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nement » (1). Deux anciens agents du pacte de famine, Saurin et. Dommercq, furent. arrêtés, puis relâchés faute de preuves. Un président de l'ex-conseil supérieur de Rouen, Langlois, « l'une des créatures du chancelier Maupeou, fut emprisonné aussi et renvoyé de même » (?). «Tout ceci ne provient point directement du peuple, disait la Correspondance Métra, au plus fort de l'émeute, mais d'une cabale méchante et forte qui veut perdre le contrôleur général. On sait qu'il y a des amas considérables de blé dans la province et que nos financiers en sont les maîtres. On soupçonne fort l'abbé Terray d'être l'âme de la cabale (3). » Et ailleurs : « On prétend avoir trouvé sur un homme beaucoup de lettres, par lesquelles on excitait les paysans à s'armer, à se trouver dans tel et tel endroit, à saccager tout, etc... Cet homme, dit-on, était en relation avec M. de Maupeou, et déjà on voit celui-ci porter sa tête sur l'échafaud (). » Si jamais quelque document inattendu venait désigner les auteurs de la guerre des farines, nous ne serions point étonné de les rencontrer dans ce morde interlope qui avait agioté, spéculé, gouverné avec le triumvirat et la famille Dubarry, parmi ces marchands d'or, de plaisirs, de dignités que Turgot avait chassés du temple.

Il ne manqua pas de gens pour dire après coup que l'émeute n'était qu'une plaisanterie (5). Chose remarquable, et qui contribua sans doute à accréditer cette opinion, les fonds publics ne s'étaient nullement émus; ils n'avaient pas baissé. Le 17 mai, d'Alembert écrivait à Frédéric II : « Après avoir parlé si longtemps à Votre Majesté de nos sottises atroces, je ne lui parlerai point de nos sottises ridicules, de nos mauvais vers, de nos mauvais livres et de la hauteur de nos coiffes; j'aime mieux lui parler de la hausse de nos fonds publics qui est incroyable depuis que le nouveau contrôleur général est en place, et que les troubles présents n'ont pas même altérée, parce que toute la nation est pleine de confiance dans la probité du ministre et dans les vertus du roi. »

Cependant, on sut mauvais gré à Turgot de ne pas avoir tenu sa promesse, de n'avoir pas dévoilé les noms des coupables. Marmontel va jusqu'à dire que « ce faux pas décida de sa chute ». Maurepas, d'après lui, fit entendre au roi que « cette invention d'un complot chimérique n'était que la mauvaise excuse d'un homme vain, qui ne voulait ni convenir ni revenir de son erreur; et que, dans une place qui demandait toutes les précautions de l'esprit de calcul et toute la souplesse de l'esprit de conduite, une tête systématique, entière et

(1) Cond., Vie de T., I, 30. – C'est aussi l'upinion d'un de nos historiens conlemporains, Tn. Lavaliée : • Turgot ne connaissait pas la puissance de cet établissement (le pacte de famine) dont les comptoirs reposaient sur des ossements humains. » (Hist. de Fr., III, 493.)

(2) Corr. Métr., II, 33.

(3) Corr. Métr., I, 316. * Id., II, 38. igj « L'eineulo n'elait rien, écrivait Buffon le 12 mai à Mme Daubenton, nous sommes ici très tranquilles; » mais il ajoutait avec une pointe d'inquiétude : « Je voudr.lis cupendant un étre hors, et vous revoir. » (Corr. inéd., I, 183.)

obstinée dans ses opinions, n'était pas ce qu'il fallait » (1). Que Maurepas ait tenu ce langage, c'est très vraisemblable. Que le roi dès ce jour ait pris le parti de renvoyer Turgot, c'est impossible, Marmontel se trompait de date. Que Turgot n'ait pu rien prouver de ce qu'il avançait, c'est au moins douteux.

Mais pourquoi garda-t-il le silence? Nous adopterions volontiers à cet égard l'explication donnée par Weber. Ce jeune Allemand, frère de lait de Marie-Antoinette, et peu au courant des intrigues de France, était bien placé pour juger impartialement, et il voyait de très près la famille royale. « La clémence du roi, dit-il, voulut taire les instigateurs de cette sédition (). » C'est-à-dire que l'affaire fut étouffée par ordre de Louis XVI. Il eut peur sans doute d'avoir à frapper trop haut et à punir un trop grand nombre de coupables. Ainsi nos présomptions ne peuvent se changer en certitudes, et l'émeute de mai reste un problème sans solution, un procès toujours ouvert devant l'histoire.

(1) Marm., Mém., XII, 756.

() Web., Mém., II, 84.

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Polémique engagée au sujet de la liberté du commerce des grains

et à l'occasion de la guerre des farines. - Turgot et Necker.

(Mai et juin 1775.)

Les satires, les chansons ne furent pas épargnées à Turgot pendant la guerre des farines. On répandit secrètement une estampe représentant le ministre en cabriolet avec la duchesse d'Enville. L'abbé Baudeau, l'abbé Roubaud, Dupont de Nemours, de Vaines et autres économistes attelés à la voiture, la faisaient rouler sur des tas de blé. Mais la voiture versait bientôt, et l'on voyait un peu plus loin le contrôleur général culbuté et la duchesse jetée à terre montrant, d'une manière fort indécente, une légende avec ces mots : Liberté, liberté, liberté tout entière ().

Un ennemi des économistes écrivit les vers suivants, sous le titre de

L'EXPÉRIENCE ÉCONOMIQUE,
Un limousin, très grand réformateur,
D'un beau haras fait administrateur,
Imagina, pour enrichir le maître,
Un beau matin, de retrancher le paître
Aux animaux confiés à ses soins.
Aux étrangers il ouvre la prairie,
Des râleliers il fait ôter le foin.
Un jour n'est rien dans le cours de la vie.
Le lendemain, les chevaux affamés
Tirent la langue et dressent les oreilles.
On court à l'homme. Il répond: A merveille!
Ile y seront bientôt accoutumés.
Laissez-moi faire. On prend donc patience.
La lendemain, langueur et défaillance;
Et l'économie, en les voyant périr,
Dit : « Ils allaient se faire à l'abstinence :
» Mais on leur a conseillé de mourir
» Exprès pour nuire à mon expérience » (2).

Il parut aussi un pamphlet intitulé : La Poule au pot. Mais les mémoires du temps disent que cette brochure politique, pleine de chimère, était fort médiocre (*).

(1) Bach., Mém., VIII, 43-44. (2) Bach., Mem, VIII. 51; 24 mai 1775.

(3) Bach., Mém., VIII, 38-39.

Tandis que l'armée de Biron poursuivait les émeutiers dans toutes les directions et les dispersait, les Parisiens ne songeaient plus qu'à rire de l'événement. Les plaisants tournaient le maréchal en ridicule. Ils disaient qu'il recevait 24,000 livres par mois pour commander l'armée des miches et faire braquer les canons de l'Arsenal contre les hirondelles de la Seine. On n'appelait Turgot que «le généralissime». On chantait :

Biron, tes glorieux travaux

En dépit des cabales,
Te font passer pour un héros

Sous les piliers des halles;
De rue en rue au petit trot,

Tu chasses la farine :
Général digne de Turgot

Tu n'es qu'un Jean-Farine (1).

Comme la mode se mêle de tout, les femmes portaient des bonnets à la révolte. La popularité du roi paraissait avoir baissé : il s'en affligeait vivement, un trait surtout lui était allé au cæur. Lors de son avénement, une main inconnue avait écrit au bas de la statue d'Henri IV, sur le Pont-Neuf, ce simple mot : Resurrexit. Pendant l'émeute on l'avait biffé.

On accusa Turgot d'avoir été lui-même cause de l'émeute. Les Mémoires secrets de Bachaumont, qui ne sont souvent rien moins que favorables au ministre, recueillirent cette plaisanterie : « On a beaucoup varié sur le principe et les auteurs des émeutes. On a successivement attribué ces dernières au chancelier, à l'abbé Terray, aux Anglais, aux Jésuites, au clergé, aux gens de finance. Ceux qui ne cherchent point à raffiner, en trouvent tout bonnement la cause dans le nouveau système du gouvernement, dans les derniers arrêts du Conseil, où M. Turgot dit que le blé est cher, qu'il sera cher, et qu'il doit être cher. C'est pour résumer les divers raffinements des politiques, qu’un plaisant se moque ainsi d'eux dans les vers suivants :

(1) « On s'était moqué de lui d'une façon plus cruelle : on lui avait envoyé un avis taux et absurde que les mutins voulaient s'emparer de La Bastille et de l'Arsenal. En conséquence, il donna l'alerte à M. de Jumilhac, gouverneur du château. On fut obligé de tenir les mousquetaires sur pied durant toute la nuit (la nuit du 8 au 9); on leur fit faire des ron.les et des patrouilles autour de ces deux endroits. L'on pointa les canons, et l'on établit des dispositions formidables, comme si une armée ennemie deviil commencer le siege de ces forteresses.. Ces prerautions risibles intimidèrent le peuple, mais les ven sensés et peu credules en plaisantèrent. Elles firent quelques jours l'entretien des soupers de Paris. . (Relat. à la suite des Mém, sur Terr., 293.)

Du reste, « quoique la tranquillité de la capitale n'eût été troublée en rien depuis le jour de l'émeute, on ne s'était point relâché des signes extérieurs du danger. Les lanternes

étaient allumées longtemps avant la nuit : elles restaient allumees jusque dans le jour : elles étaient baissées, ainsi que dans les séditions, lorsqu'on craint quelques surprises..... Le service continuiit å se reinplir avec la plus grande regularite..... M. le maréchal ne crut pas même pouvoir s'absenter pour la cérémonie du sacre (qui eut lieu le 11 juin, c'est-à-dire près de quarante jours après l'emeule)..... Nombre de mirechaux de camp, un étal-major considérable, une multitude d'aides de camp, choisis dans les divers corps composant l'arınée, se rendaient sins cesse au quartier general, elablı à l'hôtel de Biron.

grossissilient la table de M. le marechal. qui touchait, pour ces frais extraordinaires, 49,0 o livres, el devait en outre en avoir 29.000 par inois. » Rel. à la s. des Mém. s. Terr.. 294.1

Les Parisiens n'avajerit donc pas tout à fait tort de so moquer de Biron. Mais était-ce la faute de Turgol si Biron était ridicule ?

Est-ce Maupeou tant abhorré
Qui nous rend le blé cher en France?
Ou bien est-ce l'abbé Terray?
Est-ce le Clergé, la Finance?
Des Jésuites est-ce vengeance?
Ou de l'Anglais un tour fallot?
Non, ce n'est point là le fin mot...
Mais voulez-vous qu'en confidence
Je vous le dise?... c'est Turgot (1).»

On ne pouvait être plus injuste envers le grand ministre. Il reçut en revanche de précieux témoignages de sympathie et d'approbation. « Au premier bruit des séditions qui prenaient les grains pour prétexte, » dit Dupont de Nemours (*), le roi de Suède (c'était le célèbre Gustave III) envoya (à Rouen) en présent au roi de France deux vaisseaux chargés de grain (10,000 sacs de seigle). Il lui écrivit de sa main, ainsi qu'à Turgot, rendant. justice à l'adıninistration du contrôleur général, et l'encourageant à persévérer (°).

Frédéric II, de son côté, écrivait à d'Alembert : « J'ai admiré la conduite de votre jeune roi que des séditions excitées par les cabales de mauvais sujets n'ont point ébranlé, et qui n'a pas cédé aux desseins pernicieux de quelques frondeurs. Ce trait de fermeté assurera à l'avenir son administration. Des gens avides de changement l'ont tâté; il leur a résisté, il a soutenu ses ministres; à présent ou ne hasardera plus de telles entreprises (). » C'est à Turgot que revenaient de droit la majeure partie de ces louanges.

Un Anglais, J. H. de Magellan, auteur d'une description des Octants et des Sextants, fit hommage de son livre à Turgot. « Quel bonheur, disait-il dans son épitre dédicatoire, ne doit pas se promettre la France sous un jeune roi qui a déjà montré le talent le plus nécessaire à un prince, celui de bien choisir ses ministres, sous un roi sourd à la brigue et qui croit à la renommée! » Et il ajoutait, en s'adressant à Turgot : « La France n'est point ma patrie; je n'y ai

(1) Bach., Mém, secr., VIII. 62.
(2) Dup. Nem., Mém., II, 73, note.

3) Vergennes, au nom de Louis XVI, répondit en ces termes :

« Versailles, 15 juillet 1775. — Monsieur mon frère, la marque d'interel que Votre Majesté me donne dans ce moment-ci m'est bien sensible. Quel que soit l'envoi de ble que vous m'en verrez, il me vaudra une plus grande quantite, venant d'un allié que j'estime autant, et dont l'amitie est aussi allentive. J'ai peur qu'on vous ait fait le mal plus grand qu'il n'était en effet: lil mauvaise récolte et le mauvais esprit de quelques 7ersonnes dont les manquvres étaient déconcertées out porte des

scélérats à venir piller quelques marchés. Les paysans, entraines pir eux et par la fausse nourelle de la diminution du pain, qu'on avait eu soin du repandre, s'y sont joints et ont eu l'insolence de venir piller les marches do Versailles et de Paris : ce qui m'a forcé de faire approcher des Troupes qui ont retubli le bon ordre sans peine. Après le deplaisir extrême que j'avais eu de ce que le peuple avait fait, j'ai eu la consolation de voir que, d'abord qu'ils ont été dietrom pés, ils ont rapporté ce qu'ils avaient pris : vec une véritable peine de ce qu'ils i Vilient fait. » (Geffroy, Gustare III et la Cour de France, II, 375.)

(4) Fred, à d'Aleinbeil, 19 juin 1775.

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