous peine d'abdiquer son autorité morale, et jamais l'Institut ne s'était montré plus intimement uni au successeur des Apôtres. Jamais il n'y avait eu plus d'accord entre le Vicaire de Jésus-Christ et l'Ordre de saint Ignace que dans les années qui précédèrent sa suppression.

Les débats intérieurs ou théologiques qui agitèrent la Compagnie sous quelques Pontifes étaient oubliés. Grâce à la sagesse de leur administration, les Généraux avaient cicatrisé la plaie faite au principe d'obéissance par les querelles sur les cérémonies chinoises. Il n'exisiait plus de ferments de discorde', et les trois Congré

les Cone

· En dehors des Congrégations générales, il y avait, tous les trois ans , grégations des Procureuts. Il s'en était tenu deux sous saint François de Borgia, deur sous Mercurian, huit sous Aquaviva, huit sous Vitelleselii, deux sous Coswin Nickel,

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