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son réquisitoire l'étroite union de la magistrature et du clergé. Les deux vieux adversaires se réunissaient contre l'ennemi commun (TM). » Voltaire écrivit à Morellet, à propos de cette condamnation : « On ne répandra pas de sang pour la Diatribe; mais il me semble que les démarches que l'on a faites sont une insulte à M. Turgot, de la part des mêmes gens qui donnèrent de l'argent, il y a quelques mois, pour ameuter la populace. C'est l'esprit de la Ligue qui voudrait persécuter le duc de Sulli. Des fripons ont voulu donner des croquignoles à M. Turgot sur le nez de Laharpe (?). » .ir

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CHAPITRE XIV

Les intrigues de la Cour.

.(De juillet à octobre 1775.)

Tout indique un redoublement d'intrigues contre Turgot à cette époque. « Vous me faites peur pour les gens que je connais, écrivait Mlle de Lespinasse à Guibert, dès le commencement de ce mois: cependant je ne veux pas les décourager (1). » Et Frédéric II, très bien informé de ce qui se passait à Versailles par ses correspondants ou ses espions, s'exprimait ainsi dans une lettre à d'Alembert : « On dit beaucoup de bien de votre nouveau roi. J'en suis charmé, pourvu qu'il persévère, et qu'il ne se laisse pas entraîner aux manigances de ses courtisans et de cette tourbe qui environne les rois et réunit ses complots pour leur faire commettre des sottises (?). »

Les insinuations perfides dirigées contre Turgot se reproduisaient sous mille formes. « Le sieur Guimard, espèce de concierge chargé du détail des petits appartements à Versailles, qui avait la confiance de Louis XV, voit Louis XVI occupé à lire un manuscrit intitulé : Le Roi de ses peuples. « Sire, vous aurez beau faire, lui dit-il brusquement, vous n'en serez jamais aimé, tant que le pain sera cher (R). »

L'ambassadeur Mercy craignait que Monsieur ne parvînt à entrer au Conseil, ne devînt une sorte de premier ministre. Pour prévenir les résultats d'une influence aussi dangereuse pour le crédit de la reine, il aurait voulu assurer à sa royale protégée le concours de deux ou trois ministres. Il écrivait à ce sujet à Marie-Thérèse : « La conjecture présente favorise infiniment un pareil projet, puisque le comte de Maurepas, les sieurs Turgot et Malesherbes, surtout ces deux derniers, ne demanderaient qu'à se vouer à la reine; mais je n'en suis point encore à obtenir de Sa Majesté tout ce qui serait à cet égard désirable au bien de son service. Des préjugés, des insinuations dictées par l'intrigue interceptent l'effet de mes représentations (1). » Il disait encore : « Le nouveau ministre de la maison du Roi et de Paris, M. de Malesherbes, réussit bien dans sa place; il la remplit avec une simplicité à laquelle on n'est guère accoutuiné ici. Il annonce une justice qui déconcerte les gens de cour et une humanité qui enchante les gens du commun. L'unité de ses vues avec celles de M. Turgot vont produire une grande réforme dans les abus, si tant est qu'on laisse faire ces deux ministres, ce qui est bien douteux. Je prévois qu'il ne sera pas facile de retenir longtemps M. de Malesherbes à sa place; M. Turgot tiendra plus longtemps dans la sienne, si la cherté du blé diminue, et si on ne croise point ses opérations. Ces deux hommes sont réellement des personnages rares par leur vertu et leur désintéressement. Quant à leurs talents, il n'y a que les faits qui puissent nous éclaircir. En total, les ministres de France actuels s'acheminent assez d'accord vers le bien. Il y a peu d'intrigue entre eux, mais, en revanche, il y en a d'autant plus parmi les courtisans, et cela aboutit toujours à la besogne des ministres (1). »

(1) Lett. à Guib., 1er août 1775.
2) Lett. à d'Alemb., 5 aolit 1775.
(3) Bich., Mém. secr., VIII, 152; 3 août 1775.
- Si Turgót avait été sensible aux calomnios,
il aurait pu s'estimer en revanche amplement
vengé par des témoiguages d'admiration teis
que e lui-ci: un jour, un homme d'un certain
age lui demanda audience. «Que demandez-
vous? , dit Turgot. – « Rien, Monseigneur. Je

voulais voir comment était fait un ministre. Et,
après avoir exprimé sa joie de pouvoir consi-
derer les traits du bienfaiteur de la patrie :
a Allez, dit-il en terminant, si vous n'amassez
pas 6 ou 700.000 livres de rente, vous aurez la
reconnaissance et l'estime des honnetes tens,
et cela vaut bien des richesses. — (Corr. Mitr..
II. 109: 10 août 1775.)

“) D'Aro. et Geff., Mar.-Ant., II, 368-369.

Pour toute cette cour dépensière et frivole, Turgot était un surveillant insupportable, un censeur morose qu’on détestait. Le 16 août fut signé le contrat de mariage de Mme Clotilde (une de ses ennemies) avec le prince de Piémont. Turgot prêcha l'économie au roi pour les fêtes qui allaient avoir lieu à l'occasion de la noce (*). On le sut. « Nous sommes à la veille du mariage de Mme Clotilde, écrivait Horace Walpole quelques jours après; mais M. Turgot, au grand désespoir de lady Mary Coke, ne veut permettre d'autres dépenses qu’un seul banquet, un bal et un spectacle à Versailles (*). » Le spectacle du moins enchanta Mlle de Lespinasse. On joua pour la première fois le Connétable de Bourbon, tragédie de son ami Guibert. La reine qui prétendait se connaître en vers, avait pris la pièce sous sa protection (*). Le sujet était étrangement choisi : il fallait beaucoup de maladresse pour offrir en spectacle aux princes de la maison de Bourbon la trahison de l'un de leurs ancêtres, le Connétable (). Guibert d'ailleurs, excellent homme, bon ami, brillant officier, coupable seulement d'une extrêmd vanité, était un poète médiocre. Sa pièce n'eut pas plus de succès à Paris qu'à Versailles et à Fontainebleau; elle fut même sifflée à Paris, et l'on chanta :

Le Connétable me plaît fort;
Comme on y rit, comme ou y dort!
C'est une bonne pièce,

Eh bien!
Qu'on joue à nos princesses;
Vous m'entendez bien (0;.

11 D'Arn. et Gefl., Var.-Ant., II, 318.
6. Merc. de Fr., sept. 1775.
(3) Lettre du 20 août 1775.
to Mme Camp., Mém., 130.

Le counélable de Bourbon disait quelque

part, dans la tragédie, qu'il anbitionnait :

Le plaisir peu goûté d'humilier un roi. Prononcé davant Louis XVI, le vers était milleureux.

6) Mme Camp., X'ém., 130, note.

C'était en tout cas un maigre régal pour les délicats de Versailles. On sut mauvais gré à Turgot de n'avoir pas autorisé de meilleur divertissement. Rendant compte de la malencontreuse tragédie, Walpole disait : « Ce sera la fin des spectacles, car M. Turgot est économe (1). »

Les ennemis du grand ministre n'étaient pas gens à se laisser désarmer par ce genre de mérite (*). Voltaire, se moquant d'un conseiller au Parlement qui avait confondu « Joseph, contrôleur général des finances d'un Pharaon, avec saint Joseph, digne époux de Marie, » parle de « la cabale qui cherche à mordre les talons de M. Turgot, lorsqu'elle est écrasée par ses vertus. » Et il ajoute : « Que Dieu nous conserve M. Turgot et M. Malesherbes ! les méchants et les sots ne seront plus à craindre (0). » Trois jours après, en écrivant à Morellet, il fait des veux pour que Turgot, Trudaine et lui triomphent de « l'opposition des fermiers généraux » (*). Frédéric II, de son côté, tout en protestant qu'il ne sait point ce qui se passe à la cour de Versailles, aperçoit de loin « le jeune roi » de France « ballotté par une mer bien orageuse », et déclare qu'il lui faut « de la force et du génie pour se faire un système raisonné et pour le soutenir » ().

D'Alembert, bien que généralement assez optimiste, fournit des détails plus précis sur les dangers qui menacent Turgot : « Notre jeune roi, dit-il, continue à aimer les honnêtes gens, à leur donner sa confiance et à faire le bien tant par lui-même que par ses ministres. Il n'y a point de jour où l'on ne fasse cesser quelque vexation ou quelque abus; mais la pelote était si énorme, qu'à peine paraît-elle encore dégrossie. Ce sera l'ouvrage du temps; aussi faisons-nous tous des veux pour la conservation de ce jeune prince. On dit pourtant que les prêtres ont juré d'empêcher tout le bien qu'ils pourront, et qu'ils proposent aux Parlements de se joindre à eux pour cette belle cuvre. » Il ajoute, avec une confiance que les événements démentirent : «Grâce aux magistrats vertueux qui sont dans le Conseil (Turgot et Malesherbes), ce projet d'iniquité ne -- --s'accomplira pas (4). » Le traité d'alliance des « prêtres » et des « Parlements » était déjà signé.

(1) Leltre du 23 août 1775.

(2) Ils s'applaudissaient déjà de l'avoir forcé i abandonner ses principaux projets de reforme. On a tout lieu de le croire, au moins d'après un passage d'une lettre d'H. Walpole: « Je ne vous parle pas des règlernents ni des réformes de M. Turgot.....; mais je veux vous citer un bon mot de Mme du Defland. M. Turgot ayant ebauché bien des réformes et les ayant retractées, elle adit: « Dans le bon vieux temps, * on reculait pour mieux sauter, au lieu que » M Turyot saule pour mieux reculer. » (Leti. du 16 sept. 1775.)

Citons un autre trait d'économie de Turgot, d'après Mairobert : « La vente de Sceaux à Mesdames ne s'est pas effectuée. M. le contro leur general était chargé de cette negociation,

mais il en offrait un prix beaucoup moindre que celui offert au duc de Peuthièvre par d'autres acquéreurs; et, sur ce que Son Altesse refusait aux sollicitations du ministre, celui-ci. par un zèle peut-être trop grand, insistant troj et avec une obstination qui faliguait le prince. il lui a dit : « M. le contrôleur general, je > savais bien que vous préchiez la liberté, mais ► je ne vous croyais pas homme å en prendre

tant. » M. Turgot, s'apercevant de son importunite, s'est retire : le marche n'a pas eu lieu, et l'on dit aujourd'hui que le roi donne a Mesdames pour les dédommager le château de Bellevue. » (Bich., Mém. secr., VIII, 191.)

(3) Lettre du 5 sept. 1775.
(4 Lettre du 8 sept. 1775.
(5) Lettre de Fréd. à Voll. du 8 sept. 1775.

La reine, de son côté, créait aux ministres, et à Turgot en particulier, des difficultés continuelles. Tantôt elle prétendait faire donner le gouvernement de Languedoc au duc de Chartres, bien que le roi eût promis cette place à un autre seigneur. Tantôt elle exigeait le rappel du secrétaire d'ambassade Tort de La Sauve, qui avait déposé contre Guines, lors de son procès (o). Plus tard, quoique fatiguée de la princesse de Lamballe, elle voulut récompenser et honorer en elle un objet de ses caprices souverains et rétablir en sa faveur la charge de surintendante de la maison de la reine. « Le monarque, dit Mairobert, effrayé de la dépense qu'entraîne une telle place, avait différé jusqu'à présent; et M. le contrôleur général surtout allant toujours à l'économie, soutenait le roi dans son refus. Enfin son auguste épouse, ayant constamment un ascendant considérable sur son esprit, l'a emporté. Mme de Lamballe a prêté serment pour cette charge le lundi 18 (3). » Voici coinment les choses s'étaient passées. On nous permettra de les reprendre d’un peu haut.

L'un des cercles les plus hostiles à Turgot était celui des Polignac. La comtesse, plus tard duchesse Jules de Polignac, avait hérité de la faveur de la princesse de Lamballe : la reine « s'était éprise pour elle d'un goût bien plus vif que ne l'avaient été les précédents (6). » Ses traits angéliques, sa figure céleste, sa gaieté (*), tout chez elle, jusqu'à l'horreur qu'elle avait pour l'étiquette, enchantait Marie-Antoinette (C). La comtesse Jules avait une famille avide d'argent et d'honneurs : le comte son mari devint duc et premier écuyer; elle obtint ellemême les fonctions de gouvernante des enfants de France. L'économie sévère d'un Turgot ne pouvait plaire à des étrangers que les seules largesses du trésor public entretenaient dans le luxe et les plaisirs. Un ennemi déclaré de Turgot, le baron de Besenval, était l'hôte assidu de ce salon. La reine y venait aussi, comme en cachette, goûter les douceurs d'une intime familiarité. Les ministres n'ignoraient pas ce qui se tramait chez les Polignac et ils eurent un instant l'intention d'éloigner Besen val de la cour, l'accusant, dit-il lui-même, « de donner de mauvais conseils à la reine (7). » Ce remuant personnage venait de faire un voyage à Chanteloup, ce qui semble indiquer qu'il servait d'intermédiaire entre Choiseul et les Polignac.

(1) Leit. de d'Alemb. á Fréd. II, 15 sept. 1775.
(2) D'Arn. et Gefl., Mar.-Ant., II, 366.
(3) Bich., Mém. secr., VIII, 217; 20 sept. 1775.
(6) D'Arn. et Gefl., Mar.-Ant., II, 367.

(5) Elle avait du reste peu d'esprit, et, ce qui est plus grave, elle était gouvernee par sa lanle la cointesse d'Andlau, intrigante qui fut jadis renvoyée de la cour de Louis XV pour avoir procure des livres obscènes à Mme Adélaïde, fille de ce prince. (D'Arn. et Geff., Mar.- Ant., II, 391.)

(6) Besen val, Mém.

10) Le baron do Besen val cxercait à cette époque une influence très graude et très fåcheuse en effet sur l'esprit de la reino. Il était de ceux qui encourageaient son étourderie. Marie-Antoinettes'oublia un jourjusqu'à Jui faire d'étranges confidences sur l'état plıysique de son époux. Marie-Thérèse suvait tout ce qui se passait el se disait à Vesailles; olle blåma vivement sa fille de celte indiscrelion. (D'Arn. et Gefl., Mari-Ant., II, 383.)

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