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accorda à ce titre 1,200 fr. de plus à Paulet, en se réservant seulement le droit de distribuer gratuitement son ouvrage dans les provinces (1).

L'intendant de Roussillon Clugny lui ayant appris que la maladie avait pénétré dans son département, il lui exprima tout le chagrin que lui causait cette nouvelle; et comme le conseil supérieur (3) de Perpignan avait pris sur lui d'interdire la sortie des moutons de la province, il l’en blåma énergiquement : « Les cours n'ont pas le droit de faire de pareilles défenses, qui ne peuvent être faites que par le législateur. » Cette défense était d'ailleurs absurde, car il était prouvé que l'épizootie n'attaquait que le gros bétail, et que les moutons en étaient exempts (*).

Ainsi toute la région des Pyrénées était maintenant envahie. Turgot ordonna cette fois positivement d'abattre tous les animaux reconnus malades; il prescrivit de taillader les cuirs de ces animaux de façon qu'il fût impossible d'en faire usage; il en défendit expressément le commerce, et étendit cette prohibition à tous les objets ayant servi aux bêtes malades et qui pourraient propager la contagion. Il fixa à 500 fr. l'amende dont seraient passibles les contrevenants (TM).

Cet arrêt fut bientôt complété par la mise à exécution d'un plan d'ensemble que Turgot méditait depuis un mois pour la destruction complète de l'épizootie. Il se trouve détaillé dans un mémoire qui parut le 4 février et fut adressé à tous les gouverneurs, intendants et autres administrateurs de la région envahie. On croirait lire un plan de campagne et l'exposé d'opérations militaires projetées contre une armée ennemie. Le ton est impératif. On devine que celui qui parle ainsi, saurait au besoin tenir une épée et compte des capitaines parmi ses ancêtres.

L'introduction est une sorte d'exposé des motifs et en même temps de manifeste. La maladie est incurable. Il n'y a qu'un moyen de la détruire et de prévenir l'infection du royaume tout entier, c'est de sacrifier impitoyablement tout ce qui est malade. M. Vicq d’Azyr l'a déclaré. Partout où cette mesure a été exécutée, le fléau a disparu. C'est ainsi que le Languedoc a été en grande partie préservé, grâce à

que c'est

(1) Ar·b. nat., F. 12, 151 : 10 janv. 1775.
(2) Noin donne au Parlement de la province.

(3) Id.; 28 janv. 1775. – Voici un passage du mémoire de Prulet : « Regardez comme un trompeur tout homme qui vous dira que lit maladie vient de l'air .... Regardiez comine un autre trompeur et comme votre plus cruel en nemi quiconque vous lira que la maladie n'est point contagieuse. Noubliez pas qu'on peut infecter une élable, la litière, etc., avec des souliers, après avoir foulé le sang ou les autres humeurs sorties du corps d'une bele malade: qu'un beuf, avec sa bave, infecteun påturage; qu'un prétendu guérisseur qui vient de touilier un bouf malade, s'il ne prend de précautions, porte la contagi D ailleurs; que tous ces fails ont été observés mille et mille fois, et prou

vės..... Regardcz encore comme le plus grand
des imposteurs celui vous d
un sort jeté sur vos animaux. Soyez persuadé
qu'on ne peut pas avoir une idee, ni plus
grossière, ni plus fausse, ni plus absurde, ni
plus capable de faire périr votre bétai. Voulez-
vous purifier à coup sûr vos élables, et par un
moyen bien simple et peu coûteux? Ne cessez
d'y répandre de l'eau en abondance : imitez
la nature, qui lave ainsi les pâturages ipfectés
par une pluie abondante, et puritie tout. Failes
pleuvoir de mème dans vos etables; lavez
vos animaux; lavez tout, et avez plus de
confiance en ce moyen qu'à tous les parfums,
qu'à toutes les drogues qui ne servent qu'à
cmpoisonner vos étables. •

(4) Ew.de T. Ed. Daire, II, 489; 30 janv. 1775.

la vigilance des états, au zèle du gouverneur le comte de Périgord, et de l'intendant M. de Saint-Priest. Mais ailleurs « les paysans, trompés par les fausses espérances que leur ont données les charlatans, s'obstinent à garder les animaux malades jusqu'à ce qu'ils meurent. Rien n'a pu vaincre notamment l'obstination des paysans du Condomois. » Si on laisse subsister de pareils foyers du mal, « la contagion deviendra éternelle. » Cette situation périlleuse exige des remèdes énergiques et immédiats. On a déjà établi un cordon de troupes pour circonscrire les provinces atteintes; ce cordon sanitaire sera maintenu; mais il ne suffit pas. On établira d'autres cordons intérieurs chargés d'envelopper successivement chacun des cantons envahis, en s'avançant pas à pas vers le foyer de la contagion. Ces cantons seront visités un à un par des vétérinaires accompagnés de détachements de soldats. Dans chaque paroisse, dans chaque ferme, dans chaque étable, de rigoureuses perquisitions auront lieu, et toutes les mesures prescrites par l'édit recevront leur exécution. Les bêtes malades seront abattues, après indemnité d'un tiers de la valeur payée aux propriétaires; les cuirs seront tailladés et enterrés; les locaux infectés seront purifiés. A mesure que l'un des cantons aura été ainsi purgé de tout mal, le cordon intérieur s'avancera vers le centre de la province, et le cordon extérieur se resserrant pourra s'en rapprocher à son tour.

« Il n'y a d'armes contre cette contagion que de tuer et de séparer. Il est indispensable de tuer tout ce qui est infecté, pour sauver l'État entier... Se relâcher sur cette précaution serait une condescendance funeste; ce ne serait pas céder à une juste pitié; ce serait se rendre complice de l'aveuglement d'une populace aussi ennemie d'elle-même que du bien public... Le cordon extérieur peut être composé de cavalerie : ce genre de troupes est même très avantageux pour courir après les conducteurs de bestiaux ou les marchands de cuirs qui auraient trompé la vigilance des gardes... L'infanterie est plus convenable pour les cordons intérieurs et pour les détachements chargés de désinfecter les paroisses. »

Le roi a donné les ordres pour faire marcher en Guienne toutes les troupes nécessaires. Il compte sur l'activité et le zèle des gouverneurs des provinces ou de leurs lieutenants, du comte de Périgord en Languedoc, du comte de Fumel en Guienne, du comte d'Amou en Béarn. Il les prie de concerter entre eux leur marche et leurs opérations. Il accorde un supplément de paie de deux sous aux sous-officiers et aux soldats. Il se réserve de récompenser les officiers. Il compte que dans deux mois la contagion aura complètement disparu (1).

Ce belliqueux ordre du jour d'un ministre des finances put faire

(1) Eur. de T. Ed. Dairo, II, 481.

sourire les gentilshommes chargés de réunir des régiments pour courir sus à des bêtes à cornes malades. Il n'en est pas moins vrai que la force armée pouvait seule assurer l'exécution efficace de l'édit, que les mesures ordonnées pouvaient seules détruire le mal, et que le mal était terrible et menaçant.

Pendant le mois de février, l'activité épistolaire de Turgot redoubla. Le 3, il remercie Raulin, médecin ordinaire du roi, des observations qu'il lui a envoyées sur l'épizootie. Il croit comme lui qu'il n'y a qu’un remède : tout tuer (°).

Le 7, il écrit à M. d'Agay de Mutigney, intendant d'Amiens : il a appris par l'intendant de Rouen, M. de Crosne, qu'une maladie épizootique sévit aux environs de la ville d'Eu; il appelle l'attention de M. d'Agay sur cet événement, et lui ordonne de prendre aussitôt des mesures sévères, pour empêcher la contagion de pénétrer en Picardie (?).

Le 13, il envoie et il recommande aux intendants d'Auch, Bordeaux, Montauban, Perpignan, Poitiers, La Rochelle et du Languedoc (tous les pays infectés ou menacés), la brochure de l'académicien Montigny sur l'épizootie (8).

Pendant ce temps, le mal pénétrait en Périgord à Grignols, comme le constate une ordonnance de l'intendant Esmangard, du 28 février (4). Turgot pouvait même craindre qu'il ne prît aussi naissance et ne se développât sur plusieurs points à la fois, très éloignés du principal foyer d'infection. Aussi, le 18, s'empressa-t-il d'écrire à tous les intendants qui lui avaient signalé dans leurs généralités des symptômes d'épizootie, à ceux de Paris, Rouen, Amiens, Lille, Soissons. Il les prévient que ces symptômes, étudiés par Vicq d'Azyr, paraissent à ce médecin exactement semblables à ceux de l'épizootie de Gascogne. Il ordonne la plus grande attention, envoie des brochures et des instructions. Du reste, ces épizooties locales furent rapidement étouffées, comme le prouvent des pièces ultérieures (*). Cet heureux résultat fut certainement dû en grande partie à la promptitude et à l'action énergique du contrôleur général.

Le 20, il s'adressa aux fermiers généraux. Comme il n'y avait pas assez de troupes pour établir partout des cordons sanitaires suffisants, il avait songé à utiliser les brigades des employés des fermes, au moins dans la généralité de Bayonne, qui était la plus éprouvée. Ces brigades furent mises à la disposition des commandants militaires de la province. Un essai de ce genre avait déjà réussi sur les bords de la Bidassoa (6).

Le même jour, Bouvard de Fourqueux, qui venait d'être nommé

(1) Arch. nat., F. 12, 151.
(2) 1 .
(3) Id.

(+) Arch, đẹp. Gir., C. 64.
(5) Arch. nat., F. 12, 151.
0 Id.

intendant des finances adjoint (par adjonction à son beau-père Trudaine), vint remercier le roi et prendre congé de lui. Il avait été désigné par Turgot pour accompagner dans sa province, sur le théâtre de l'épizootie, le comte de Noailles, lieutenant-général de la basse Guienne (). Nous n'avons malheureusement aucun des rapports que Fourqueux put adresser au ministre.

Le 22, Turzot écrivit au ministre Vergennes. Les républiques de Berne et de Genève, redoutant l'introduction du fléau dans leurs territoires, avaient interdit l'importation des cuirs verts français. Cette prohibition portait une grave atteinte à notre commerce. Turgot pria Vergennes d'adresser à ce sujet des représentations aux deux républiques. Toutes les précautions étant prises pour l'ensevelissement et la destruction des cuirs infectés, il ne pensait pas que le commerce des cuirs verts pût offrir le moindre danger (*). Cette déclaration était sincère assurément; il faut avouer toutefois que la prudence helvétique avait bien sa raison d'être.

Le premier président d’Aligre avait informé Turgot qu'un médecin hollandais établi à Saintes venait de découvrir un remède contre l'épizootie. Turgot, après examen, déclara que le fait ne lui paraissait pas suffisamment constaté, et il répéta au magistrat ce qu'il ne cessait de dire et d'écrire à tout le monde depuis le mois de janvier: le seul moyen d'en finir est de sacrifier tous les animaux malades ().

L'intendant de La Rochelle, Montyon, lui annonça de son côté qu'un médecin, Barjolin, croyait avoir trouvé un remède efficace. « Je le connais particulièrement, » répondit Turgot, en parlant du médecin, et il autorisa l'intendant à expérimenter le remède; mais il conclut en recommandant l'exécution ponctuelle des ordonnances et le massacre de toutes les bêtes infectées (1).

L'emploi de ce système énergique ne tarda pas à produire de bons résultats. La maladie disparaissait rapidement. Le 14 mars, Turgot écrivit à Vergennes de nouveau, lui proposant cette fois de prendre des précautions pour empêcher que l'épizootie, presque éteinte en France, ne revînt par l'étranger. Il craignait surtout qu'elle ne rentrật chez nous par l'Espagne, par la province de Guipuzcoa (5).

Cependant, en avril, tout n'était pas encore fini. Le 4, Turgot écrivit à l'intendant d’Auch, Journet ©), pour se plaindre que les indemnités accordées aux paysans ne leur fussent pas exactement payées. Dans le bas Armagnac notamment, ils n'avaient pas reçu « un sol ». Cette négligence, disait-il, était d'un effet déplorable dans

(1) Merc, de Fr., mars 1775.
2) Arch. nat., F. 12, 151; 22 fév. 1775.
(3) Id.: 6 mars 1775.
(6) Id.: 1) mars 1775.

Id.;14 mars 1775.
(6) L'edit qui partagea l'inici dance de

Bayonne entre celle d'Auch et celle de Bordeux est du mois de janvier 1773). La plus granie partie du déparlement de Bayonne fut reunie a celui d'Auchi, don! Jouruet elait intendant. (Anc. 1. f*.,'XXIII, 138. - Duu. Nuin., Mém., VII, 168.)

les campagnes; elle compromettait le succès des opérations entreprises par le gouvernement : il ordonnait donc de payer aussitôt (1).

L'introduction des bestiaux provenant des pays infectés dans les pays restés sains, était très difficile à empêcher; il fallut plusieurs fois emprisonner les récalcitrants. Comme le Conseil s'était réservé la connaissance de tous les faits concernant l'épizootie, et que les cours de justice n'avaient pas le droit de s'en occuper, les emprisonnements avaient lieu par une simple décision de l'intendant, confirmée ensuite par un ordre royal. Nous n'avons trouvé aucun ordre de ce genre expédié par Turgot : ils étaient sans doute du ressort du ministre Bertin ().

Lorsque tout semblait fini, le mal se réveilla dans le Condomois. L'intendant Esmangard s'y transporta aussitôt et y rendit de nouvelles ordonnances pour remettre en vigueur les arrêts précédents. Ces ordonnances, concernant la déclaration des animaux malades, la visite des experts, etc., furent affichées à Condom et à Nérac vers le milieu d'avril (). Il fallut aussi interdire les foires et marchés à bestiaux dans les subdélégations de Bayonne, Dax, Saint-Sever et Mont-de-Marsan (1), et prescrire aux acheteurs de se munir de certificats ().

En Languedoc, l'épizootie avait disparu. Dans le nord de la France, il n'en était plus question. Elle ne subsistait que dans quelques cantons de la Gascogne, et il est probable que sans l'incurie de certains employés et le mauvais vouloir des populations, tout eût été fini depuis fort longtemps. Le 12 mai, Turgot se plaignait à l'intendant Journet que les habitants du Bigorre n'eussent pas encore touché le montant de leurs indemnités (6).

Mais comment obtenir des fonctionnaires une prompte obéissance et un zèle assidu, lorsque tous les ordres partaient de Paris et qu'ils inettaient au moins huit ou dix jours pour arriver jusqu'aux provinces atteintes? Comment tout savoir, tout prévoir, tout diriger? Un Turgot même n'avait-il pas hésité quatre longs mois avant de prendre un parti décisif? Comment, en outre, persuader aux paysans que ces ordonnances qui exterminaient leur bétail étaient faites pour eux et non contre eux, qu'elles étaient inspirées par le désir le plus sincère de protéger leurs intérêts et non par un vain esprit de tracasserie? L'éducation du peuple était-elle faite? La prévention et les préjugés ne rendaient-ils pas impuissantes les lois les plus sages ? Les meilleurs présents du pouvoir n'étaient-ils pas suspects?

Aussi n'en avons-nous pas fini avec l'épizootie (V).

(1) Arch. nat., F. 12, 131; 4 avril 1776.

(2) V. Pièc. just. 1° 2) une lettre de Berlin à ce sujel.

(3) Arch, dép. Gir., C. 4 et C. 64.

(6) Arch. dép. Gir., C. 4 et C. 64.
15) Id.
16) Arch. nat., F. 12, 151 ; 12 mai 1773.
(7) V. liv. II, chap. xv, ei liv. III, chap. XIII.

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