Oeuvres de M. Rousseau de Genve, 6

 

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3 - Mais l'ordre social est un droit sacr qui sert de base tous les autres. Cependant ce droit ne vient point de la nature; il est donc fond sur des conventions.
41 - Si, quand le peuple suffisamment inform dlibre, les citoyens n'avaient aucune communication entre eux, du grand nombre de petites diffrences rsulterait toujours la volont gnrale, et la dlibration serait toujours bonne. Mais quand il se fait des brigues, des associations partielles aux dpens de la grande, la volont de chacune de ces associations devient gnrale par rapport ses membres, et particulire par rapport l'État : on peut dire alors qu'il n'ya plus autant...
35 - Le souverain peut bien dire, Je veux actuellement ce que veut un tel homme, ou du moins ce qu'il dit vouloir; mais il ne peut pas dire, Ce que cet homme voudra demain, je le voudrai encore...
41 - Il importe donc, pour avoir bien l'nonc de la volont gnrale, qu'il n'y ait pas de socit partielle dans l'tat; et que chaque citoyen n'opine que d'aprs lui ' : telle fut l'unique et sublime institution du grand Lycurgue.
259 - J'appelle ducation ngative celle qui tend perfectionner les organes, instruments de nos connaissances, avant de nous donner ces connaissances , et qui prpare la raison par l'exercice des sens. L'ducation ngative n'est pas oisive, tant s'en faut : elle ne donne pas les vertus , mais elle prvient les vices ; elle n'apprend pas la vrit , mais elle prserve de l'erreur...
35 - Je dis donc que la souverainet, n'tant que l'exercice de la volont gnrale, ne peut jamais s'aliner, et que le souverain, qui n'est qu'un tre collectif, ne peut tre reprsent que par lui-mme : le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volont.
114 - C'est ce que Samuel reprsentait fortement aux Hbreux : c'est ce que Machiavel a fait voir avec vidence. En feignant de donner des leons aux rois , il en a donn de grandes aux peuples. Le Prince de Machiavel est le livre des rpublicains...
44 - ... |Tous les services qu'un citoyen peut rendre l'État, il les lui doit sitt que le souverain les demande; mais le souverain, de son ct, ne peut charger les sujets d'aucune chane inutile la communaut : il ne peut pas mme le vouloir; car, sous la loi de raison, rien ne se fait sans cause, non plus que sous la loi de nature.
224 - Que si quelqu'un aprs avoir reconnu publiquement ces mmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, qu'il soit puni de mort; il a commis le plus grand des crimes, il a menti devant les lois.
40 - Il s'ensuit de ce qui prcde que la volont gnrale est toujours droite et tend toujours l'utilit publique : mais il ne s'ensuit pas que les dlibrations du peuple aient toujours la mme rectitude. On veut toujours son bien, mais on ne le voit pas toujours : jamais on ne .corrompt le peuple, mais souvent on le trompe, et c'est alors seulement qu'il parat vouloir ce qui est mal.