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les lois naturelles qui fixent le prix des denrées et montrait que le gouvernement n'a aucun pouvoir d'y rien changer (1).

Pidansat de Mairobert, rendant compte de la lettre aux évêques et de l'instruction pour les curés, en approuve l'intention..... « Malheureusement, ajoute-t-il, on trouve dans cet écrit des assertions absolument fausses, savoir que les marchés ont toujours été garnis; que la denrée n'a jamais été à un taux trop cher; que personne ne doit être dans le cas de manquer de pain, par les précautions que le gouvernement a prises pour occuper les pauvres dans les paroisses, en les faisant travailler, etc. (?). » - «Absolument fausses » est bientôt dit. Il faudrait d'ailleurs rapporter exactement les paroles de Turgot. Il disait : «[La sédition) n'a point été occasionnée par la rareté réelle des blés; ils ont toujours été en quantité suffisante dans les marchés (*). » Sur ce point nous pouvons invoquer un témoignage précieux. Le 9 mai, les directeurs du commerce de la province de Guienne écrivaient à Turgot, à propos des primes qu'il venait d'accorder aux navires important du blé étranger : que la récolte avait très belle apparence, et que pour cette raison il ne fallait pas compter sur des importations; trois navires seulement étaient attendus à Bordeaux (*). Ainsi les étrangers jugeaient la France suffisamment approvisionnée, et la récolte s'annonçant bien, ils n'osaient importer.

Turgot disait encore : « [La sédition] n'est pas non plus produite, par l'excès de la misère : on a vu la denrée portée à des prix plus élevés, sans que le moindre murmure se soit fait entendre (6). » Cette affirmation est confirmée d'une manière très précise par la Correspondance Métra : « [Le peuple] paie sans doute peu volontiers le pain de quatre livres 13 sols, mais il l'a payé jusqu'à 16 sols du temps de l'abbé Terray, et ne s'est point révolté, quoiqu'il n'eût pas autant confiance qu'aujourd'hui dans la bonté paternelle du roi (6). »

Quant aux ateliers de charité, Turgot avait raison de les rappeler, ne fût-ce que pour montrer le bon vouloir du gouvernement et sa sollicitude pour les malheureux. Peut-être se faisait-il toutefois quelqne illusion sur leur efficacité. C'est la seule des critiques de Mairobert qui ne soit pas absolument gratuite. Mais la misère a été de tout temps : c'est un triste héritage qu'une époque a toujours légué à une autre; on ne saurait blâmer Turgot de ne l'avoir point abolie d'un trait de plume. Il ne prétendait rien de tel du reste. Il se contentait de dire : « Les secours que Sa Majesté a fait répandre, les ateliers qu'elle a fait ouvrir dans les provinces, ceux qui sont

(1) Gud. do T. Ed. Daire. II, 192.

(2) Bach., Além. sec., VIII, 38- On se rappolle quüls sont peu lvorables a Tirgot.

(3) Euo. de T. Eu. Daire, II, 193.

(4) Arch. dép. Gir., Lett. miss., Ch. de comm., 6 registre.

5)Eude T. Ed. Daise, II, 193.
woment G) Corr. Métr., 1, 345-346; 3 mai 1775.

entretenus dans la capitale, ont diminué la cherté pour les pauvres, en leur fournissant les moyens de gagner des salaires et d'atteindre le prix du pain (1). »

Le continuateur de Bachaumont dépassait bien autrement la mesure lorsqu'il écrivait, en parlant de l'Instruction : « Cet imprimé est comme tous ceux qui sortent aujourd'hui du contrôle général, verbeu.x, sophistique, maladroit, annonçant de bonnes vues dans le ministère et fournissant des armes à ceux qui veulent les combattre (*). » Toute la première moitié de la phrase au moins était de trop. Il voyait plus clairement, il jugeait plus sainement l'impression produite sur le clergé par cet appel fait à son concours : « Le clergé est fort scandalisé qu'on fasse ainsi empiéter Sa Majesté sur ses droits, et qu'on lui attribue de donner en quelque sorte une lettre pastorale. Les évêques prétendent que M. Turgot, qu'ils regardent comme un athée, à raison de ses liaisons avec les philosophes du jour, tend insensiblement à faire le roi chef de l'Église gallicane, et conséquemment à détruire la religion. Mais ils n'osent réclamer, dans ces circonstances critiques qu'on attribue en partie au clergé, et ils attendent sans doute le temps de leur assemblée, où ils réuniront ce chef de représentation à beaucoup d'autres (). »

Brienne, consulté sur la rédaction de l'instruction aux curés, et chargé d'y mettre la dernière main, y inséra une des phrases qui la terminent : « Lorsque le peuple connaîtra quels sont les auteurs [de l'émeute], il les verra avec horreur, loin d'avoir en eux confiance; lorsqu'il en connaîtra les suites, il les craindra plus que la disette même (TM). » Cette vague menace effraya bien des gens : on y vit l'engagement formel de dévoiler tous les ressorts de la conspiration et d'en nommer les instigateurs, ce que la qualité des hommes et la nature des circonstances rendaient impossible. C'était une imprudence : on en rendit Turgot responsable. Elle contribua à envenimer la haine que lui portaient ceux dont la conscience n'était pas tranquille, et qui tremblaient de se voir désignés.

Cependant, près de deux cents personnes étaient emprisonnées depuis huit jours et on n'avait encore puni personne. « Le duc de La Vrillière écrivit de la part du roi au sieur Papillon, chef de la commission prévõtale; il lui fit des reproches au nom de Sa Majesté, lui en témoigna le mécontentement, et le menaça d'en perdre la confiance, s'il n'y répondait pas mieux. — Ce juge ne put résister à des ordres si pressants. Assisté de onze de Messieurs du Châtelet, il rendit en la chambre criminelle un jugement prévôtal qui condamnait un gazier et un perruquier chamberlan (s) à être pendus

(1) Ew. do T. En. Daire, II. 193.
(2) Bach., Mém. secr., VIII, 39.
(3) Id., 40-41.

(9) (Euo. de T. Ed. Daire, II, 196, el note de Dupont de Neniours.

(5) En chambre, etabli à son compte.

en place de Grève, pour avoir eu part à la sédition et émotion populaire arrivées le 3 mai. – Le ll, il fut élevé deux potences de 18 pieds de haut; il fut mis sur pied un grand nombre de troupes, et l'exécution fut faite avec un appareil formidable, comme s'il eût été question de quelque grand coupable. On vit cependant par le développement de la sentence, que c'étaient deux victimes immolées à la sûreté publique; on assura que les magistrats du Châtelet répugnaient à prononcer la peine de mort dans un cas aussi peu grave en lui-même et qu'ils pleurèrent en signant le jugement. Quant aux suppliciés, ils imploraient le secours du peuple, et s'écriaient qu'ils mouraient pour lui (1). »

Nous n'avons pas voulu affaiblir le récit de la « Relation historique de l'émeute », dont l'auteur est très probablement Pidansat de Mairobert, parlementaire décidé; il n'a rien négligé pour présenter sous des couleurs odieuses l'exécution de ces deux malheureux. La · justice prévõtale n'était pas une justice à ses yeux. Il n'y avait de vraie pour lui que la justice du Parlement, celle qui avait condamné Calas, Labarre, Lally, celle qui maintenait dans ses codes le supplice de la roue, l'écartèlement, la question préparatoire, le bâcher, etc. Etrange pitié que celle d'un parlementaire !

M. H. Martin, qui nous semble avoir suivi de très près la relation précitée, ajoute, sous forme de jugement: « On peut dire que leur mort (celle des deux ouvriers) fut la première application que le parti du progrès fit de ces rigueurs salutaires et de ces nécessités de salut public dont on devait faire plus tard un si terrible abus. C'est peut être le seul reproche qu'il soit permis d'adresser à Turgot (?). » Que Turgot fût alors le chef du parti du progrès, c'est incontestable; mais qu'on puisse assimiler cette exécution à celles que provoquèrent plus tard les partisans de la doctrine du salut public, Robespierre, Saint-Just, Marat, c'est aller un peu loin. La législation en vigueur en 1775 était formelle; les crimes de rébellion étaient punis de inort. La justice prévôtale était peu usitée, mais c'était une justice légale, et de droit commun. A moins qu'on ne veuille invoquer le principe philosophique de la suppression de la peine de mort, il semble difficile de blâmer Turgot d'avoir rendu

(1) Rel. hist. à la s, des Mém. 8. Terr., 270. — Il y eut d'autres victimes de l'émeute. « Les troupes du roi allaut delivrer, sur le chemin de Versailles, deux mousquetaires arrétés par les mulins, il y eut un combat à coups de fusil d'un côté, et de l'autre de pierres, ou vingi-trois paysans furent tués. » (Soulavie, Mém., Hist. ei pol. du règne de Louis XVI, II, 293.)

Uu événement moins tragique est l'arrestation de l'abbé Saury. Il avait publié, bien avant les troubles, un ouvrage contre la liberté du commerce, dans lequel il disait : « Si on se

conduit ainsi, le peuple se révoltera. » Le censeurn'avait pis aperçu cette phrase. L'abbé Saury fut arrêté et conduit à La Bastille (mai). Ou parla même de dégrader l'imprimeur (Clousier) et le libraire (Ruaull), considéres comme ses complices, pour lui avoir prété leur ministère. Ils pa vérent une forte amende el furent interdits pendant quelque temps. Saury resta deux mois en prison (jusqu'en juillet). Son livro était intitulé : Rilexions d'un citoyra sur le commerce des grains. (Corr. Métr., 1, 362; Bach., Mem. sec., VIII, 141-142 )

(2) H. Marlin, Hist. de Fr., XVI, 350.

possible cette sentence capitale. Tout au plus pourrait-on lui reprocher de n'avoir pas atteint les véritables coupables; mais était-ce à lui de les désigner, et est-ce sa faute si la justice prévõtale, à dessein peut-être, n'en trouva point d'autres ?

Ceux qui avaient formé le projet criminel d'affamer Paris et le nord (le la France, afin de renverser un ministre qu'ils détestaient; ceux qui fanatisaient un peuple aveugle et malheureux, en lui persuadant qu'il était au pouvoir du roi de régler le prix du pain; qui, pour le succès de leurs misérables intrigues, prêchaient le désordre et faisaient école de révolution, ceux-là étaient les vrais coupables, justiciables de la commission prévõtale. Mais il n'était pas au pouvoir de Turgot de les atteindre, et le roi lui-même, s'il l'eût voulu, n'aurait pu les frapper, tant était puissant l'empire des priviléges. « Rien ne

m'étonne, disait quelques jours plus tard le bailli de Mirabeau, si ce · n'est l'atrocité et la sottise de ceux qui osent apprendre à la populace quel est le secret de sa force; je ne sais où on prend la confiance qu'on arrêtera la fermentation des têtes; mais, si je ne me trompe, de pareilles émeutes ont toujours précédé les révolutions (1). »

Turgot, en cette circonstance, comme en bien d'autres, n'avait pris conseil que de son ardent amour pour le bien public. Il avait vui le commerce des blés partout entravé et sur le point d'être anéanti; la famine d'abord factice, maintenant réellement nienaçante. Il voulut conjurer le péril avant qu'il ne fût plus temps d'y porter remède. Il sut refouler dans son cour une pitié qui aurait pu tout compromettre. Il pouvait dire avec plus de justesse que Richelieu : « Severus in paucos fui ut essem omnibus bonus. » Meilleur que Richelieu, en effet, il était pourtant de la race des Richelieu.

Le jour même de l'exécution (11 mai), il sut se montrer clément : il publia une nouvelle ordonnance pour la répression des attroupements qui équivalait à une amnistie conditionnelle. Ceux qui, faisant partie d'attroupements, s'en sépareraient aussitôt après la publication de l'ordonnance, ne devaient être aucunement inquiétés, pourri qu'ils consentissent à rentrer sur-le-champ dans leur paroisse et à restituer les grains, farines ou pains qu'ils auraient pillés. Seuls, les chefs et instigateurs de la sédition étaient exemptes de toute grâce. Quant à ceux qui continueraient à s'attrouper, ils encourraient la peine de mort et seraient jugés prévõtalement (%). Le résultat de cette déclaration ne se fit pas attendre; elle rassura une foulede malheureux paysans qui s'étaient enfuis dans les bois; ils s'empressèrent de rentrer chez eux, dès qu'ils furent certains qu'en se soumettant ils ne seraient pas poursuivis.

Telle fut la guerre des farines, qui aurait pu devenir très grave

(1) Mirab., Mém., Luc. de Mont., III, X, 158.

(2) Eur. de T. EJ. Daire, II, 196.

sans l'énergie de Turgot. Qu'il y ait eu complot, on ne saurait guère en douter. Les faits aussi bien que les témoignages des contemporains sont formels sur ce point. Dupont de Nemours, Condorcet, Soulavie, les Mémoires, les Correspondances du temps, tout nous parle d'émeute préméditée, d'excitation occulte à la révolte. Un témoin fort sérieux, Sénac de Meilhan, appelle la sédition « un événement extraordinaire et dont on n'a pu découvrir le principe » (1). – « Les partisans des abus s'alarmerent, dit Weber; on souleva le peuple contre la loi qui devait le nourrir; on créa une disette factice au sein de l'abondance (?). » — « Il est certain, dit Marmontel, que le pillage des boutiques de boulangerie avait été libre et tranquille (3). » Accusation directe, on le voit, contre la police. « Nous sommes assurés, dit la Correspondance Mé:ra, que la disette du pain ni sa cherté n'ont point été la véritable source des désordres : aucun sujet honnête n'a paru y être auteur; c'est un complot formé contre le contrôleur général, et sans doute aussi contre les autres ministres (*). » Ajoutons des preuves matérielles : on arrêta au faubourg Saint-Antoine un homme bien mis qui avait sur lui 500 louis d'or. Une femme proprement mise en amazone et à cheval fut également arrêtée. On trouvait beaucoup de demi-louis d'or dans la poche des émeutiers. Un garde-chasse de Brunel de Valrocbe et un officier de gobelet du comte d'Artois, Carré (*), furent pris parmi les meneurs. Un conseiller raconta au Parlement que pendant la sédition, voyant une femme très agitée, il l'avait engagée à se retirer en lui offrant un écu pour acheter du pain; elle lui avait répondu insolemment en faisant sonner sa poche : « Va, va, nous n'avons pas besoin de ton argent, nous en avons plus que toi (6). »-« On rapportait que (un peu avant l'émeute) des inconnus à cheval avaient porté chez les fermiers des billets anonymes où on leur conseillait de garder leur blé, de ne point le vendre parce qu'il deviendrait certainement plus cher (). » On avait distribué de même avant la sédition, dans les provinces et à Paris, de faux arrêts du Conseil imprimés (R). Si l'on ajoute à ces divers détails tout ce que nous avons raconté de la marche préméditée, de

(1) Sen. de Meilh., Du Gouv., 175.
(2) Weber, Mém., II, 84.
(3) Marmontel, Aém., XII, 175.

Corr. Métr., I, 851.
(5) Ce Carré fut condamné à mort : le comte
d Artois obliot sa gráce. Ce prince, étourdi et
dissolu, qui compromit plusieurs fois la reino
par ses familiarités inconvenantes, était un
des menerirs du parti Choiseul. (Voir d'Arn.
et Gefl., Corr. Mari-Ant., passim.)

(6) Relution historique à la suite des Mémoires sur Teray. 965.

Id., 278. (8) La Currespondance Métra écrit à ce sujet : « Depuis que notre ministre a reçu des diverses provinces des exemplaires imprimés de prétendus arrêts du Conseil d'Etat qui y avaient été répandus, et par lesquels lo roi semblait,

entre autres dispositions agréables au peuple, avoir fixé le prix du ble entre 10 et 12 livres par setier, nous ne doutons plus que les dernières émeutes aient été préparées et ecritées par des personnes au dessus du peuple par leur état et leur's lumières. Le comlu D***, qui a fait un voyage a Aix-en-Provence, a rapporté l'autre jour à M. Turgot plusieurs de ces arrels imprimés, dont il lut fort remercié, et ce ministre lui dit : « Nous touchons presque déjà à la > source de la tramo odieuse qui a été ourdie » contre la tranquillité publique, et nous espé

rons tout decouvrir, quoique nous avons » appris que les instigaleurs ont employé les » plus hardis moyens pour se couvrir, ei

particulièrement celui d'avoir fait invurir » neuf ou dix agents intermédiaires. » (Corr. Métr., 1, 362.)

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