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Il m'en coûtera ma patrie; mais je peux lui faire ce dernier sacrifice, il ne sera pas infructeux. Les bastilles s'écrouleront, frappées de vos foudres royales ; et le prix de ce généreux effort sera l'augmentation du bonheur et de l'amour de vos peuples, et la bénédiction de la postérité.

LINGUET.

UN DUEL SOUS LOUIS XVI.

La malheureuse affaire de MM. de Barras et de Sainte-Mesme contre M. de Ménil-Durand n'ayant pu être arrangée ni terminée à leur garnison, ces messieurs se donnèrent rendez-vous à Valenciennes, et partirent pour s'y rendre le 1er octobre. Ils arrivèrent à Charleville le 3 au soir, lorsque M. de MénilDurand arrivait de son côté à Mézières. M. Angot, son cousin, officier au régiment de la Reine-dragons, qui l'accompagnait pour lui servir de témoin, vint trouver ces messieurs le 4 dans la matinée, et leur proposa de ne pas aller plus loin, étant à proximité de la frontière.

Ces messieurs acceptèrent avec empressement et s'adressèrent au régiment de Bourbon pour avoir des témoins. Dans le reste de la journée on s'occupa des conventions et des arrangements nécessaires pour le combat, et, le lendemain 5, à onze heures du matin, comme on était près de partir, ces messieurs furent arrétés par le lieutenant des maréchaux de France qui retarda le moment où ils devaient terminer leur affaire; mais M. de Ménil-Durand ayant échappé à son garde, partit au même instant pour Paris; et aussitôt que M. de Barras et de SainteMesme furent relevés de leurs arrêts, ils se rendirent à Rumel, village près de la frontière, où ils attendirent le retour de leur adversaire.

Les régiments d'Aquitaine et de Bourbon profiterent de ce délai pour entamer une négociation dont l'objet était de sauver, s'il était possible, trois braves gens dont le courage et la fermelé excitaient leur intérêt et leur admiration,

On obtint du régiment de Ségur tout ce qui pouvait marquer l'intérêt qu'il prenait à MM. de Barras et de Sainte-Mesme, et autoriser la garnison à devenir l'arbitre de leur sort, et parut s'éloigner de tout ce qui pouvait avoir le moindre rapport avec M. de Ménil-Durand. Cette raison n'empêcha pas de suivre avec le même zèle la démarche qu'on avait entreprise. Le mardi 11 octobre, on la communiqua à M. de Ménil-Durand qui était arrivé le matin, et le lendemain, dès la pointe du jour, on fut en faire part à MM. de Barras et de Sainte-Mesme.

M. de Ménil-Durand demandait son argent ou la mort : « J'ai » un coup de poing que je chéris et que j'adore. Il n'y a pas » loin de ma poitrine à mon cœur, et le coup de poing y est » resté (ce sont ses propres paroles). Messieurs, je me battrai » à mort : voilà mon dernier mot, ma dernière décision. »

Toute espèce de tentatives et de propositions d'arrangement fut inutile. Ces messieurs résistèrent à toutes les objections qu'on leur réitéra avec instance, et le combat fut arrêté pour l'après-midi du 12 octobre.

Les lois du combat furent que M. de Sainte-Mesme commencerait; que ces messieurs, armés chacun de quatre pistolets à la ceinture, chargés à balle franche, seraient placés à cent pas l'un de l'autre; que les témoins se retireraient et ne verraient pas le combat; qu'alors au signal donné les combattants iraient à la charge, et se battraient à volonté et jusqu'à la mort. La loi était que le premier qui serait blessé et renversé, l'autre l'achèverait, s'il lui restait encore à tirer, et qu'alors le vainqueur pourrait appeler ; qu'avec M. de Barras, qui ne pouvait tirer que de la main gauche à cause de sa blessure, M. de MénilDurand ne se servirait que de sa main droite seule et sans s'appuyer du bras gauche. Même convention pour les témoins et pour la suite de combat.

Le lieu du combat ayant été choisi dans un bois hors des limites de France, on partit de Mézières à midi, et à trois heures tout le monde y était rendu.

Les trois combattants continuèrent toujours à montrer une égale bravoure, paraissant les plus tranquilles spectateurs de l'appareil dont ils étaient l'objet. M. de Ménil-Durand avait

une forte tâche à remplir : deux combats à essuyer contre des adversaires déjà blessés à la vérité dans leurs premiers combats, mais pas moins redoutables, les armes à la main, par

le sang-froid avec lequel ils allaient à la mort. On pourrait cependant avoir à reprocher à M. de Ménil-Durand de trop se livrer à son caractère, dans une circonstance où les propos et les fanfaronnades ne décident nullement des opinions. Ils furent d'autant plus remarqués, qu'ils avaient pour contraste l'honnêteté soutenue et le courage noble et tranquille de MM. de Barras et de Sainte-Mesme. On entendit, entre autres propos, M. de Ménil-Durand dire, en approchant du champ de bataille : « Messieurs, comme je me flatte d'enfoncer le ventre à M. de » Sainte-Mesme et que j'espère que cela ne sera pas long, je » ne voudrais pas qu'on fùt chercher M. de Barras bien loin, » ni attendre longtemps. » Quelqu'un qui se trouvait très à portée de lui, répondit : « M. de Barras ne se fera jamais » attendre.

Après les dernières dispositions pour le combat de MM. de Sainte-Mesme et de Ménil-Durand, les témoins se retirèrent. Le signal donné, le combat commence et, au second coup de pistolet, on entendit après un moment de silence : « A moi! » à moi ! » Alors on s'avança, de différents cotés à la fois. » M. de Sainte-Mesme était étendu sur le champ de bataille. » M. de Ménil-Durand qui venait d'appeler, ajouta : « Messieurs, » voilà M. de Sainte-Mesme ! C'est de mon premier coup qne ► je l'ai abattu. Mon second pistolet vient de rater, »

Un instant après, pendant qu'on était autour du corps de M. de Sainte-Mesme, il rejoignit deux autres personnes et leur dit : « Il m'a attendu, et m'a tiré à 15 ou 18 pas. Il me visait » à la ceinture, et la balle m'a brûlé l'oreille. J'ai couru sur » lui et l'ai tiré à 8 pas. J'ai ajusté à la poitrine; le coup a re» levé, et la balle lui est entrée au milieu du front. »

Il voulut alors marcher vers M. de Sainte-Mesme qu'il venait de tuer. Un des témoins lui cria : « N'avancez pas, Monsieur, » retirez-vous. » Aussitôt il revint sur ses pas aux deux mêmes » personnes et continua : « Messieurs, je peux ne pas avoir » tué M. de Sainte-Mesme, quoique je le crois bien mort. 11

» me reste deux coups à tirer dont je suis en droit de faire » usage, je ne l'ai pas fait. Mais certainement je n'en agirai pas » de mème avec M. de Barras. C'est le troisième combat que j'ai » avec lui : ce sera sûrement le dernier. »

Dans le moment du combat, M. de Saint-Mesme était mort sur le coup, et M. de Ménil-Durand, pouvant l'ignorer, avait couru sur lui pour l'achever, lorsque quelqu'un lui cria au même instant : « Eh! Monsieur, que faites-vous ? Il est mort. » Alors il se retira en appelant à lui.

Pendant les moments d'intervalle qui suivirent le premier combat, on fut obligé d'écarter les paysans qui rôdaient, et dont on craignait l'attroupement. Un des témoins et M. de Ménil-Durand se jetant dans les bois pour les éloigner, M. de Ménil-Durand affecta de vouloir encore aller considérer son ennemi vers l'endroit où on l'avait mis à l'écart. Le témoin l'arréta, et à plusieurs reprises lui ordonna de s'éloigner.

Cependant, quelqu'un avait aperçu de l'émotion sur M. de Ménil-Durand, l'instant d'après qu'il eut tué M. de Sainte-Mesme, et on l'aurait cru courageux sans férocité. A la vérité, il n'était encore quitle de rien ; il attendait un second adversaire, et cette position n'altéra pas un instant la fermeté qu'il conservait. 11 finit même par causer avec le témoin qui était resté avec lui, de choses indifférentes et très-étrangères à l'événement, mangea quelque chose pour se soutenir, prit aussi un peu de liqueur qu'il avait apportée, et son courage paraissait avoir pris un caractère plus calme; mais, si dans le premier moment il eut à écarter quelques impressions naturelles, il pouvait se raidir contre elles sans affecter la férocité.

A cette première scène d'horreur pour les témoins, devait succéder une seconde attaque. Les combattants s'y préparèrent avec un sang-froid toujours égal, et les dispositions furent les mêmes.

M. de Barras, allant au combat, était sûr de ne plus revoir son ami. Sa fermeté retint les monvements de la nature qui prirent ensuite le plus violent essor, mais dont il ne parut rien tant qu'il eut besoin de sa tête et de son sang-froid.

Les deux combattants, en présence l'un de l'autre, s'attaquèrent avec une valeur et une animosité qui ne pouvait être que parfaitement égale par la manière dont les coups se succédèrent. M. de Barras laissa tirer M. de Ménil-Durand le premier, et lui riposta. M. de Ménil-Durand tira son second coup qui se confondit avec le second aussi de M. de Barras. Ces messicurs se serrèrent jusques à quatre pas. M. de Ménil-Durand tira son troisième coup, et peu de temps après tira son quatrième, qui fut immédiatement suivi du troisième seulement de M. de Barras. Après ces deux derniers coups où l'on pouvait juger que les combattants s'étaient tués ou blessés tous deux, il se fit un silence; et, après quelques moments, on reconnut la voix de M. de Ménil-Durand paraissant demander de la poudre et appelant les témoins d'une manière à la fois chancelante et précipitée. On arrive, et on voit avec étonnement M. de Barras reculant de quelque pas, mais toujours sur le champ de bataille et encore armé d'un pistolet, criant au premier qu'il aperçoit : « N'avancez pas, messieurs ! Messieurs, retirez-vous ! » On vous a appelés; mais décidez. J'ai essuyé quatre coups de » feu, messieurs, et n'en ai tiré que trois. Il m'en reste encore » un; j'en appelle, et je demande mes droits. >>

M. de Ménil-Durand, déjà sorti du champ de bataille, était blessé au haut de la cuisse gauche, et, marchant vers les témoins en se soutenant à peine, se laissa tomber au moment où il les aperçut, leur criant : « Arrivez donc, Messieurs ! à moi! >>

Au même instant où il avait appelé, un chirurgien, qu'on avait eu la précaution d'amener, s'était aussitôt avancé et s'occupait même à le secourir. Pendant que M. de Barras prononçait sa réclamation, les témoins, qui alors ne commençaient qu'à paraître, continuent de s'avancer. M. de Barras, resté dans sa mème position, s'était arrêté en finissant de parler; et M. de Ménil-Durand, apparemment étonné de le voir encore, et oubliant tout à fait les règles du combat, s'écria avec précipitation : « Qu'on me l’ote des yeux, Messieurs ! Qu'on lui ôte son pistolet, » car il est homme à le tirer. » Un des témoins, qui allait à lui, n'avait pas fini de le lui demander, que M. de Barras le lui remettait généreusement. M. de Ménil-Durand ajouta même encore : « Tu ne le tireras pas; va! » M. de Barras lui répondit

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