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A son retour, il fut tenu conseil, et comme le zèle de Maurepas pour la reine s'était refroidi, on décida qu'on ne négligerait rien pour le ranimer: il ne fallait pas songer pour le moment en effet à diminuer la confiance que le roi avait en lui, et il semblait que le seul moyen de gouverner fût d'avoir d'abord Maurepas pour soi. Besenval se chargea de la négociation. Il alla trouver Maurepas, l'assurant du désir qu'avait la reine de s'entendre étroitement avec lui. Maurepas se fit prier, traina l'affaire en longueur. Enfin, il fut mandé par la reine. « Celle-ci, dit Besen val, lui témoigna son amitié. Maurepas protesta de son dévouement. A ce moment, le roi entra chez la reine par l'intérieur des appartements. « Sire, dit Maurepas, vous » voyez l'homme le plus heureux, le plus pénétré des bontés de » la reine, et qui n'existera désormais que pour lui en témoigner » sa reconnaissance et lui prouver son zèle. » La reine l'interrompit pour dire au roi qu'en se rapprochant de ce ministre elle avait eu principalement en vue de lui plaire; ce qui serait, tant qu'elle existerait, le motif de toutes ses actions. Le roi, sans lui répondre, courut à elle et l'embrassa avec beaucoup de tendresse. M. de Maurepas entama tout de suite quelques affaires, et la reine ne manqua pas de s'occuper de tout autre chose, laissant le roi et son ministre causer ensemble, au lieu de profiter de l'occasion que M. de Maurepas lui fournissait, de s'introduire dans l'administration (1). » Mercy présente un peu différemment ce renouvellement de l'alliance conclue dès le mois d'avril entre la reine et le premier ministre (3).

D'après lui, et il était au moins aussi bien informé que Besen val(), c'est à propos de la nomination de la princesse de Lamballe comme surintendante de la maison de la reine que le rapprochement de Maurepas et de Marie-Antoinette eut lieu. Cette nomination coûtait beaucoup au roi. L'ancien traitement de surintendante était de 15,000 livres, sans compter 30,000 livres d'extraordinaire pour tenir table à la cour. La dernière surintendante Mlle de Bourbon l'avait fait augmenter jusqu'à 50,000 écus (150,000 livres), et la princesse de Lamballe, qui était fort intéressée, en demandait autant. Lorsqu'on parlait tous les jours d'économie, comment aurait-on pu, sans se déjuger, rétablir une charge inutile qui coûtait si cher ? Comment violenter le contrôleur général? « Le comte de Maurepas, dit Mercy le 19 octobre, a saisi cette circonstance pour se remettre en grâce auprès de la reine, et il s'est chargé de trouver et de faire agréer au roi des expédients au moyen desquels il sera pourvu aux désirs de la princesse de Lamballe. Il en résulte que le vieux ministre est

(1) Besenval, Além.
(2) Voir liv. Í, cli., III, p. 18).

(3) Il est probable que Besenval fut erat. ment inforine des circonstances que rappelle Mercy. Mais, comme il appartenait à la cabulo

des Polignac, rivalo de la coterie de la princesse de Lamballe, il ne s'est pas soucie sllls doute de raconter comment la princesse de Lamballe roçut le titre de surinlendunto, marquo eclatinto de la faveur royale.

maintenant très bien auprès de la reine; S. M. est pareillement fort contente du sieur de Malesherbes, lequel, en qualité de ministre de la maison du roi, est entré pour beaucoup dans les arrangements dont il vient d'être question. Il n'y a que le contrôleur général qui soit encore traité froidement par la reine, mais j'espère que, pendant ce séjour à Fontainebleau, il y aura moyen de ramener S. M. sur le compte d'un ministre duquel elle n'a aucun sujet de se plaindre, et qui, en toute occasion, lui a marqué du zèle et un respectueux attachement (1). »

Cette affaire de la surintendance de la princesse de Lamballe racontée par Mercy peint en quelques traits l'état de la cour à cette époque : la faiblesse du roi, l'exigence impérieuse de la reine, la duplicité de Maurepas qui se hâte de se rapprocher d'elle et d'abandonner le contrôleur général dès qu'il flaire pour lui-même le moindre danger, le penchant de Malesherbes aux concessions, aux compromis, l'intraitable fermeté de Turgot dans son amour pour l'économie. Besen val nous renseigne sur les intrigues dont ce dernier était enveloppé. L'ambassadeur de Vienne nous éclaire sur le danger plus grave encore que lui faisait courir l'antipathie manifeste de la reine.

Cependant, ce n'est pas à la cour seulement que Turgot était menacé. Ses ennemis s'efforçaient aussi de le perdre dans l'opinion publique (*). Ils se passaient de main en main une satire de son ministère intitulée : Seconde Lettre de M. l'abbé Terray à M. Turgot. « C'est, dit la Correspondance Métra, un tissu de calomnies des plus injustes (8). » — « Elle roule, dit Mairobert, moins bien disposé pour Turgot, non seulement sur les dernières opérations du contrôleur général actuel, mais sur les gens qu'il honore de sa confiance, et l'on y trouve de tous une satire un peu forte (4). » C'était un moyen habile, en effet, de discréditer Turgot que de rendre son entourage odieux (). Un avocat, Blondel, qui s'était fait connaître dans un procès engagé entre le maréchal de Richelieu et Mme de SaintVincent, et qui écrivit plus tard une introduction à l'ouvrage de Necker sur l'administration des finances, publia secrètement vers le

(1) D'Arn. et Gefr., Marc-Ant., II, 387.

(2) Vers le même temps, le Parlement condamna une brochure de l'abbé Baudean. On lit à ce propos dans la Correspondance de Laharpe ; « L'abbé Baudcau, editeur des Mémoires de Sully, a fait paraitre une brochure sur la Juridiction des droits ffodaux. Il s'appuie sur ce principe que les seigneurs, n'ayant plus les inèmes devoirs à remplir qu'autrefois ul ne menant plus leurs vassaux à la guerre à leurs dépens, ne doivent plus jouir dies mêmes ieces. Les

ipes sont confurines à l'esprit du gouvernement; mais le Parlement, opposé au coutroleur général, a fait brûler celte brochure avec les qualifications les plus injurieuses. » Cort. Lah: 1, 333.)

(3) Corr. Métr., I. 133: 30 août 1775.

Bach., Mém. seci., VIII, 200-201. (5) ia continuation du la cherté du pain rendail malheureusement aisée la tâche des ennemis du ministre. Mercy parle, le 18 septemJore, de a la cherté du pain et de la misère du temps, qui donne beaucoup d'humeur au peuple »; le 19 octobre, de « l'humeur que cause la continuation de la cherté du pain dans la cau lale », (Darn. et Gell., Mar.-Ant. II, 378, 388.) Il attribue à ce inotif la froideur que le peuple témoignait à la reine.

C'est dans le même sens probablement que Walpole disait : « La charmante reine est passée de mode. » (Correspond. Walpole, 16 supl. 1772.)

pri

milieu du mois d'août une satire dirigée surtout contre de Vaines, premier commis des finances, mais où Turgot n'était pas ménagé. Ce libelle, dont le véritable auteur ne fut connu que cinq ou six mois après, avait pour titre : Lettre d'un Profane à M. l'abbé Baudeau, très vénérable de la scientifique et sublime loge de la Franche Economie (TM).

On lit à ce sujet dans les Mémoires secrets de Bachaumont : « L'auteur, en rendant à M. Turgot toute la justice qui lui est due sur la pureté de ses intentions, prétend que sa confiance a été surprise par ce personnage patelin, dont on sait la vie depuis le berceau jusqu'à présent (?). » Et quelques jours plus tard : « La Lettre d'un Profane fait un bruit du diable dans la finance, et M. de Vaines ayant beaucoup d'ennemis, c'est-à-dire d'envieux, ceux-ci colportent le libelle avec empressement et le répandent en profusion dans les sociétés. Il est à présumer que le gouvernement vengera ce suppôt de la secte économique si, comme il faut le croire, il n'est pas coupable des friponneries qu'on lui reproche. Quant à son origine, sortie d'un laquais, elle ferait plus d'honneur à son mérite personnel, si elle était accompagnée de cette modestie qui sied bien à tout le monde et surtout aux gens parvenus (). »

Turgöt, qui tolérait toutes les attaques lorsqu'elles ne s'adressaient qu'à lui-même, se sentit blessé dans la personne de son ami. Il relut d'abord le pamphlet jusqu'à quatre fois, afin de se rendre un compte exact des accusations dirigées contre lui (“). Dès qu'il se fut convaincu que ces accusations étaient de pures calomnies, il vengea son premier commis en l'assurant publiquement de son estime et en lui faisant accorder une distinction des plus enviées: il obtint pour lui la charge de lecteur de la chambre, avec les appointements de lecteur du cabinet, et le droit aux grandes entrées. « Cette réparation, dit Mairobert, était nécessaire pour un homme public qui doit jouir de la réputation la plus intacte. Aussi celui-ci répand-il des copies de la lettre honorable par laquelle M. Turgot lui annonce cette nouvelle charge et l'en félicite, comme devant le dédommager du chagrin que ses ennemis ont voulu lui causer par leurs calomnies (TM). »

Cette lettre était datée du 18 septembre. Elle est rapportée en termes identiques par les correspondances de l'époque, et le texte en paraît authentique. On la trouvera aux Pièces justificatives (6). « Il est dans l'ordre, disait Turgot, que vous soyez exposé (aux calomnies), vous, tous ceux qui ont part à ma confiance, et moi peut-être plus que personne. Trop de gens sont intéressés au maintien des abus de tout genre pour que tous ne fassent pas cause commune contre quiconque s'annonce pour les réformer. »

(2) Id.

(1) Rach., Mém. secr., VIII, 177; 22 août 1775. 13) Id., 184; 29 août.

(9 Bach., Mém. secr., VIII, 218; 22 sepi.
5) Id.
() Pièc. just. 0° 43.

Si ces paroles n'étaient pas suffisamment claires par elles-mêmes, on en trouverait la confirmation et le commentaire dans ces lignes de la Correspondance Métra : « Il s'élève de toutes parts des nuages qui annoncent le plus violent orage. Le déchaînement, sous le précédent ministère, n'a jamais été plus violent. Il se dirige principalement contre M. Turgot et M. de Malesherbes, et cela parce que le bruit est général que ces deux ministres sont à la veille de commencer une réforme dans les dépenses de la cour, et qu'ils vont l'entamer par le grand commun où le gaspillage est énorme. L'ordre qu'ils se proposent d'y mettre fait jeter les hauts cris à toute la ville et à toute la cour. Déjà M. de Malesherbes n'est plus un patriote zélé, une victime du bien public. C'est un encyclopédiste, un homme à système, ignorant dans les affaires, qui va tout bouleverser; en effet, c'est un furieux bouleversement que de mettre de l'ordre dans ce chaos. Quant à M. Turgot, c'est un liom nie en têté, capable de perdre l'État plutôt que d'abandonner son idée. Ces clameurs devraient sans doute tomber d'elles-mêmes, mais on les dit appuyées par une faction puissante; quelle nation! Les gens même les moins intéressés aux malheurs publics se font les échos de tous les fripons, et les malheureux honnêtes gens sont en trop petit nombre pour élever la voix et se faire entendre d'une nation légère, qui mêle l'inconséquence, l'esprit et la déraison dans ses plaisirs, dans ses projets et dans son gouvernement (1).

Cependant de Vaines ne se contenta point de la réparation que Turgot avait obtenue pour lui. Il voulut encore la destruction du pamphlet et la punition des coupables. On fit donc des recherches. Un colporteur, Bɔurgeois, fut emprisonné. Un secrétaire de d'Alembert, Ducroc de La Cour, avait chez lui un ballot d'exemplaires du libelle, et il avait promis à de Vaines de lui livrer l'édition entière moyennant cinquante louis. Il le trompa et garda un exemplaire qu'il fit passer en Hollande. D'Alembert chassa ce secrétaire malhonnête; mais de Vaines, désolé, dut chercher d'autres moyens de faire disparaître la satire qui avait si cruellement blessé son amour-propre (3).

Vers la même époque, la reine commença à prendre en grande affection la princesse de Guémenée, nouvelle gouvernante des enfants de France. C'était encore une amie du duc de Choiseul. Fille du maréchal de Soubise, séparée de son mari, et liée publiquement avec Coigny, elle avait une mauvaise réputation; mais elle recevait une société bruyante, « beaucoup de jeunesse »; c'est là ce qui attirait et retenait chez elle Marie-Antoinette (). Les intrigues pour le retour de Choiseul recommencèrent. Laissons .parler Walpole, dont la tête fort anglaise n'avait jamais tourné à Versailles, et était autrement

(1) Corr. Métr., II, 174; 24 sept. 1775. (2) Bach., Mém, sécr., VIII, 214, 213.

(3) D'Arn. et Gerr., Corr. in d. de Mar.-Ant., II, 390; 19 ort. 1775.

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solide que celle de sa vieille amie Mme du Deffand. Sur le ton du persiflage, il savait faire entendre sérieusement ce qu'il pensait : « C'est le règne de la vertu, et je me sauve, de peur qu'on ne me croie francisé, si je reviens avec quelques principes. MM. Turgot et de Malesherbes forment tous les jours de nouveaux plans pour modérer la monarchie et adoucir le sort du peuple; non seulement le roi les écoute, mais il les encourage. Les philosophes disent à qui veut l'entendre que notre époque est éclairée... Les choses ne sont pourtant pas parfaitement fixées... Il y a deux partis en présence, et si l'un des deux triomphait, dame Vertu pourrait bien retourner à ses haillons. La charmante reine s'emploie à réinstaller M. de Choiseul, et dans ce cas Mme la Gloire (Mme de Gramont, seur de Choiseul) brillerait de tout son éclat (TM). » Voilà pour le premier parti. L'autre était celui de Monsieuret de Madame, «rusée Italienne» et aussi dévote que rusée. Il était dirigé par la princesse de Marsan. Walpole pensait que si ce second parti venait à l'emporter, Mme de Marsan « ramènerait les Jésuites ». Telles sont donc les deux cabales qui se disputaient à l'avance la succession de Turgot. Celle de Choiseul et de la reine paraissait le plus près de réussir. Le même jour, en effet, Walpole l'eprend la plume. «Grande nouvelle, dit-il, bien qu'elle ne soit pas encore mûre! M. de Choiseul est arrivé subitement à Paris (3 octobre); on dit qu'il repart samedi, mais ses amis paraissent pleins d'espoir, et comme la reine a fait récemment quelques actes d'autorité, que Mmo de Marsan s'est retirée sans pension (TM), » il conclut que Choiseul pourrait bien revenir au pouvoir.

Cependant, c'était le propre de cette cour frivole de mêler sans cesse le bouffon au sérieux, de jouer légèrement avec les plus graves intérêts de la France, de s'occuper avec gravité des plus insignes futilités. Le lendemain, 4 octobre, veut-on savoir quelle était la préoccupation unique de la cour et de la ville? Toute la ville et toute la cour se trouvaient réunies dans la plaine des Sablons pour assister aux débuts du New-Marcket français. Quatre chevaux seulement étaient engagés, mais c'étaient des chevaux de choix. L'un était au comte d’Artois, l'autre au duc de Chartres, le troisième au duc de Lauzun, le quatrième au marquis de Conflans. Le jockey du dluc de Lauzun gagna. La reine se fit présenter le petit Anglais qui inontait le cheval victorieux et félicita le duc de Lauzun (4). Celui-ci, éloigné de la cour depuis plusieurs mois, venait d'y reparaître; cette course de chevaux acheva de le mettre à la mode; la reine, qui l'avait perdu de vue, lui rendit toute sa confiance. Or, Lauzun était un politique médiocre, mais un ambitieus qui se croyait l'étoffe d'un premier ministre; il contribua à inspirer à la reine cette présomp

(1) Corr. Walp., 3 oct. 1775.

2) Corr. Walp., 3 oct. 1775.

(3) Corr. secr., II, 183.

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