Oeuvres compltes, 1

Armand-Aubre, 1832
 

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150 - ... D'autres pourront aisment aller plus loin dans la mme route, sans qu'il soit facile personne d'arriver au terme; car ce n'est pas une lgre entreprise de dmler ce qu'il ya d'originaire et d'artificiel dans la nature actuelle de l'homme, et de bien connatre un tat qui n'existe plus, qui n'a peut-tre point exist, qui probablement n'existera jamais, et dont il est pourtant ncessaire d'avoir des notions justes, pour bien juger de notre tat prsent.
203 - ... les rapines. Les riches, de leur ct, connurent peine le plaisir de dominer, qu'ils ddaignrent bientt tous les autres; et, se servant de leurs anciens esclaves pour en soumettre de nouveaux, ils ne songrent qu' subjuguer et asservir leurs voisins: semblables ces loups affams qui, ayant une fois got de la chair humaine, rebutent toute autre nourriture, et ne veulent plus que dvorer des hommes.
201 - D'un autre ct, de libre et indpendant qu'tait auparavant l'homme, le voil, par une multitude de nouveaux besoins, assujetti pour ainsi dire toute la nature, et surtout ses semblables, dont il devient l'esclave en un sens, mme en devenant leur matre...
223 - ... est manifestement contre la loi de nature, de quelque manire qu'on la dfinisse, qu'un enfant commande un vieillard, qu'un imbcile conduise un homme sage, et qu'une poigne de gens regorge de superfluits, tandis que la multitude affame manque du ncessaire.
215 - ... divine intervnt pour donner l'autorit souveraine un caractre sacr et inviolable qui tt aux sujets le funeste droit d'en disposer. Quand la religion n'aurait fait que ce bien aux hommes, c'en serait assez pour qu'ils dussent tous la chrir et l'adopter, mme avec ses abus, puisqu'elle pargne encore plus de sang que le fanatisme n'en fait couler.
9 - Plus d'amitis sincres; plus d'estime relle; plus de confiance fonde. Les soupons, les ombrages, les craintes, la froideur, la rserve, la haine, la trahison, se cacheront sans cesse sous ce voile uniforme et perfide de politesse, sous cette urbanit si vante, que nous devons aux lumires de notre sicle.
181 - ... seule qualit dcoulent toutes les vertus sociales qu'il veut disputer aux hommes. En effet, qu'est-ce que la gnrosit, la clmence, l'humanit, sinon la piti applique aux faibles, aux coupables, ou l'espce humaine en gnral? La bienveillance et l'amiti mme sont, le bien prendre, des productions d'une piti...
167 - ... et sur laquelle il ne peut y avoir de contestation : c'est la facult de se perfectionner ; facult qui, l'aide des circonstances, dveloppe successivement toutes les autres, et rside parmi nous tant dans l'espce que dans l'individu ; au lieu qu'un animal est au bout de quelques mois ce qu'il sera toute sa vie, et son espce au bout de mille ans ce qu'elle tait la premire anne de ces mille ans.
189 - ... qui ont pu perfectionner la raison humaine en dtriorant l'espce, rendre un tre mchant en le rendant sociable , et d'un terme si loign amener enfin l'homme et le monde au point o nous les voyons.
15 - Rome est celui de conqurir le monde et d'y faire rgner la vertu. Quand Cynas prit notre snat pour une assemble de rois, il ne fut bloui ni par une pompe vaine, ni par une lgance recherche; il n'y entendit point cette loquence frivole, l'tude et le charme des hommes futiles.