Extraits des moralistes (XVIIe, XVIIIe, XIXe sicles): publis avec un avertissement, des notices et des notes

Hachette, 1897 - 671
 

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4 - Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature? Un nant l'gard de l'infini, un tout l'gard du nant, un milieu entre rien et tout.
27 - Tous les corps, le firmament, les toiles, la terre et ses royaumes, ne valent pas le moindre des esprits ; car il connat tout cela, et soi ; et les corps, rien. Tous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charit; cela est d'un ordre infiniment plus lev.
71 - L'immortalit de l'me est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondment, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour tre dans l'indiffrence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et nos penses doivent prendre des routes si diffrentes, selon qu'il y aura des biens ternels esprer ou non , qu'il est impossible de faire une dmarche avec sens et juge^ ment qu'en la rglant par la vue de ce point qui doit tre notre dernier objet.
3 - Qu'un ciron lui offre dans la petitesse de son corps des parties incomparablement plus petites, des jambes avec des jointures, des veines dans ces jambes, du sang dans ces veines, des humeurs dans ce sang, des gouttes dans ces humeurs, des...
196 - L'homme n'est qu'un roseau le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'craser. Une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. Mais quand l'univers l'craserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue , parce qu'il sait qu'il meurt ; et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien.
243 - Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et cleste voix ; guide assur d'un tre ignorant et born, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable Dieu ! c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralit de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m'lve au-dessus des btes, que le triste privilge de m'garer d'erreurs en erreurs l'aide d'un entendement sans rgle et d'une raison sans principe.
536 - Une nation est une me, un principe spirituel. Deux choses qui, vrai dire, n'en font qu'une, constituent cette me, ce principe spirituel. L'une est dans le pass, l'autre dans le prsent. L'une est la possession en commun d'un riche legs de souvenirs; l'autre est le consentement actuel, le dsir de vivre ensemble, la volont de continuer faire valoir l'hritage qu'on a reu indivis.
549 - Trouver une forme d'association qui dfende et protge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ, et par laquelle chacun, s'unissant tous, n'obisse pourtant qu' lui-mme et reste aussi libre .qu'auparavant.
2 - C'est une sphre infinie dont le centre est partout, la circonfrence nulle part. Enfin c'est le plus grand caractre sensible de la toute-puissance de Dieu , que notre imagination se perde dans cette pense.
1 - Que l'homme contemple donc la Nature entire dans sa haute et pleine majest; qu'il, loigne sa vue des objets bas qui l'environnent ; qu'il regarde cette clatante lumire mise comme une lampe ternelle...