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Albert, qui était son secrétaire général. « M. d'Albert, dit Baudeau, qu'on avait ren voyé parce qu'il est honnête homme, vient d'être remis à sa place (). »

$5. – Vilevaut, maître des requêtes depuis 1759, avait « les affaires concernant le commerce extérieur et maritime, et les affaires de l'intérieur qui y ont rapport ». Il fut également renvoyé et remplacé par Fargès, maître des requêtes honoraire, inscrit au tableau en 1756. C'était un ancien intendant de Bordeaux, « que l'abbé Terray avait tracassé au point qu'il l'avait obligé de quitter son intendance, plutôt que de se rendre l'instrument de ses vexations et de son despotisme (*). »

Turgot lui attribua les monnaies par une commission extraordinaire du conseil. Il le chargea également des « détails relatifs au commerce de l'Inde ». C'étaient, sous un autre nom, les mêmes attributions que celles de Vilevaut. Le reste du commerce extérieur appartenait de droit au ministre de la marine. Fargès n'eut pas tout d'abord le titre d'intendant du commerce, bien qu'il en exercât les fonctions (*).

VI. - LES BUREAUX DU CONTRÔLEUR GÉNÉRAL.

Le contrôleur général avait ses bureaux particuliers situés rue Neuve-des-Petits-Champs, au palais Mazarin, aujourd'hui dépendance de la Bibliothèque nationale. Turgot y trouva à son arrivée, comme premier commis, Leclerc, personnage prodigue et fastueux, compromis sous Terray «et dont le luxe insolent indignait le public, dit l'auteur des Mémoires sur Terray. Il lui fit écrire une lettre sèche et sévère pour lui signifier [son renvoi), et lui apprendre en même temps qu'il ne s'attendit point à avoir de pension; qu'il était trop riche, et l'État trop obéré. Il óta également au fils l'espèce d'adjonction qu'il avait à la place de son père, et le regarda comme trop imbu des mauvaises maximes de celui-ci pour le conserver (4). »

Leclerc fut remplacé par De Vaines. C'était, on se rappelle, un ami de Turgot. Lié avec les philosophes et les économistes, il les recevait tous les mardis; il était de la société de Mlle de Lespinasse. « M. de Vaines, dit cette dernière à la date du 29 août, est nommé à la place de M. Leclerc; mais il n'en aura pas le faste : point de jeu, point de valet de chambre, point d'audience, en un mot la plus grande simplicité, c'est-à-dire au ton de M. Turgot (5). » Et plus tard : « Il a sacrifié son intérêt à son amitié pour M. Turgot et à son amour pour le bien public; en un mot il a été entraîné par le désir de concourir au bien, il a eu l'activité de la vertu (1). » L'abbé Baudeau enregistrant de son côté la nomination du nouveau premier commis l'appelle « un très habile et honnête homme » (?). Nous lisons enfin dans les Mémoires secrets dits de Bachaumont, à la date du 7 septembre : «M. de Vaines qui remplace M. Leclerc... ne l'imitera vraisemblablement pas dans son luxe. La philosophie dont il est sectateur le rendra traitable et modeste. Il est connu pour avoir travaillé à l'Encyclopédie, ce qui donne une grande idée de ses lumières et de sa sagesse... Tous ces choix (Turgot, d’Angivillers et de Vaines) annoncent que l'on rend justice à cette secte qu’on avait noircie dans l'esprit du feu roi, en la peignant sous les plus affreuses couleurs (3). »

(1) Chr. sec , 403-404.
(2) Mém, sur Terray, 232.

(3) Voir livre II, chap. IV. – A propos de la reintégration de Fargès et de quelques autres, la Correspondance Métra disait : « Le premier usage que M. Turgot a fait de la

faveur du monarque, a été de répandre des
gràces sur les honpétes gens qui avaient à
se plaindre de l'injustice du sort ou de celle
des hommes, » (1, 24.1.)

4) Mém. s. Terr., 232.
(5) Lelt.de Mule de Lesp. à Guib., 29 août 1774.

S 1. De Vaines fut auprès de Turgot une sorte de sous-secrétaire d'État. Il dut s'occuper spécialement des fonds et dépenses du Trésor, de la caisse d'amortissement, de la liquidation des offices supprimés, de l'expédition des ordonnances de paiement, des fonds destinés aux dépenses de la guerre, de l'artillerie, de la marine, des colonies, des affaires étrangères, des troupes de la maison du roi, c'est-à-dire de presque tous les grands services publics. Il centralisa entre ses mains les états de situation de tous les comptes et fut chargé du contrôle du Trésor. Il avait d'ailleurs ses bureaux particuliers établis à l'hôtel du contrôle général, et dirigés par quatre commis. Un cinquième, chargé des pensions, gratifications, et de la correspondance des bureaux de Paris, résidait à Versailles.

S 2. – Un chef de bureau, Mesnard de Conichard, résidant à Versailles, resta en place. Il réglait les affaires de finances d'une partie des pays d'états. Il était chargé de tenir registre des affaires rapportées au conseil royal des finances, ainsi que des décisions. C'est pour cette raison qu'il résidait à Versailles, siége ordinaire de la cour et par conséquent du conseil.

S 3. Broé conserva le bureau dit des dépêches, qui était établi à l'hôtel du contrôle général. Il ouvrait les lettres, requêtes, placets et mémoires, en renvoyait l'examen, soit aux intendants, soit aux chefs des autres départements, expédiait les affaires instantes et du cabinet (traitées directement par le ministre), délivrait les passeports, les grâces, préparait les mémoires destinés au roi, enfin s'occupait de toutes les affaires qui n'avaient point de département fixe. Il est probable que c'est à ce bureau des dépêches que Morellet et Dupont de Nemours étaient attachés.

(1) Lettre de Mlle de Lespinasse à Guibert, 99 aoûl 1774.

(2) Chr. sec., 401.
(3) Mém. sec. Bach., IV, 2 10.

S 4. Dupuy avait le bureau des rentes établi à l'hôtel du contrôle général également. « Quoiqu'on ne se plaignît pas de lui, dit l'auteur des Mémoires sur Terray, ayant une tache originelle, étant parent de l'abbé Terray, [il] reçut un compliment plus honnête (que Leclerc), mais il fut obligé de se retirer (4). » Du bureau des rentes dépendaient, outre les rentes proprement dites, l'état des gages de la magistrature et de quelques autres officiers, ainsi que les affaires de la ville de Paris.

S 5. – Villiers assisté de son fils Villiers du Terrage, qui le secondait en qualité d'adjoint, avait à la fois un bureau à Paris et un bureau à la cour. C'était le même bureau cependant; l'existence de deux capitales, l'une réelle, siége de tous les grands services publics, Paris, l'autre, officielle, de création purement artificielle, Versailles, rendaient de tels doubles emplois souvent nécessaires. Villiers et son fils avaient dans leur ressort : le contentieux du conseil, les octrois et dettes des villes, la vérification des états des fermes, le visa des passeports, etc.

S 6. — Un sixième chef de bureau, Barbey, avait également deux domiciles, l'un à Versailles (9), l'autre à Paris. Il s'occupait de la signature et de l'expédition des arrêts, édits, déclarations, lettres patentes, états au vrai, rôles et ordonnances.

$7. – « Le nommé Destouches, dit l'auteur des Mémoires sur Terray (3), ci-devant secrétaire général des fermes qu'il (l'abbé Terray) avait pris pour son factotum, pour le confident de ses secrets et le rédacteur de ses projets sinistres, ne tarda pas à partir. » Turgot lui donna pour successeur La Croix. Le bureau que celui-ci dirigea fut établi à l'hôtel du contrôle. Dans ses attributions étaient : les états servant à constater la population du royaume; l'administration financière de Lyon et Bordeaux; l'examen, la discussion et le rapport au ministre de tous les mémoires et projets relatifs à l'administration des finances.

VII. — LES INTENDANTS. Les Intendants étaient dans les provinces les représentants directs du contrôleur général, et comme des chefs de bureau détachés.

On parlait de grands changements dans le personnel des intendants. Dès le 11 septembre, Baudeau disait : « On attend force destitutions d'intendants, et le public les désigne (). » Et le 14: « Le public désigne beaucoup d'intendants qu'il dit devoir être renvoyés. La vérité, c'est qu'ils sont bien choisis, et s'ils ne sont pas renvoyés, ils méritent fort

(1) Mém. s. Terr., 232.
(2) A Versailles, inais non à la cour.

(3) Mém. sur Terr., 232.
lChr. S C., 410.

de l'être. On met à la tête les deux Berthier de Sauvigny (Paris), le Flesselles (Lyon), le Calonne (Metz), le Terray (Montauban) (1). » Le 15, le bouillant abbé parle de la « Saint-Barthélemy » des intendants qui se prépare. Mais Turgot n'était point d'humeur fanatique. Il laissa en place l'intendant de Montauban, bien qu'il fût le neveu de l'abbé Terray. Il se contenta d'appeler M. d'Aine de Bayonne à Limoges, en remplacement de Lenoir, qui fut nommé lieutenant de police à Paris, après lui avoir succédé à lui-même en Limousin. Il réunit en une seule généralité les généralités de Bayonne et d’Auch, dont l'intendant Journet cumula l'administration (').

Le contrôleur général n'avait la nomination des intendants que dans les pays d'élections. L'intendant de Bourgogne, Amelot, ayant été rappelé à Paris comme intendant des finances, le ministre de la guerre (Muy), dont relevaient les intendants des pays d'états (*), le remplaça par Dupleix de Bacquencour, intendant de Bretagne, et envoya Caze de La Bove dans cette dernière province. Enfin, Clugny, plus tard célèbre, alla prendre à Perpignan la succession de Peyronnel du Tressan. Ce fut tout. Il n'y eut point de Saint-Barthélemy d'intendants (*).

VIII. — ADMINISTRATIONS ACCESSOIRES. – L'AGENCE DES BLÉS. En dehors des bureaux des intendants, des finances et du commerce, du contrôleur général et des intendants de province, plusieurs administrations particulières se rattachaient à l'administration centrale.

Telle était la « commission pour les blés », composée de quatre conseillers d'État : Chaumont de La Galaisière, membre du bureau du commerce; Sartines, ancien lieutenant général de la police, ministre de la marine; La Michodière, prévôt des marchands de Paris; Bouvard de Fourqueux, conseiller d'État; l'intendant du commerce Brochet de Saint-Prest, cité plus haut, en était le rapporteur.

Parmi ces cinq noms, deux au moins sont au-dessus de tout soupçon. L'un est La Michodière, que Turgot accompagna dans ses tournées, en 1760, pour se former à l'administration, et dont il connaissait, dit Condorcet, « la probite et l'amour du bien public (*). » L'autre est Fourqueux, beau-père de Trudaine et son adjoint dans ses fonctions, qui était également lié avec Turgot (TM). Malheureusement le contrôle de cette commission ne paraît pas avoir été fort efficace, et Saint-Prest est plus que suspect (?).

(1) Chr. sec., 411.
(2) Merc. Fr., oct. 1774.

(3) Les postés d'intendant dans les pays d'Etats étaient particulièrement recherches : on y avait peu à faire et ils étaient très lucrätifs. (Necker, Adm. des An.)

(4) Pour ces'nominations, voir les Almanachs royaux de 1774 et 1775.

(5) Cond., Vie de T., 35-36.

(6) Celle 'do Sartines pourrait ne point paraître suffisante.

Mém. s. Terr., 169-170.

« Elle était nommée, dit l'auteur des Mémoires sur Terray, pour connaître de l'affaire des blés, et veiller à la distribution de cette denrée, de façon que les provinces les mieux fournies reversassent dans celles affamées... Elle avait sous elle deux directeurs ou agents généraux faits pour les achats et les transports. En sorte qu'il semblait que tous les abus en cette partie auraient dû être incessamment réprimés. Mais les conseillers d'État se plaignaient qu'on ne les consultait pas, qu'on ne leur communiquait rien; » et, en effet, l'abbé Terray leur avait toujours apporté « la besogne toute mâchée. Ce qui avait rendu cette conduite plus suspecte, c'est que le sieur Brochet de Saint-Prest, son âme damnée, extrêmement gueux à son entrée au conseil, affichait, depuis qu'il était de ce bureau, une opulence et un luxe étonnants. D'où l'on présumait que ces messieurs [Terray et Brochet], bien loin de remédier au monopole, le favorisaient et l'exerçaient par leurs suppôts, puissamment riches aussi ('). »

Baudeau nous donne dans son journal des renseignements très précis sur « le Brochet de Saint-Prest ». Il nous le montre ruinant tous les marchands de blé, en achetant beaucoup plus cher qu'eux et en revendant meilleur marché, avec l'argent du roi; dépensant ainsi jusqu'à 12 millions; s'efforçant de vendre beaucoup, parce que lui et les siens avaient 40 0/0 de commission sur toutes les ventes; considérant comme ennemi tout marchand de blé, s'entendant avec l'abbé Terray et des subalternes tels que Saurin, Doumer, Morandé pour élargir encore le cercle des opérations d'accaparement; faisant enfin présenter au roi un projet d'arrêt qui eût remis entre ses mains les fournitures des garnisons, des hôpitaux, de la marine et des colonies, lui eût assuré un monopole absolu sur tous les marchés (3).

Ce triste commerce de l'agence des blés avait causé des émeutes à Bordeaux, Albi, Montauban et dans plusieurs autres villes du Midi; le peuple affamé s'était soulevé. L'abbé Terray avait réussi à persuader au conseil que ces mouvements populaires n'étaient qu'une manœuvre de ses ennemis. Il avait payé d'audace, comme toujours. Par ses ordres, l'intendant de Guienne avait réuni les membres de la chambre de commerce de Bordeaux, et obtenu de leur complaisance un certificat constatant que sans le secours de l'agence des blés, leur ville eût été à la veille de périr de misère. Terray avait ensuite montré partout leur attestation pour se mieux disculper (%).

Puis, comme pour braver l'opinion publique, il avait fait insérer dans l’Almanach royal (où chacun peut l’y lire encore, p. 553) une notice extraordinaire ainsi conçue : « Trésorier des grains au compte

(1) Mém. sur Taray, 169-170. (2, Clrsec., 292-293.

(3) Mém. $. Terr., 170. Nous n'avons pu trouver trace de cette pièce aux Arch. dep.

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