Portraits contemporains, 2

 

 - 

.

-

220 - Il y parat, je le confesse, Et j'aurais pu le corriger. Mais quand l'homme change sans cesse, Au pass pourquoi rien changer? Va-t'en, pauvre oiseau passager; Que Dieu te mne ton adresse! Qui que tu sois, qui me liras, Lis-en le plus que tu pourras, Et ne me condamne qu'en somme. Mes premiers vers sont d'un enfant, Les seconds d'un adolescent, Les derniers peine d'un homme.
191 - Le cur d'un homme vierge est un vase profond : Lorsque la premire eau qu'on y verse est impure. La mer y passerait sans laver la souillure, Car l'abme est immense, et la tache est au fond.
518 - Il ne craint ni kriss ni zagaies, II regarde l'homme sans fuir, Et rit des balles des cipayes Qui rebondissent sur son cuir. Je suis comme l'hippopotame : De ma conviction couvert, Forte armure que rien n'entame, Je vais sans peur par le dsert.
405 - Ulric, nul il des mers n'a mesur l'abme, Ni les hrons plongeurs, ni les vieux matelots. Le soleil vient briser ses rayons sur leur cime, Comme un soldat vaincu brise ses javelots. Ainsi, nul il, Ulric, n'a pntr les ondes De tes douleurs sans borne, ange du ciel tomb.
100 - A vingt ans, des peines profondes m'obligrent de renoncer au chant, parce que ma voix me faisait pleurer; mais la musique roulait dans ma tte malade, et une mesure toujours gale arrangeait mes ides, l'insu de ma rflexion. Je fus force de les crire pour me dlivrer de ce frappement fivreux, et l'on me dit que c'tait une lgie (le Pressentiment). M. Alibert, qui soignait ma sant devenue fort frle, me conseilla d'crire, comme un moyen de gurison, n'en connaissant...
447 - Je sais qu'un noble esprit peut, sans honte et sans crime, Tirer de son travail un tribut lgitime'; Mais je ne puis souffrir ces auteurs renomms, Qui, dgots de gloire et d'argent affams, Mettent leur Apollon aux gages d'un libraire, Et font d'un art divin un mtier mercenaire. Avant que la raison, s'expliquant par la voix...
341 - Dans l'invention d'un sujet, comme dans le dtail du style, M. de Balzac a la plume courante, ingale, scabreuse ; il va, il part doucement au pas, il galope merveille , et voil tout d'un coup qu'il s'abat, sauf se relever pour retomber encore. La plupart de ses commencements sont ravir ; mais ses fins d'histoire dgnrent ou deviennent excessives. Il ya un moment, un point o malgr lui il s'emporte. Son sang-froid d'observateur lui...
344 - Il ne faudrait pour cela que des suppressions en lieu opportun , quelques allgements de descriptions , diminuer un peu vers la fin l'or du pre Grandet et les millions qu'il dplace et remue dans la liquidation des affaires de son frre : quand ce dsastre de famille l'appauvrirait un peu , la vraisemblance gnrale ne ferait qu'y gagner.
458 - ... prsent aucune chance de succs lgitime et qui entranaient visiblement une corruption immdiate ? Ce qui est certain (et en rduisant toujours notre point de vue), c'est que la moralit littraire de la presse en gnral a baiss depuis lors d'un cran. Si l'on peignait au complet le dtail de ces murs, on ne le croirait pas. M. de Balzac a rassembl, dernirement, beaucoup de ces vilenies dans un roman qui a pour titre Un Grand Homme de Province, mais en les enveloppant...
16 - C'est dj la manire littraire RAnligonc ; aux divagations perptuelles du livre du Sentiment a succd une mesure grave , sobre , solennelle la fois et charmante de mlodie, un cho retrouv du mode virgilien. Si ces huit fragments taient en vers ce qu'ils sont en prose, M. Ballanche aurait ravi M. de Lamartine la cration de l'lgie mditative.