Oeuvres compltes de m. le vicomte de Chateaubriand: Essai sur la littrature anglaise

 

 - 

.

-

65 - Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes : Loin du trne nourri, de ce fatal honneur Hlas! vous ignorez le charme empoisonneur; De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, Et des lches flatteurs la voix enchanteresse.
192 - Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renfl par intervalles, frappant sans relche mon oreille et mes yeux, supplaient aux mouvements internes que la rverie teignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser.
201 - Natchez, d'Atala, de Ren ; il ne pouvait ramener ces productions aux rgles communes de la critique, mais il sentait qu'il entrait dans un monde nouveau ; il voyait une nature nouvelle; il comprenait une langue qu'il ne parlait pas. Je reus de lui d'excellents conseils ; je lui dois ce qu'il ya de correct dans mon style ; il m'apprit respecter l'oreille; il m'empcha de tomber dans l'extravagance d'invention et le rocailleux d'excution de mes disciples.
235 - Mille serments couvrent le papier, o se refltent les roses de l'aurore ; mille baisers sont dposs sur les mots qui semblent natre du premier regard du soleil; pas une ide, une image, une rverie, un accident, une inquitude qui n'ait sa lettre. Voici qu'un matin quelque chose de presque insensible se glisse sur la beaut de cette passion comme une premire ride sur le front d'une femme adore. Le souffle et le parfum de l'amour expirent dans ces pages de la jeunesse, comme une...
141 - H. 12 n'tre en lui que la conscience de la force de sa main et de l'intrpidit de son cur. Il ne parlait pas plus qu'un lion; il se grattait comme un lion, billait comme un lion, se mettait sur le flanc comme un lion ennuy, et rvait apparemment de sang et de forts : son intelligence tait du genre de celle de la mort.
235 - D'abord les lettres sont longues, vives, multiplies; le jour n'y suffit pas : on crit au coucher du soleil; on trace quelques mots au clair de la lune, chargeant sa lumire chaste, silencieuse, discrte, de couvrir de sa pudeur mille dsirs. On s'est quitt l'aube; l'aube on pie la premire clart pour crire ce que l'on croit avoir oubli de dire.
76 - Chaos avec l'Ange rebelle, aperu la cration du seuil de l'Empyre, apostroph le soleil, contempl le bonheur de l'homme dans sa primitive innocence, devin les majestueuses amours d'Eve et d'Adam ? Soit qu'en traduisant Milton, l'habitude d'une socit intime m'ait accoutum ses dfauts ; soit qu'largissant la critique, je juge le pote d'aprs les ides qu'il devait avoir, je ne suis plus bless des choses qui me choquaient autrefois. La dcouverte de l'artillerie dans le...
65 - De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse, Et des lches flatteurs la voix enchanteresse. Bientt ils vous diront que les plus saintes lois, Matresses du vil peuple, obissent aux rois, Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volont mme...
231 - ... le sable ; quelques groupes de Turcs assis devant un caf bti en feuillage, et fumant la pipe ou faisant la prire; un peu plus loin, les collines dsertes de sable sans fin, qui se teignent d'or aux rayons du soleil du soir, et o le vent soulve des nuages de poussire enflamme; enfin, le sourd mugissement de la mer qui se mle au bruit musical du vent dans les ttes de...
192 - Quand le soir approchait je descendais des cimes de l'le et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grve, dans quelque asile cach ; l le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon me toute autre agitation la plongeaient dans une rverie dlicieuse o la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperu.