Les Potes Franais Du XIXe Sicle

Camille Fontaine
W.R. Jenkins, 1889 - 402
 

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193 - J'ai perdu jusqu' la fiert Qui faisait croire mon gnie. Quand j'ai connu la Vrit, J'ai cru que c'tait une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en tais dj dgot . Et pourtant elle est ternelle, Et ceux qui se sont passs d'elle Ici-bas ont tout ignor. Dieu parle, il faut qu'on lui rponde Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleur.
48 - Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en> silence, On n'entendait au loin sur l'onde et sous les cieux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux.
48 - Des plus beaux de nos jours ! " Assez de malheureux ici-bas vous implorent : Coulez, coulez pour eux ; Prenez avec leurs jours les soins qui les dvorent ; Oubliez les heureux. " Mais je demande en vain quelques moments encore, Le temps m'chappe et fuit : Je dis cette nuit : " Sois plus lente " ; et l'aurore Va dissiper la nuit.
178 - S'il ne te faut, ma sur chrie, Qu'un baiser d'une lvre amie Et qu'une larme de mes yeux, Je te les donnerai sans peine; De nos amours qu'il te souvienne, Si tu remontes dans les cieux. Je ne chante ni l'esprance, Ni la gloire, ni le bonheur, Hlas ! pas mme la souffrance. La bouche garde le silence Pour couter parler le cur.
139 - L'ombre tait nuptiale, auguste et solennelle; Les anges y volaient sans doute obscurment, Car on voyait passer dans la nuit, par moment, Quelque chose de bleu qui paraissait une aile. La respiration de Booz qui dormait, Se mlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.
238 - Souvent, pour s'amuser, les hommes d'quipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers. A peine les ont-ils dposs sur les planches, Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traner ct d'eux. Ce voyageur ail, comme il est gauche et veule! Lui, nagure si beau, qu'il est comique et laid!
191 - Je ne crois pas, Christ ! ta parole sainte. Je suis venu trop tard dans un monde trop vieux. D'un sicle sans espoir nat un sicle sans crainte ; Les comtes du ntre ont dpeupl les cieux.
24 - Mais, vers la solitaire alle, Si mon amante chevele Venait pleurer quand le jour fuit.. Éveille par ton lger bruit Mon ombre un instant console ! > II dit, s'loigne... et sans retour !... La dernire feuille qui tombe A signal son dernier jour. Sous le chne on creusa sa tombe... Mais son amante ne vint pas Visiter la pierre isole, Et le ptre de la valle Troubla seul du bruit de ses pas Le silence du mausole.
127 - Il neigeait. Les blesss s'abritaient dans le ventre Des chevaux morts; au seuil des bivouacs dsols On voyait des clairons leur poste gels, Rests debout, en selle et muets, blancs de givre, Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre.
50 - Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux, Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages Qui pendent sur tes eaux ! Qu'il soit dans le zphyr qui frmit et qui passe, Dans les bruits de tes bords par tes bords rpts, Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface De ses molles clarts ! Que le vent qui gmit, le roseau qui soupire, Que les parfums lgers de ton air embaum, Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, Tout dise :