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tifié. Consultez Kaempfer, & les Recueils des jours à ses pieds un bassin deftiné à recevoir les
voyages de la Compagnie des Indes orientales au offrandes des devots.
Japon, tom. V. Voyez Japon.

DALMATIE, ( DALMATIA) hung. Dal-
DALAI-LAMA ou LAMA-SEM, & com-

mariai Arslag. contrée d'Europe. munément LE GRAND LAMA, chef de la re

La Dalma:ie actuelle, qui appartient à la Honligion de tous les tartares idolâtres , ou plutôt leur grie, à Venise, à l'Empire ottoman & à la répudieu sensible & vivant.

blique de Raguse, s'étend depuis le fleuve Arso

jusqu'au fleuve Drin; mais il y en a une portion Le nom de dalai-lama signifie prêtre universel, comprise sous le royaume d'Iftrie, & une autre fous On prétend que ce pontife est le même, auquel celui d'Albanie. Les habitans de cette contrée ont on donna autrefois le nom de prêtre - Gehan , ou la même langue & la même manière de vivre que prêtre-Jean; car le mot de Gehan, dans la langue les esclavons, & leur religion est la catholique rodes peuples de la partie feptentrionale de l'Inde, maine. fignifie univerfel. Ainsi prêtre-gehan & dalai-lama Précis de l'histoire politique de Dalmatie. La ont la même fignification. Ce dieu prétendu fait Dalmatie, selon les monnoies & les inscripfa résidence ordinaire près de Potala, vers les tions, tire son nom de l'ancienne ville de Delfrontières de la Chine. Il 'habite un célèbre cou-mium ou Delminium que les romains prirent & vent fitué fur le fommet d'une montagne très-éle détruifirent l'an de Rome 597. Ils établirent leur vée. Vingt mille prêtres de cette divinité habitent domination dans la Dalmatie, qui secoua cinq fois des environs : on les nomme lamas. Ils demeurent le joug & leur fuscita bien des embarras jusqu'au plus ou moins près du grand-lama, felon qu'ils règne d'Auguste. Lorsque cet empereur partagea font plus ou moins distingués par leur dignité & les provinces avec le sénat, la Dalmatie' fur une par leur mérite. On dit que le dalai-lama réunit des onze provinces proconsulaires que devoient la puissance spirituelle & la puiffance temporelle; gouverner les sénateurs ; mais le sénar la lui ren& que, par une modération qu'on n'a guère vu, dit de son plein gré, & il la fit régir par un dni & les prêtres se mêlent seulement des affaires gouverneur.“ Après la mort de Constantin le {pirituelles ; mais il y a lieu de croire que des cir- grand, cette province fut regardée comme un des constances particulieres lui font une nécessité de districts de l'Illyrie occidentale : elle eut beaucoup ce facrifice de ses droits. Le dalai-lama a sous lui à souffrir , de même que les royaumes voisins, deux kans des calmouks, chargés de l'administra- de l'inondation des peuples barbares ; & les goths tion de l'autorité temporelle & des dépenses né- ayant créé un empire en Italie , subjuguèrent la cessaires à l'entretien de fa maison. On ajoute que Dalmatic : Juftinien, empereur d'Orient, vainle grand-lama a foin de ne pas exposer la divinité quit les goths & les dalmates. Les esclavons péau grand jour ; qu'il ne fort presque jamais de nétrèrent en Dalmatie l'an 640 ; ils s'y maintinfon palais , & fe tient toujours renfermé dans le rent vers la fin du règne d'Héraclius , & ils eufond d'un temple, entouré de ses prêtres, qui lui rent leurs rois particuliers. Le dernier de ces rois, Tendent tous les hommages dus à l'Etre suprême nommé Slodomir , & , selon d'autres , Saromayr, Lorsque les dévots viennent l'adorer , on ne leur n'ayant point d'enfans , laissa le royaume à son permet pas d'approcher de trop près. Le respect épouse , qui le légua à son frère Ladinas , roi de qu'on porte à ce dieu va fi loin, que ses excré-Hongrie, qui l'a transmis à ses successeurs. Les mens même font regardés comme sacrés. Cette in. vénitiens cependant occupèrent les côtes ; ce qui concevable folie paroît certaine, car elle est at- détermina les rois de Hongrie à déclarer aux vétestée par tous les écrivains ; & on ne sera pas nitiens & aux dalmates rebelles plusieurs guerres disposé à la révoquer en doute , fi on songe à dont le succès fut d'abord heureux : mais, au toutes les extravagances humaines. On conserve quinzième siècle, les vénitiens Ye rendirent maîprécieusement son urine, comme un remède divin tres de tout le royaume de Dalmatie. Depuis cette contre toutes les maladies. On fait sécher ses ex-époque, les turcs leur en ont enlevé une partie, crémens les plus grossiers : on les réduit en pou- & la Hongrie eft rentrée en possession de quel dre qu'on enferme précieusement dans des boîtes ) ques distričts ; ou plutôt ce que possède la Hond'or enrichies de pierreries , & on les envoie aux grie fait partie de l'ancien royaume de Liburnie, plus grands princes comme des présens d'un prix plutôt que de celui de Dalmatie. Nous donnerons 'inestimable. Ces monarques se font honneur de les à l'article VENISE quelques détails sur les ressourporter suspendues à leur cou. Les peuples font ces qu'offre la Dalmatie aux vénitiens. convaincus que le grand lama ne meurt point ; Remarques sur la Dalmatie. Les fleuves de la & pour entretenir cette erreur , lorsque les prêtres Dalmatie ont peu de longueur ; mais ils sont prefs'apperçoivent que la mort n'est pas éloignée, ils que tous navigables. Au nord, le pays est montueux font chercher de tous côtés un homme qui lui ref- & froid , & il n'est propre qu'à la nourriture des femble, & le substituent adroitement à la place. bestiaux ; mais d'autres districts offrent des plaines

On vient en foule , des pays les plus éloignés, ou des collines très-fertiles. En général, la Dalpour visiter le temple du grand lama. Il y a tou- / matie produit beaucoup de bois. C'est de la Dala

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matie que Venise tire la plupart de ses bois de du soin du bétail; la plupart suivent la religion chauffage & de construction ; elle produit aufli de grecque. Aujourd'hui ils sont sous la protection de l'huile,

du vin & du miel, de la cire & du bétail, la Hongrie, ou fous celle des vénitiens , & il n'y (sur-tout des chevres & des brebis ). Elle exporte a presque point de place forte en Dalmatie, ou en Italie une quantité assez considérable de laine. on ne trouve des morlaques en garnison. L'air y est tempéré & pur.

La Dalmacie hongroise consiste en cinq districts, Ce qu'on appelle la Dalmatie hongroise est fi- qui obéissent au gouvernement de Carlstadt. Nous tué au haut de la mer Adriatique, & fait une en parlerons plus en détail à l'article ILLYRIE partie de l'ancienne Liburnie. Avant de la décrire, HONGROISE. i eft à propos de dire un mot des uscoses & de Raguse est la capitale de la Dalmatie ragufienne. la Morlaquie.

Voyez Raguse. Les uscores abandonnèrent autrefois la Dalma- Ce que nous avons à dire sur la Dalmatie turtie pour échapper au joug des turcs. Leur déno- que, se trouvera à l'article OTTOMAN (EMPIRE). mination vient du mot scoco , qui signifie un fugi- DANEMARCK, contrée de l'Europe, dont cif; & comme ils fautent avec agilité , plutôt qu'ils il n'est pas besoin d'indiquer ici la position. ne marchent, dans le pays rude & inégal qu'ils Cet article contiendra, 1o. un précis de l'hifhabitent , on les a appellés fauteurs. Lors de leur roire politique du Danemarck, entremêlé de remare fuite, ils s'établirent en foule à Cliffe ; mais les ques sur son gouvernement ; 2°. la description des turcs ayant acquis ce canton en 1537, ils se re- provinces de ce royaume & des remarques sur le clitirèrent à Zengh que l'empereur Ferdinand leur mat; 3o. des détails sur la population, les paysans · céda. Comme ils y exerçoient trop de briganda- & les nobles ; 4. des observations sur l'agriculture, ges, on leur assigna en 1616 les montagnes de la les manufactures, la navigation & le commerce; so. Carniole, qui ont quatre grands milles d’Allema- des remarques sur les établissemens de commerce ou gne de longueur , & qui sont fituées entre les ri- les colonies que le Danemarck poffède en Asie, vières de Kulp & de Brigana. Le château de Si- en Afrique & en Amérique ; 6. des détails sur chelberd se trouve au milieu de ces montagnes. les impôts, les revenus , les dépenses , les dettes Tous les ufcoses dépendent du capitaine du châ- & les loix somptuaires ; 7°. des détails sur l'armée teau de Sichelberg; ils demeurent dans des mai- & sur la marine ; 8°. d'autres détails sur les loix fons éparses, ou près de Feyenthum , Wenitz, & les tribunaux ; 9o. enfin des observations sur les & aux environs, dans de gros villages. C'est un peu intérêts & les rapports politiques du Danemarck. ple groffier & sauvage, d'une haute taille rageux , enclin aux désordres & au vol , & qui SECTION PREMI E R E. tire la principale subsistance du produit de ses troupeaux. Il parle la langue valaque. Sa religion ap- Précis de l'histoire politique du Danemarck, proche beaucoup de la religion grecque; mais il

marques sur son gouvernement. y a parmi les uscoses quelques catholiques romains. Ils ont un archevêque, des évêques, des popes C'est une opinion assez généralement reçue que ou prêtres, & des coluges ou moines.

les cimbres occupoient, dans les temps les plus On donne le nom de Morlaquie à la portion de reculés, à l'extrêmité de la Germanie, la Cherla Liburnie, qui s'étend depuis Saint-Georges dans sonèse cimbrique , connue de nos jours , sous le le territoire de Zengh jusqu'au comté de Sara ; nom de Holstein, de Sleswick, de Jutland, & ou, selon d'autres, depuis Binodok jusqu'à No- que les téutons habitoient les illes voisines. Que wogrod; elle a quinze milles géographiques de l'origine des deux peuples fût ou ne fût pas comlongueur, & cinq à fix de largeur : elle est rem- mune , ils sortirent de leurs forêts ou de leurs plie de hautes montagnes. Le nom de morlaques a marais ensemble & en corps de nation, pour aller été introduit par les vénitiens, & il est ensuite de chercher dans les Gaules, du butin, de la gloire venu ufité chez les autres peuples d'Italie. Il vient & un climat plus doux. Ils se disposoient même de mauro ulachi , terme moitié grec & moitié escla- à passer les Alpes , lorsque Rome jugea qu'il étoit von, qui désigne des italiens maures ou noirs, ou des temps d'opposer des digues à un torrent qui envalaques. On a appellé morlaques tous ceux qui traînoit tout. Ces barbares triomphèrent de tous demeurent sur les montagnes, & qui mènent la les généraux que leur opposa cette fière républi

vie paftorale des valaques, quoiqu'à proprement que, jusqu'à l'époque mémorable où ils furent parier ils ne fassent point partie des valaques : exterminés par Marius. les italiens appliquent cette dénomination à tous Leur pays presque entiérement désert après cette les habitans des montagnes de la Rascie , de la terrible catastrophe, fut de nouveau peuplé par Bornie & de la Croatie , dont la langue n'a des scythes qui, challés par Pompée du vatte absolument point de rapport avec l'italienne. Ce espace renfermé entre le Pont-Euxin & la mer sont des hommes grands & robuftes, dont le tem- Calpienne, marchèrent vers le nord & l'occident pérament s'eft fortifié par l'habitude de vivre dans de l'Europe, soumettant les nations qui se troules montagnes. Ils s'occupent de la nourriture & voient sur leur paffage. Ils mirent sous le joug la

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& rem

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Rulie, la Saxe, la Westphalie, la Cherlonèse tions. Ces irruptions subites, faites en cent en-
cimbrique , & jusqu'à la Fionie , la Norwege & droits à la fois , ne laissoient aux habitans des
Ja Suède. On prétend qu'Odin, leur chet, ne côtes mal défendues, parce qu'elles étoient mal
parcourut tant de contrées, ne chercha à les af- gouvernées, que la triste alternative d'être mas-
servir qu'afin de soulever tous les esprits contre la sacrés, ou de racheter leur vie en livrant tout ce
puissance formidable, odieuse & tyrannique des qu'ils avoient.
romains. Ce levain , qu'en mourant il laissa dans Quoique ce caractère destructeur fût une suite
le nord, y fermenta si bien en secret, que, quelques de la vie sauvage que menoient les danois & les
fiècles après, toutes les nations fondirent, d'un norwégiens, de l'éducation groffière & militaire
commun accord , sur cet Empire ennemi de toute qu'ils recevoient, il étoit particuliérement l'ou-
Jiberté, & eurent la consolation de le renver- vrage de la religion d'Odin. Ce conquérant im-
fer , après l'avoir affoibli par plusieurs secousses porteur exalta , fi l'on peut s'exprimer ainsi, par
réitérées.

ses dogmes fanguinaires, la férocité naturelle de Le Danemarck & la Norwege se trouvèrent sans ces peuples. Il voulut que tout ce qui servoit à la habitans , après ces expéditions glorieuses. Ils se guerre, les épées, les haches, les piques , fût rétablirent peu-à-peu dans le silence , & recom- deifié. On cimentoit les engagemens les plus famencèrent à faire parler d'eux vers le commen- crés par ces inftrumens si chers. Une lance plancement du huitième siècle. Ce ne fut plus la terre tée au milieu de la campagne attiroit à la prière qui servit de théatre à leur valeur ; l'Océan leur & aux sacrifices. Odin lui-même, mis par la mort ouvrit une autre carrière. Entourés de deux mers, au rang des immortels, fur la première divinité on les vit se livrer entiérement à la piraterie, qui de ces affreuses contrées, où les rochers & les eft toujours la première école de la navigation pour bois étoient teints & consacrés par le sang hudes peuples sans police.

main. Ses sectateurs croyoient l'honorer, en l'apIls s'effayèrent d'abord sur les écats voisins, & pellant le dieu des armées, le père du carnage, le s'emparèrent du petit nombre de bâtimens mar- dépopulaceur, l'incendiaire. Les guerriers qui alchands qui parcouroient la Baltique. Ces premiers loient se battre , faisoient veu de lui envoyer un Auccès enhardirent leur inquiétude, & les mirent certain nombre d'ames qu'ils lui confacroient. Ces en état de former des entreprises plus considéra- ames étoient le droit d'Odin. La croyance unibles. Ils infeftèrent de leurs brigandages les mers verselle étoit que ce dieu se montroit dans les & les côtes d'Ecosse, d'Irlande , d'Angleterre, batailles, tantôt pour protéger ceux qui se déde Flandre, de France, même de l'Espagne, de fendoient avec courage, & tantôt pour frapper l'Italie & de la Grèce. Souvent ils pénétrèrent les heureuses victimes qu'il destinoit à périr. Elles dans l'intérieur de ces vastes contrées, & ils s'é. le suivoient au séjour du ciel, qui n'étoit ouvert levèrent jusqu'à la conquête de la Normandie & qu'aux guerriers. On couroit à la mort, au marde l'Angleterre. Malgré la confusion qui règne tyre, pour mériter cette récompense. Elle achedans les Annales de ces temps barbares, on par- voit d'élever jusqu'à l'enthousiasme , jusqu'à l'ivient à démêler quelques-unes des causes de tant vreffe du fang , "le penchant de ces peuples pour d'évènemens étranges.

la guerre. D'bord, les danois & les norwégiens avoient Le christianisme renversa toutes les idées qui pour la piraterie un penchant violent , qu'on a formoient la chaîne d'un pareil fyftême. Les mirtoujours remarqué dans les peuples qui habitent fionnaires avoient besoin de rendre leurs profélytes le voisinage de la mer , lorsqu'ils ne sont pas con- sédentaires,

, pour travailler utilement à leur inftenus par de bonnes moeurs & de bonnes loix. truction ; & ils réussirent à les dégoûter de la vie L'habitude dut les familiariser avec l'Océan, les vagabonde , en leur suggérant d'autres moyens de aguerrir à ses fureurs. Sans agriculture, élevant sublister. Ils furent affez heureux pour leur faire peu de troupeaux, ne trouvant qu'une foible rel- aimer la culture , & sur-tout la pêche. L'abonTource à la chasse dans un pays couvert de neiges dance du hareng que la mer amenoit alors sur les & de glaces, rien ne les arcachoit à leur terri

côtes , y procuroit un moyen de fubfiftance trèstoire. La facilité de construire des flottes , qui n'é- facile. Le fuperflu de ce poisson fut bientôt échantoient que des radeaux grofrers assemblés pour na- gé contre le sel nécessaire pour conserver le reste. viguer le long des côtes, leur donnoit les moyens Une même foi, de nouveaux rapports, des bed'aller par-tout, de descendre, de piller & de fe soins mutuels , une grande sûreté encouragèrent rembarquer. Le métier de pirate étoit pour eux ces liaisons naissantes. La révolution fut si entière, ce qu'il avoit été pour les premiers héros de la que, depuis la conversion des danois & des norGrèce, la carrière de la gloire & de la fortune , Wégiens, on ne trouve pas dans l'histoire la moinla profeffion de l'honneur qai confiftoit dans le dre trace de leurs expéditions, de leurs briganmépris de tous les dangers. Ce préjugé leur inf dages. piroit un courage invincible dans leurs expédi- Le nouvel esprit qui paroissoit animer la Nortions, tantôt combinées entre différens chefs, & Wege & le Danemarck, devoit étendre, de jour tantôt séparées en autant d'armemens que de pa- en jour leur communication avec les autres peu

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ples de l'Europe. Malheureusement elle fut inter- | chal, quelques gentilshommes, les bourguerestres ceptée par l'ascendant que prenoient les villes an- des principales villes , & deux des plus anciens séatiques. Lors même que cette grande & fingu- paysans de chaque jurisdiction, sans que la dignité lière confédération fut déchue, Hambourg main-royale pût être transférée comme un héritage, à tint la supériorité qu'elle avoit acquise sur tous les moins que le prince n'eût des enfans ou des pasujets de la domination danoise.

rens , que les trois états assemblés jugeassent diAu reste, les peuplades qui occupoient le Da- gnes de lui succéder. II. Que le souverain seroit Remarck dans les premiers tems , n'ont produit au- obligé de résider tour-à-tour dans les trois royanicun historien exact , & ce n'est que depuis cinq mes, & de consumer dans chacun les revenus de ou fix cens ans que l'histoire de ce pays est bien chaque couronne , sans pouvoir les transporter connue. Les livres sont pleins de détails sur les ailleurs, ni les employer à autre chose qu'à l'ucxpéditions des premiers danois, & tous les histo- tilité particulière de l'état dont ils seroient tirés. siens nous parlent de l'ancien gouvernement de III. Que chaque royaume conserveroit ses loix, Danemarck comme d'un état électif. Saxon le gram- les coutumes & ses privilèges , & que les goumairien & les auteurs danois ses successeurs s'ac- verneurs, les magistrats, les généraux, les évê. cordent sur ce point. Puffendorff (1), Vertot (2)ques, & même les troupes & les garnisons se& les écrivains étrangers nous en donnent la même roient tirés de chaque pays, sans qu'il pût jamais idée ; mais un nouvel historien (3) a entrepris de être permis au roi de re fervir d'étrangers, ni de prouver que la succession à la couronne de Das sujets de les autres royaumes, qui seroient répu. remarck fut héréditaire jusqu'au règne d'Abel (4), tés étrangers, dans le gouvernement de l'état ou & que lorsque le peuple renonça , dans le der- ils ne seroient pas nés. nier siècle, au droit d'élire son souverain , il ne Ce n'est pas ici le lieu d'examiner si cette union fit que rétablir l'ancienne forme de gouvernement. étoit bien fage , fi les circonstances la juftifioient, Les monumens historiques semblent démentir cette & fi on avois pris les précautions nécessaires pour affertion.

la maintenir. Après la mort de Marguerite , que La Norwege , royaume également électif, eut les historiens appellent la Sémiramis du nord , les long-temps ses rois particuliers ; & après avoir été suédois secouèrent le joug d'une domination qui unie, tantôt au Danemarck , & tantôt à la Suède, avoit paru injufte dès son commencement, & qui eft enfin demeurée au Danemarck..

à la fin étoit devenue insupportable; & cette diMarguerite , élue reine de Danemarck (s) & vision produisit , entre les danois & les suédois, ensuite de Norwege (6), obtint aussi le sceptre des guerres qu'il importe peu de faire connoîde Suède , autre état électif, également gouverné

tre ici. par un roi, par un sénat & par des états géné- Les danois , après avoir pris des rois dans les raux. Cette princesse entreprit de faire passer sur maisons de Pomeranie & de Bavière (9), élurent la tête d'Eric , duc de Pomeranie, son petit ne- enfin Christian d'Oldembourg , connu dans l'hisveu, les mêmes couronnes qu'elle avoit réunies , toire sous le nom de Frédéric I, dont la maisou sur la fienne , & elle réuslit. Elle convoqua (7) les règne depuis trois siècles sur les royaumes de Daétats-généraux de ces trois royaumes à Calmar en nemarck & de Norwege, auxquels elle a déia Suède. Les états consentirent à l'élection d'Eric, donné douze rois. La couronne fut élective juf& à l'union des trois couronnes en faveur de ce qu'à Frédéric III ; mais sous le règne de ce prinprince. On en fit une loi fondamentale qui fut re- ce, elle devint héréditaire, & l'on établit la loi que par les trois nations (8).

royale qui sera insérée plus bas. Cette loi célèbre dans le nord , sous le nom de Tant que la couronne fut éleEtive, il y eut des I union de Calmar, contenoit trois articles princi- écats-généraux, & l'autorité des rois fut limitée; paux. I. Que ces royaumes n'auroient dans la suite ils prétoient à leur couronnement un serment plus que le même roi élu tour-a-tour dans les trois favorable aux nobles qu'aux dernières classes des royaumes par quarante électeurs de chaque royau- citoyens (10). Frédéric III en fur dispensé. Il me; savoir , trois prélats, un bailli , un maré- avoit défendu fa capitale avec autant de courage

(1) Dans son latroduction à l'histoire de rEurope. (a) Dans les Révolutions de Suède. (3) Histoire de Danemarck, par Jean-Baptifte Defroches , avocat du roi au bureau des finances de la Roo chelle. Amsterdam 1931, 8 vol. in-12; & Paris 1732 , 9 vol. in-12.

(4) Son règne commença en 1290. 3) Dans le quatorzième siècle, après la mort de Waldemar III son pere, roi de Danemarck. (6) Après la mort de Haquin son époux, roi de Norwège. (7) En 1395 (8 Nous parlerons de l'union de Calmar à l'article Union. 19. En 1447 (10) Il promettoit en pleine assemblée de ne faire mourir ni confisquer aucun homme noble , & d'en

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que de bonheur contre le fameux Charles Guf- ; a point d'autorité qui paroisse plus étendue que tave, roi de Suède ; & la paix ayant été conclue celle de ce prince ; il a succédé aux droits de la après la levée du siège de Copenhague (1), le nation dont l'autorité n'avoit point de bornes. Nous clergé & le peuple, qui étoient opprimés par la avons parlé des effets de la loi royale à l'article noblesse, dont ils étoient traités presque comme Pouvoir ABSOLU. Voyez ABSOLU; mais nous des esclaves , souhaitèrent de n'avoir qu'un maî- allons donner ici la substance des 40 articles que tre, & ils le déclarèrent pendant la tenue des contient cette effrayante loi. états-généraux. Les nobles voulurent éluder l'effet I. Frédéric III recommande particulièrement à de cette résolution ; mais les ecclésiastiques & les ses enfans & à toute sa postérité le culte du vrai bourgeois insistèrent, & tous les ordres déclarè- Dieu , comme il est révélé dans les faintes Ecrirent le royaume purement héréditaire en faveur de tures, & comme il est établi dans la confession Frédéric III & de ses enfars mâles & femelles, d’Augsbourg : il veut que tous les habitans du & le roi abfolu.

pays soient protégés dans cette profession de la Frédéric III fut solemnellement affranchi (2), foi chrétienne contre tous sectaires , hérétiques par la noblesse du royaume, de l'obligation du & contemporains de la religion chrétienne. serment. Deux jours après (3), les ecclésiastiques II. Le roi de Danemarck & de Norwege sera & les bourgeois firent la même chose , & rendi- désormais répuré par tous ses sujets indépendant rent un hommage public au roi, lui offrant à lui sur la terre ; il sera au-dessus de toutes les loix & à ses héritiers de l'un & de l'autre sexe, un humaines ne reconnoissant de puissance aupouvoir illimité. Dans le mois suivant (4), les dessus de la sienne que celle de Dieu. trois états du royaume affranchirent le roi de ce III. Le roi jouira de l'autorité de faire, de ferment. L'année d'après, un acte , nommé acte du changer & de révoquer les loix, ausfi-bien que droit héréditaire & du pouvoir absolu , fut signé (s) d'en disposer comme il le jugera convenable. par les principaux habitans du royaume, tant sei- IV. Le roi disposera d'une manière absolue des gneurs qu'ecclésiastiques & autres citoyens, dans charges, des emplois & des offices. lequel les sujets confirmèrent pour eux & leur pof- V. Il aura la puissance de faire la paix & la térité tout ce qui avoit été réglé relativement à guerre, de contracter des alliances & d'imposer la succeflion héréditaire, & offrirent au roi & à des taxes. fes héritiers à jamais un pouvoir absolu, avec l'au- VI. Il exercera une autorité absolue dans les torité d'introduire telle forme de gouvernement affaires de l'église , & sur toutes les assemblées qu'il jugeroit à propos , & de régler la succession religieuses.. dans la famille royale , comme il le trouveroit VII. Tous les actes qui ont rapport au goubon. C'est en conséquence de ces divers actes vernement , seront expédiés au nom du roi , qui ,

Frédéric III publia la loi royale (6), qui lorsqu'il sera d'âge compétent, les signera de fa règle le sort du Danemarck. Chriftian V, son fils, propre main. publia la loi de Danemarck 6), & y ajouta en

VIII. Dès que le roi sera entré dans sa quatorsuite celle de Norwege (8). La loi faite par Frézième année, il le déclarera majeur. déric III, conservée en langue danoise dans les IX. La tutelle du roi mineur sera réglée par le archives de Danemarck , n'avoir été ni imprimée dernier testament de son prédécesseur ; mais fi le ni publiée ; mais Frédéric IV, son petit-fils, or- roi fon prédécesseur n'y a pas pourvu, la reinedonna (9) qu'elle le fût.

mère sera régente du jeune roi , & elle sera aflif: Le roi de Danemarck fut ainsi revêtu de toute rée de sept des principaux conseillers du roi. Tout la puissance du peuple par la loi royale de son fera décidé à la pluralité des suffrages. Dans ce pays , à-peu-près comme les empereurs l'étoient conseil d'état, la reine aura deux voix, & chacun par la loi royale de Rome. Et, dans le fait, il n'y I des sept conseillers une. Toutes les dépêches &

que

laisser le jugement au sénat. Il déclara que tous les gentilshommes auroient jurisdi&ion & puissance de condamner leurs vallaux à mort sans appel ; qu'il ne prendroit point de part aux amendes ni aúx confiscations , & qu'il ne pourroit contrevenir à aucune de ces choses, sans le consentement de son peuple. Le Bret; Traité de la souveraineté, page 11 de l'édition de 1632.

(1) En 1860.
(a) Par une résolution du 27 octobre 1660.
(3) Le 29 octobre 1660.
(4) Le 28 de novembre 1660.
(3) En_Danemarck le 21 janvier 1661 ; en Norwège le 18 août 1661 ; en Islande le 8 août 1662 ; & dans
lille de Ferro le 25 août 1662.

(6) Le 25 de aovembre 1665,
(7) En 1683,
(8) En 1687

(9) Par un édit du 15 septembre 1909, & publié en langue danoile à Copenhague, le 14 décembre suivant, ayec la loi royale de Frédéric III.

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