La philosophie franaise

Plon, 1919 - 364
 

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171 - Les lois, dans la signification la plus tendue, sont les rapports ncessaires qui drivent de la nature des choses; et, dans ce sens, tous les tres ont leurs lois : la divinit a ses lois, le monde matriel a ses lois, les intelligences suprieures l'homme ont leurs lois, les btes ont leurs lois, l'homme a ses lois.
80 - L'homme n'est qu'un roseau le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'craser. Une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'craserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
85 - Nous connaissons la vrit, non seulement par la raison, mais encore par le cur; c'est de cette dernire sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement qui n'ya point de part essaye de les combattre.
90 - Tous les corps, le firmament, les toiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits ; car il connat tout cela, et soi ; et les corps, rien.
240 - Trouver une forme d'association qui dfende et protge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ, et par laquelle chacun, s'unissant tous, n'obisse pourtant qu' lui-mme, et reste aussi libre qu'auparavant!
185 - Si elle tait jointe la puissance lgislative, le pouvoir sur la vie et la libert des citoyens serait arbitraire; car le juge serait lgislateur. Si elle tait jointe la puissance excutrice, le juge pourrait avoir la force d'un oppresseur. Tout serait perdu si le mme homme, ou le mme corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerait ces trois pouvoirs: celui de faire des lois, celui d'excuter les rsolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les diffrends...
239 - Je suppose les hommes parvenus ce point o les obstacles qui nuisent leur conservation dans l'tat de nature l'emportent, par leur rsistance, sur les forces que chaque individu peut employer pour se maintenir dans cet tat.
185 - Lorsque dans la mme personne ou dans le mme corps de magistrature la puissance lgislative est runie la puissance excutrice, il n'ya point de libert, parce qu'on peut craindre que le mme monarque ou le mme snat ne fasse des lois tyranniques pour les excuter tyranniquement.
183 - II est vrai que dans les dmocraties, le peuple parat faire ce qu'il veut; mais la libert politique ne consiste point faire ce que l'on veut. Dans un tat, c'est--dire dans une socit o il ya des lois, la libert ne peut consister qu' pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et n'tre point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir.
59 - Ceux que nous appelons anciens taient vritablement nouveaux en toutes choses, et formaient l'enfance des hommes proprement; et comme nous avons joint leurs connaissances l'exprience des sicles qui les ont suivis, c'est en nous que l'on peut trou-ver cette antiquit que nous rvrons dans les autres.