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simplement : « Vous voyez que j'ai remis mon pistolet, Monsieur! » Et aussitôt il se retira un peu plus loin avec quelques personnes qui restèrent auprès de lui.

La position des témoins devenait très-épineuse. La nature de cette affaire aussi malheureuse qu'atroce; les lois terribles du combat, mais immuables et formelles, puisqu'elles étaient l'accord des mutuelles volontés des combattants; toute cette horrible réunion ne pouvait être au premier moment qu'un chaos imposant; mais il fallait prendre un parti. Un des témoins, s'adressant à M. de Ménil-Durand, lui disait : « Votre combat n'est » pas fini; et, selon les lois dont nous sommes les garants, nous » devons nous retirer. » --- « Si cela est, répondit-il, si vous l'or» donnez, éloignez-vous! Que M. de Barras m'apporte un pis» tolet sur la tête et ne me manque pas; mais pouvez-vous or» donner un assassinat? »

La délicatesse des témoins et tous les sentiments de l'humanité les faisaient hésiter sur les dernières clauses du combat, et ils s'occupaient à l'écart de cet objet important, lorsque le chirurgien, qui n'avait pas quitté M. de Ménil-Durand, vint leur dire de sa part : « Messieurs, M. de Ménil-Durand se plaint que » vous l'abandonnez; il désirerait que quelqu'un vint auprès » de lui. »

On se rapprocha effectivement. Le même témoin vint encore lui répéter : « Le devoir exige que nous nous éloignons. » Alors il s'écria en frissonnant et joignant les mains : « Quoi! Mes. >> sieurs, vous m'abandonnez; vous souffririez un assassinat? » Quel rôle jouerai-je donc ici? Ma vie est plus nécessaire à » M. de Barras que ma mort. Qu'on me rhabille et qu'on me » remmène ! »

Dans ce moment d'indécision et d'effervescence, on parla d'une nouvelle composition de combat que M. de Ménil-Durand accepta; mais tout le monde la jugeant aussitôt tout à fait hors de sens et de toute équité, elle fut à l'instant rejetée. Cet incident inattendu fit renaître l'espérance de pouvoir arrêter toutes les suites de cette affaire et l'empêcher de causer de nouveaux malheurs. Les propositions commencèrent à circuler; tout le monde était réuni, et il fallait un arrangement immuable. M, de

Barras attendait l'issue de cette délibération, saus donner d'autres marques des effets de sa position que les regrets de la plus extrême sensibilité sur la perte de son ami. Deux des témoins ne tardèrent pas à le joindre et à lui porter les premières propositions d'arrangement. Elles se continuaient aussi du côté de M. de Ménil-Durand, en y joignant toute l'énergie que, malgré l'embarras de cette circonstance, elle donnait à toute les idées ; et si en appelant à lui, malgré les lois du combat, il avait obligé que l'on en suspendit la rigueur, elles ne restaient pas moins, ainsi que sa vie, à la disposition de M. de Barras. On le répétait à M. de Ménil-Durand; et un des témoins, le voyant hésiter à en convenir, il fut obligé d'ajouter avec plus de force encore : « Vous devez signer à M. de Barras qu'il était le maitre de votre » vie, et qu'il vous la généreusement donnée. » — «Eh bien ! » Messieurs, répond M. de Ménil-Durand, je consens; je souscris » à tout. De braves gens ne peuvent rien faire qu'on puisse » désapprouver. Si ma démarche déplait à mon corps, si on » cherche à m'écraser, je me réclamerai de vous; et si je ne » dois plus espérer de ressources sur cette terre, je viendrai, » Messieurs, sous vos ordres et dans vos régiments, y servir » comme grenadier ou comme simple dragon. Tout ce que vous » ferez sera bien fait. Ah! qu'il est doux, qu'il est beau de » souffrir sous vos yeux! On lui ajouta sur-le-champ : « Eh » bien ! voyez Barras. Embrassez-le; nous sommes sûrs qu'il ne » demande pas mieux. »

A ces mots, les mouvements du plus horrible désespoir frappèrent d'étonnement ceux qui venaient de l'écouter. On le vit réunir tout ce qu'il eut de forces pour se tordre les bras et les mordre avec fureur. Il fut impossible de ne pas méler de l'indignation dans les reproches qu'on lui en fit, et surtout dans la manière de lui faire sentir combien ils étaient éloignés de la position où les circonstances venaient de l'amener.

De l'autre côté, l'âme héroïque de M. de Barras, en cédant aux premières instances avec la noble générosité de la vraie valeur, ne s'arrêtait que sur l'inconvénient de voir suspendre encore une alfaire dont la mort d'un des deux combattants qui restaient devait être le terme. Aussitôt toutes les personnes qui

l'entouraient s'écrièrent d'une voix commune : « Non, M. de Ménil-Durand ne peut plus avoir de recours sur vous; nous sommes témoins de ce qui vient de se passer; et n'importe où nous nous trouverions, il faudra qu'il se coupe la gorge avec nous tous avant d'avoir le moindre démêlé avec vous sur cette affaire. D'ailleurs, lui ajouta-t-on, vous conserverez toujours le droit incontestable que vous donne sur lui votre quatrième coup que vous n'avez point tiré; et nous l'attestons à toute la terre. »

M. de Barras, alors, n'objectant plus rien, s'avançait avec les personnes qui l'entouraient vers le lieu où M. de Ménil-Durand était étendu, leur réclamant cependant une attestation des faits du combat, et surtout que toute espèce de retour soit anéanti sur cette affaire. Il ne fut pas difficile d'être d'accord sur une demande aussi juste, et on ne pouvait hésiter non plus sur celle d'avoir par écrit, de M. de Ménil-Durand, qu'il reconnaissait devoir la vie à la générosité de M. de Barras.

Il était déjà prévenu de cette convention ; elle lui fut encore proposée, et il lui eût été difficile de la contester.

Malgré cela, ses mouvements de désespoir recommencèrent encore à manifester le violent effort qu'il se faisait à l'approche de M. de Barras. Le nouvel étonnement que produisit cette récidive, et qu'il aperçut sur tout le monde, l'obligea enfin de les calmer.

M. Angot, qui avait été se jeter au cou de M. de Barras, revint vers son parent et lui dit avec le caractère et la fermeté qu'il a toujours montrés vis-à-vis de lui dans toute cette affaire : « Embrassez Barras comme vous le devez, comme un brave » homme qui vous a généreusement donné la vie; et, si vous » vouliez encore le chercher, ce serait par moi qu'il faudrait » commencer. »

De ce moment on vit les expressions de la sensibilité la plus touchante se mêler aux impressions d'horreur dont on était encore frappé. M. de Barras, emporté par le mouvement de son ame, embrasse M. de Ménil-Durand, en le couvrant de larmes. Il se lève et ne pense plus qu'à pleurer son malheureux ami, à qui on rendit à l'instant même les premiers hommages

qu'on devait à sa bravoure et à sa mémoire. On se jurait en même temps d'éteindre tout souvenir de cette malheureuse affaire, et les spectateurs, émus d'attendrissement et d'admiration pour l'action sublime de M. de Barras, mélèrent aussi leurs larmes et leurs embrassements à la promesse qu'ils donnèrent de joindre leur attestation à l'arrangement inviolable qu'on venait de prononcer.

Enfin, la nuit approchant, on ne put quitter trop tôt le théâtre d'une scène aussi sanglante, et où on laissait une victime que l'humanité n'avait pu sauver de la rigueur des préjugés et de la funeste prédestination qui l'attendait.

Le lendemain, on s'occupa de rédiger les écrits qui attestent à jamais de part et d'autre l'entière extinction de cette affaire, et qui sont le résultat des paroles d'honneur réciproquement données sur le champ de bataille. Ce fut enfin le terme des démarches cruelles qu'occasionna ce malheureux événement.

(Revue rétrospective.)

FIN DE L'APPENDICE.

TABLE DES MATIÈRES

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6

IV.

23

32

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VI.

47

61

VIII.

I. Un premier mot.
II. Versailles.
III. La Cour.

Le Jeu.
V. La Galanterie.

L'Armée.
VII. La Police.

L'Administration.
VIII. La Justice.
IX. - La Magistrature.

X. - Le Clergé.
XI. Le Jésuitisme
XII. - Jacques Bonhomme.
XIII Le Commerce. .
XIV. - L'Organisation du Travail.
XV. La Société.
XVI. La Politique.
XVII. Le Dénoûment.
XVIII: Le Bilan.

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151

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