Le Monte-Cristo, 1

Imprimerie de E. Brire et ce., 1857
 

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300 - Les clous du Golgotha te soutiennent peine ; Sous ton divin tombeau le sol s'est drob : Ta gloire est morte, Christ ! et sur nos croix d'bne Ton cadavre cleste en poussire est tomb...
300 - Du plus pur de ton sang tu l'avais rajeunie; Jsus, ce que tu fis, qui jamais le fera? Nous, vieillards ns d'hier, qui nous rajeunira? Nous sommes aussi vieux qu'au jour de ta naissance. Nous attendons autant, nous avons plus perdu. Plus livide et plus froid, dans son cercueil immense Pour la seconde fois Lazare est tendu.
301 - Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-il encor sur tes os dcharns? Ton sicle tait, dit-on, trop jeune pour te lire; Le ntre doit te plaire, et tes hommes sont ns.
300 - Regrettez-vous le temps o d'un sicle barbare Naquit un sicle d'or, plus fertile et plus beau ? O le vieil univers fendit avec Lazare De son front rajeuni la pierre du tombeau...
273 - ... du dsespoir. Se railler de la gloire, de la religion, de l'amour, de tout au monde, est une grande consolation pour ceux qui ne savent que faire; ils se moquent par l d'eux-mmes et se donnent raison tout en se faisant la leon. Et puis, il est doux de se croire malheureux, lorsqu'on n'est que vide et ennuy. La dbauche, en outre, premire conclusion des principes de mort, est une terrible meule de pressoir lorsqu'il s'agit de s'nerver. En sorte que les riches se disaient : II n'ya...
300 - Je ne crois pas, Christ !' ta parole sainte : Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux. D'un sicle sans espoir nat un sicle sans crainte; Les comtes du ntre ont dpeupl les cieux.
288 - Il va semant partout et prodiguant sa vie : Dsir, crainte, colre, inquitude, ennui, Tout passe et disparat, tout est fantme en lui. Son misrable cur est fait de telle sorte, Qu'il faut incessamment qu'une ruine en sorte; Que la mort soit son terme, il ne l'ignore pas, Et, marchant la mort, il meurt chaque pas.
288 - O pote ! il est dur que la nature humaine, Qui marche pas compts vers une fin certaine, Doive encor s'y traner en portant une croix, Et qu'il faille ici-bas mourir plus d'une fois. Car de quel autre nom peut s'appeler sur terre Cette ncessit de changer de misre, Qui nous fait, jour et nuit, tout prendre et tout quitter, Si bien que notre temps se passe convoiter ? Ne sont-ce pas des morts, et des morts effroyables* Que tant de changements d'tres si variables, Qui se disent toujours...
271 - ... des sicles de l'absolutisme; devant eux, l'aurore d'un immense horizon, les premires clarts de l'avenir; et entre ces deux mondes... quelque chose de semblable l'Ocan qui spare le vieux continent de la jeune Amrique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traverse de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur; le sicle prsent, en un mot, qui spare le pass de l'avenir,...
304 - Je ne puis ; malgr moi l'infini me tourmente. Je n'y saurais songer sans crainte et sans espoir ; Et, quoi qu'on en ait dit, ma raison s'pouvante De ne pas le comprendre, et pourtant de le voir. Qu'est-ce donc que ce monde, et qu'y venons-nous faire, Si, pour qu'on vive en paix, il faut voiler les cieux ? Passer comme un troupeau les yeux fixs terre, Et renier le reste, est-ce donc tre heureux ? Non, c'est cesser d'tre homme et dgrader son me.