صور الصفحة
PDF
النشر الإلكتروني

monique, qui se fait porter en chaise, en robe de chambre & en bonner de nuit chez Dorville , pour adorer Alétha. Voici le difcours ridiculement éloquent qu'il lui tient :

[ocr errors]

Avant d'être perclus des jambes & des bras,
Monsieur , j'ai cinquante ans suivi nos Opéras ,
Sans qu'on m'ait yu jamais désemparer ma place :
Vent, soleil, ou froidure, ou canicule, ou glace,
Affaires , embarras, Monsieur, rien n'y faisoit;
J'étois-là pour fiffler ce qu'on applaudifloit.
J'aime exclusivement le chant de l'Italic;
Du Florentin Lulli je sens la mélodie
Sa lyrique boutade échauffe mes esprits;
Je pourrois, sans mon asthme, encor chanter Atis,
Hélas ! j'ai vu pafler de inode ces merveilles;
Ce qui leur succéda m'assourdit les oreilles,
Et cette nouveauté ine mit presque au tombeau ;
Ma toux date du jour ou l'on goûta Rameau.
Des Bouffons contre lui j'embrassai la défense;
Je retrouvois en eux ce bon goût de Florence :
Oui, leurs farces tenoient du tragique Lulli,
Bon Dieu ! j'ai va partir le diyin Manelli;
Ce grand homme, par moi mis dans la Diligence,
Emportoit avec lui le bon goût de la France.
Aujourd'hui, c'est bien pis ; l'Allemagne vers nous,
Que dis-je, l'Allemagne ? eh ! l'Enfer en courroux
A député naguère un fol Energumène ,
Braillard usurpateur de la lyrique scènç,
Tudomele.....,

Un premier mérite du Faux Noble , seconde Comédie de ce recueil, est de n'être point du tout le Bourgeois Gentilhomme, quoique le travers de l'un & de l'autre prenne la source dans la même vanité. Le Marquis de Saincenne, faux Noble, dont le vrai nom est Du Creux, & qui a été Rat-de-cave à Beziers, a payé bien cher une fausse généalogie ; il s'est enté sur les Saincennes, du consentement d'un vrai Baron de Saincenne, homme vil, qui, pour de l'argent, a consenti à tout , d'ailleurs malin, caustique, toujours prêt à révéler, par indiscrétion & par malignité, le secret auquel il s'est obligé par avarice. Ce n'est qu'à prix d'argent que le Marquis de Saincenne le retient dans ses terres, & l'empêche de venir à Paris déconcerter, par les dangereux farcasmes, tout l'étalage de grandeur que le Marquis affecte. La moralité de cerre Pièce consiste à montrer le Marquis toujours contrarié dans la vanité, tou. jours confondu dans ses projets, toujours humilié dans les tristes grandeurs, toujours puni de la fourberie. Il a un fils vertueux & modeste, qui croit à l'égalité des honmes , qui aime & veut épouser son égale; & ne cherche de distinctions que celles de l'honneur & des vertus. Il se croit Noble & n'en est pas plus vain, & fa inodestie contrarie en tout l'ambition de son père. Aurélie , seur du Comte , que le Marquis a faire Chanoinelle, est en tout l'opposé de

son frère ; elle pousse la manie du Marquis encore plus loin que le Marquis même; ce qui seinbleroit devoir consoler celui-ci, & le contrarie encore , parce que n'ayant plus allez de fortune pour faire la file Duchelle, comme il se l'étoit proposé d'abord, & marier en même temps son fils à la fille d'un Duc , l'amour de son nom le détermine en faveur de son fils, & lui fait sacrifier sa fille. Le Duc d'Alfort, qui consent à s'allier avec lui, est un grand Seigneur ruiné, sans principes, sans honneur, d'un caractère vil , qui vend sa fille au Marquis pour son fils. Ce sont deux vices ridicules, qui, par un besoin mutuel, fe recherchent l'un l'autre. » Ce tableau, dit M. de Chabanon, "présente un contrafte » assez singulier. C'est avec hauteur que » l'homme de qualité s'abaisse ; c'est avec

humilité que le faux Noble s'élève. Deux » vices qui traitent ensemble pourroient

sans doute traiter de niveau ; mais la

préséance des rangs, ridicule en cette » circonstance, constitue noble l'un de ces

vices, & laisse l'autre dans l'humiliation » de la roture “.

M. de Chabanon a parfaitement observé ces nuances dans l'exécution; & c'est dans ce genre une excellente Scène

que vième du second Acte , où le Duc apprenant par

par son Intendant, que Saincenne eft rorurier & a été Rat-de-cave, & Saincenne apprenant par fon Généalogiste , que le

[ocr errors]
[ocr errors]

la nen

Duc est ruiné, ils n'en sont l'un & l'autre que plus affermis dans leur résolution de s'ailier ensemble ; c'est encore une excellente Scène que celle cù le Duc & le Marquis sachant que tout elt découvert, l'un sur son origine, l'autre sur le mauvais état de sa fortune, s'attendent de part & d'autre à une rupture qu'ils craignent tous les deux également, prononcent en bégayant ce mot de rupture , & finissent procher, parce que c'est le væu secret de tous deux.

La scène où le Comte désabusé sur fa naillance, avoue au Duc qu'il est roturier, & où le Duc lui foutient qu'il est Gentil. homme, est aussi du plus excellent comi

que, & le Marquis, qui se fentant appuyé - par le Duc , survient & soutient ausli air

Comte qu'il est Gentilhomme, après lui avoir fait l'aveu de la roture, core le comique de la situation. En général cette Pièce a le double mérite d'être extrêinement simple & en même temps très - féconde en situations toujours fortes & toujours variées. Toutes les forfanteries du Marquis lui tournent mal. Il achète d'un Tapillier , de vieux portraits pour orner la galerie à titre de Héros de la Maifon de Saincenne, & le Tapillier vient devant tout le moade revendiquer le portrait de son père Boniface Dimanche, déjà métaimorphosé en Célar-Timoléon de Saineenne, & orné d'un casque & d'une ar.

fortifie en

mure ; mais pour achever le Marquis, le fatal Baron arrive, & perce continuellement le Marquis de les traits équivoques & malins , sur leur prétendue parenté, sur l'usurpation du Marquis, sur l'obscurité de son origine ; le Marquis eft d'abord le seul qui l'entende parfaitement, mais il tremble que les autres ne parviennent à l'entendre ; il est toujours dans la crainte, & roujours en danger; d'ailleurs le Baron, qui ne peut se taire, finit par tout révéler.

Dans cette même Pièce, où le vis comica est ce qui domine, il y a des Scènes trèstouchantes ; un personnage presque épisodique, mais lié habilement au sujet, Hortense, cousine & maîtresse du Comte, acil pas ce qu'il y a de moins piquant ni de moins nouveau dans la pièce. Le Comte, que le caractère de son père & de sa soeur afflige, & rend, pour ainsi dire, étranger chez lui, a besoin de confolation & d'épanchement : il a besoin d'aimer, il aime Hortenfe; mais il ne trouve en elle depuis un temps, que des airs évaporés, un ton léger & frivole, du persilage ; il croit l'avoir vue différente autrefois, fans quoi il ne l'auroit point aimée ; il s'étonne & s'afflige encore plus : De ma position si triste & fi cruelle , Seule elle m'auroit fait fupporter la rigueur ; Je fens que je n'ai plus ou reposer mon cæur.

« السابقةمتابعة »