Oeuvres compltes de J. J. Rousseau: mises dans un nouvel ordre, avec des notes historiques et des claircissements

P. Dupont, 1824
 

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21 - L'homme est un , je l'avoue ; mais l'homme modifi par les religions , par les gouvernements , par les lois , par les coutumes , par les prjugs , par les climats , devient si diffrent de lui-mme , qu'il ne faut plus chercher parmi nous ce qui est bon aux hommes en gnral , mais ce qui leur est bon dans tel temps ou dans tel pays.
51 - ... contents de tout le monde, parce qu'ils ne se soucient de personne; qui, autour d'une bonne table, soutiennent qu'il n'est pas vrai que le peuple ait faim; qui, le gousset bien garni, trouvent fort mauvais qu'on dclame en faveur des pauvres...
47 - C'est un grand vice d'tre avare et de prter usure ; mais n'en est-ce pas un plus grand encore un fils de voler son pre, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches et, quand ce pre irrit lui donne sa maldiction, de rpondre d'un air goguenard qu'il n'a que faire de ses dons...
102 - ... calomniateur, qu'il est civil, humain, poli quand il sait se battre ; que le mensonge se change en vrit, que le vol devient lgitime, la perfidie honnte, l'infidlit louable, sitt qu'on soutient tout cela le fer la main ; qu'un affront est toujours bien rpar par un coup d'pe, et qu'on n'a jamais tort avec un homme pourvu qu'on le tue.
265 - Quant moi, dt-on me traiter de mchant encore pour oser soutenir que l'homme est n bon, je le pense et crois l'avoir prouv: la source de l'intrt qui nous attache ce qui est -honnte, et nous inspire de l'aversion pour le mal, est en nous et non dans les pices.
176 - MAIS quels seront enfin les objets de ces Spectacles ? Qu'y montrera-t-on ? Rien, si l'on veut. Avec la libert, partout o rgne l'affluence, le bientre y rgne aussi. Plantez au milieu d'une place un piquet couronn de fleurs, rassemblez-y le peuple, et vous aurez une fte. Faites mieux encore : donnez les spectateurs en spectacle ; rendez-les acteurs eux-mmes ; faites que chacun se voie et s'aime dans les autres, afin que tous en soient mieux unis.
446 - En effet, comment nous laissons-nous mouvoir la piti, si ce n'est en nous transportant hors de nous et nous identifiant avec l'animal souffrant, en quittant, pour ainsi dire, notre tre pour prendre le sien ? Nous ne souffrons qu'autant que nous jugeons qu'il souffre; ce n'est pas dans nous, c'est dans lui que nous souffrons.
482 - J'ai vu ce fameux clavecin sur lequel on prtendoit faire de la musique avec des couleurs; c'toit bien mal connotre les oprations de la nature, de ne pas voir que l'effet des couleurs est dans leur permanence, et celui des sons dans leur succession.
111 - Qu'est-ce que la profession du comdien? Un mtier par lequel il se donne en reprsentation pour de l'argent, se soumet l'ignominie et aux affronts qu'on achte le droit de lui faire, et met publiquement sa personne en vente. J'adjure tout homme sincre de dire s'il ne sent pas au fond de son me qu'il ya dans ce trafic de soimme quelque chose de servile et de bas.
435 - L'criture, qui semble devoir fixer la langue, est prcisment ce qui l'altre; elle n'en change pas les mots, mais le gnie; elle substitue l'exactitude l'expression. L'on rend ses sentimens quand on parle , et ses ides quand on crit.