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Assuréinent un Auteur de Projet qui débute ainsi, n'est point un enthousiaste 3 c'est un homme froid & sans pallion ; & quand d'ailleurs la matière dont il traite est intéressante, les connoisseurs lui doivent, ou des objections, ou leur approbation.

L'Auteur termine son Ouvrage comine on devroit toujours finir les Projets de bien public, par donner le plan de la Loi qu'il propose : voici comment il s'explique sur ce point.

» On m'a conseillé, pour ne rien laisser » à désirer sur une matière auffi intéres

sante , de rédiger moi-même, en forme » de Loi, toutes les dispositions par lef

quelles je pensois que le Roi pourroit » assurer l'exécution de mon plan, & de le

présenter dans cette forme à mes Lec» teurs. Rien ne sera si facile que de juger » sainement du mérite ou du désavantage » de mon Projet , & de l'attaquer par les

parties qui paroîtroient inexécutables ou dangereuses «.

Tels sont la bonne foi & le désintéressement personnel avec lesquels M. Bourdon Desplanches cherche à éclairer la religion de fes Juges , & sollicite lui-même les objections.

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SPECTACLES.

COMÉDIE ITALIENN É.

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A première représentation des deux rénades ayant été donnée le même jour que celle des Réputations , le Rédacteur de ces articles n'a pu assister qu'à l'une des deux & il a donné la préférence à l'Ouvrage qui lui a semblé devoir être le plus intéressant. Une indisposition de Mademoiselle Renaud l'ainée, ayant retardé jusqu'au 4 Février la seconde représentation des deux Sérénades, il ne lui a pas été possible de rendre compte d'une Pièce qu'il ne connoissoit que sur le rapport d'autrui; voilà pourquoi le compte de cette Comédie, promis pour le dernier Mercure , ne paroît que dans celui-ci.

Un vieillard entiché, comme le font presque tous les vieux Tuteurs de Comédie , du péché d'avarice, a pour pupille une jeune personne très-aimable & assez riche, qu'il a promise en mariage à un de ses arnis à peu-près du même âge que lui. Il le préfère à un jeune homme fait pour plaire, qui n'est pas moins amoureux qu'il n'est aimé de la pupille ; & la raison de cette préférence est fondée sur la facilité

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que doit trouver le Tuteur à ne rendre, que comme il lui conviendia, compte des biens dont il a été l'administrateur. Le jeune amant mer dans ses intérêts une Soubrette complaisante & un Valet intrigant, par le secours desquels il se propole d'enlever sa maîtreffe. Le Tureur, iristruit du projet, se promet de tirer avantage de la découverte. il passe chez son Noraire, y fait dreiler un contrat de mariage , le signe d'avance, & conseille à fon ami de venir le soir donner une sérénade à sa pupille, de profiter du moment pour la conduire chez le Notaire & pour y signer avec elle le contrat de mariage préparé. Pendant que le vieillard fait ses dispositions, le jeune amant se présente, donne lui même une sérén ide, s'empare de la jeune personne, & se retire avec elle.Le Tuteur ne doute pas que l'enlèvement ne se fasse par son vieux coinplice, & lorfque celui-ci vient en effet donner la sérénade, persuadé qu il est que cette seconde sérénade est donnée par le jeune homme dont il a voulu détourner les projets, il rit , il raille , il persifle. Cuelle est la surprise quand il voit revenir ensemble les deux jeunes amans, quand il apprend qu'ils viennent de s'unir aux termes de ce même contrar qu'il avoit figné d'avance, & qu'il s’apperçoit que l'objer de ses railleries n'est autre que le confident de son avarice & de ses projets de fpoliation ! Il ne lui reste qu'un parti à prendre pour adoucir les esprits, ce

teurs les

lui d'unir les deux jeunes gens; il le prend, & il consent volontiers à leur hymen.

Il y a fi long - temps que l'avarice & la jalousie des Tuteurs, le ridicule amour des vieillards, les complaisances des Soubrettes, les intrigues des Valets , les ruses des jeunes amans, & l'imbécillité de leurs persécuteurs, font la matière de la plupart de nos Opéras Comiques , qu'il est étonnant que nos Au

employent encore comme les principaux rellorts de leurs Ouvrages ; ce qui ne l'est pas inoiirs, c'est que ces ressorts si usés, si vieux, fi rebatius, par conséquent fi généralement connus, soient encore agréables à la plus grande partie de nos Spectateurs. On ne sçauroit exiger sans injustice qu'un Auteur d'Opéras Comiques imaginat des intrigues dont la complication ne pus être débrouillée que par de longs détails ni qu'il exposât des caractères qui eussent besoin de développemens très étendus, pour se faire bien connoître. La nécessité de tendre toujours à l'effet , d'amener rapidement des situations piquantes; les sacrifices que le Poëte est obligé de faire sans cesse au Musicien, tout arrête & circonscrit l'Opéra Comique dans de certaines bornes dont il lui est difficile de s'écarter : mais rien n'autorise les Ecrivains 'qui se livreut à ce genre de Littérature Dramatique, à diviser & subdiviser fins celle les nuances des mêmes caractères, & à nous présentes

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chacun à leur tour, le même thême fait à leur inanière , après qu'il a déjà été fait de cent façons différentes. Quelque borné quelque étroit que soit un genre, on peut l'agrandir par les ressources de l'imagination en se soumettant avec goût & avec adresse aux règles des bienséances, de la raison & de la vraisemblance. C'est en quittant les sentiers battus, en inventant de nouveaux ressorts, que l'on peut acquérir dans l'Opéra Comique même, genre beau. coup plus dédaigné qu'il n'est facile , sinon de la gloire , au moins le renom d'un efprit souple, inventif, délicat, & judicieux.

Nous avons cru devoir mettre ces observations fous les yeux de l'Auteur des deux Sérénades ( M. Goulard ). Si l'intrigue de sa Pièce ressemble , par le fonds, à un grand nombre d'intrigues déjà connues, elle en diffère par quclques incidens heureux, plaisans, & même comiques; le style de son Ouvrage est spirituel, vif, piquant ; son dialogue est pressant, rapide, coupé avec grace & intelligence : enfin ce qu'il a mis de gaîté dans les situations & d'adrelle dans la manière de les amener, annonce un esprit très-supérieur à son sujet, & même à son Ouvrage. Nous invitons danc M. Goulard à profiter de nos observations, s'il croit qu'elles puillent ne lui pas être inutiles, & à devenir plus difficile sur le choix de ses sujets, s'il con

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