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La messe était un crime dans bien des départements. A Tarbes, un prêtre, curé du district, fut condamné à deux mois de prison et cent francs d'amende pour avoir dit la messe et exercé ses fonctions le jeudi saint, lors même qu'il n'y avait pas de prêtre jureur pour faire le service. On ne distinguait plus entre les prêtres remplacés et ceux qui ne l'étaient pas; on traitait ces derniers avec la même barbarie, quoiqu'ils eussent le droit de rester dans leur paroisse. On ne distinguait pas non plus ceux qui avaient refusé le serment, de ceux qui l'avaient fait avec restriction, et qui, avec l'assentiment du moins tacite des autorités locales, avaient continué leurs fonctions. Ces restrictions n'étaient plus admises; elles devenaient, au contraire, un crime. On a vu des prêtres condamnés à deux heures de carcan, à deux années de fers, et même à l'exil, pour avoir déclaré, dans leur serment, qu'ils exceptaient tout ce qui était contraire à la religion (1). Désormais, plus de distinction, plus d'indulgence. Pour dire la messe dans certaines localités, il fallait choisir les appartements les plus reculés, éviter jusqu'à la moindre apparence d'une assemblée religieuse. Les catholiques étaient surveillés, surtout les jours de dimanches et de fêtes (2), où l'on pensait qu'ils entendraient la messe. Au moindre soupçon de la présence d'un prêtre, on faisait des visites domiciliaires. L'apparence d'un autel était un crime; la découverte d'un calice ou d'un ornement sacerdotal était un complot contre la révoJution, et puni sévèrement. Il faut rendre justice à la

(1) Barruel, Hist. du Clergé, t. I, p. 282. (2) Ibid., p. 196.

magistrature comme au directoire du département du Rhône. Les prêtres non assermentés avaient été arrêtés et livrés aux tribunaux, pour avoir administré le baptême et béni des mariages : les magistrats les renvoyèrent absous, après avoir déclaré qu'ils n'avaient rien fait qui ne fût permis par la constitution (1). Et telle a été en général la noble conduite de la magistrature : ils renvoyaient absous les prêtres traduits à leur tribunal, parce qu'ils ne les trouvaient pas criminels. Cependant il y a eu des exceptions; et l'on a vu des juges qui partageaient la haine des révolutionnaires, ou qui se laissaient influencer par les clubs. Le curé de Saint-Sulpice, diocèse de Rennes, eut les cheveux coupés, et fut condamné au carcan pendant quatre heures et à six années de détention, parce que, dans un pays où toutes les opinions étaient libres, il avait donné à ses paroissiens quelques leçons sur les caraclères de la véritable Église (2). Un autre curé du même diocèse, celui de Noyal-sur-Vilaine, avait prêché sur l'unité de l'Église, ce qui élait un crime irrémissible. Aussi fut-il condamné à trois ans de détention. En ayant appelé au tribunal de Saint-Malo, les juges lui donnèrent l'option entre la rétraclation de sa doctrine ou la prison perpétuelle. Le curé, fortement attaché à sa foi, choisit la prison. Son vicaire, accusé et condamné avec lui, fit de même (3). Admirable fermeté, qui méritait un meilleur sort! Telle est la manière dont on procédait contre l'ancien clergé. Il n'osait plus parler

(1) Nouveau compte rendu au Roi, p. 13.

(2) Barruel, Hist. du Clergé, t. I, p. 197. Hist. de la persécut. révol., t. I, p. 353.

- Tresvaux,

(3) Ibid.

des vérités importantes de la religion, tandis qu'on accordait une si grande liberté aux clubs, aux orateurs des bornes, à qui on laissait enseigner les doctrines, je ne dis pas les plus anarchiques, mais les plus sanguinaires : les prêtres sont poursuivis, condamnés pour avoir dit la messe, tandis qu'on a une entière indulgence pour les malfaiteurs, les incendiaires, et les perturbateurs de l'ordre public.

Pour empêcher les prêtres de dire la messe, on avait grand soin, dans les expéditions qu'on faisait, d'enlever les ornements sacerdotaux, et surtout les calices; on allait jusque dans les maisons religieuses pour s'en emparer. Dans le diocèse d'Évreux, un curé, celui de Saint-Michel, nommé Bessin, eut un sort bien malheureux, pour n'avoir

pas

livré à l'intrus les ornements et les vases sacrés de l'église. Il avait pris soin de les soustraire et de les cacher, selon la règle suivie dans les premiers siècles du christianisme. De là de grandes clameurs contre le curé, qu'on accusait de larcin; il fut arrêté, traduit devant les officiers municipaux. Il répondit avec fermeté qu'il a voulu, non s'attribuer à lui les vases sacrés, mais seulement les soustraire à la profanation, selon l'ancienne discipline de l'Église. Cependant, comme il était calomnié, il indiqua l'endroit où le dépôt sacré était caché. Mais la multitude n'était point satisfaite, elle voulait se porter aus derniers excès. Le maire eut beau la conjurer d'attendre la sentence du tribunal, et de ne pas se déshonorer par un làche assassinat ; ce fut en vain. Le curé fut arraché de la prison, traîné le long des rues, et percé de mille coups. On détacha la tête et les bras, qu'on jeta dans la rivière, après les avoir portés en triomphe. Le reste

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du corps sut trainé devant le cimetière, où il resta plusieurs jours sans sépulture (1). C'est là que tendait la haine qu'on nourrissait contre les ecclésiastiques; elle ne pouvait être satisfaite que par l'extermination.

Ce qu'il y a de triste à voir, c'est que le clergé constitutionnel et schismatique n'est point étranger à ces persécutions : c'est lui, au contraire, qui en donne l'impulsion. Ce malheureux clergé devait, dans l'opinion des législateurs, rappeler par la pureté de ses meurs la primitive Église, et, dans le fait, il ne rappelait que les persécuteurs de cette Église. Choisi parmi les prêtres qui étaient entrés dans l'état ecclésiastique sans vocation, et qui depuis longtemps avaient rompu avec leur conscience, il était furieux de se voir abandonné des chrétiens et des honnêtes gens; car, malgré tous ses efforts et ses persécutions, ses églises restaient désertes. Ses partisans, sans religion et sans moeurs, ne les fréquentaient guère; les chrétiens les fuyaient, et allaient quelquefois bien loin pour trouver un prê. tre fidèle. Que firent les curés constitutionnels ? Ils cherchèrent d'abord à détruire la confiance qu'inspirait l'ancien clergé. Ils se permettaient en chaire toutes les diatribes, toutes les invectives débitées au seizième siècle contre le clergé. Ils représentaient ce clergé comme rebelle, comme traître à la patrie, et digne de l'animadversion publique. Ils allaient si loin, que leurs propres partisans étaient scandalisés de leurs propos et de leurs déclamations furieuses. A Paris, un vicaire intrus de l'abbaye de Saint-Germain ne cessant de déclamer contre les prétendus incendiaires, on lui annonça

(1) Barruel, Hist. du Clergé, t. I, p. 191-192.

qu'on ne lui permettrait plus de prêcher, s'il n'adoptait un autre genre de prônes. A Gondreville, en Lorraine, toute une paroisse adressa une requête au département de la Meurthe, pour se plaindre des violentes récriminations du curé constitutionnel contre l'ancien clergé (1),

Ainsi, en décriant les autres, ils se décriaient euxmêmes, et inspiraient aux peuples un profond dégoût et une invincible répugnance. Ils avaient mis l'espérance de leurs succès dans l'éloignement des anciens prêtres; ils s'étaient imaginé que leurs paroissiens, une fois séparés de leurs pasteurs, iraient à l'église constitutionnelle, et s'attacheraient au nouveau clergé : mais les fidèles avaient trop de lumières pour ne point distinguer entre l'un et l'autre culte. Bien des fois les curés constitutionnels, entrant en controverse avec eux, furent confondus, et réduits à ne pouvoir répondre. On traitait ces catholiques d'ignorants sans doute, comme nous le voyons par les discours et les pamphlets de l'époque. La science consistait alors à se croire peuple souverain, à se persuader qu'on pouvait se passer de religion, mépriser la loi, l'autorité, même celle du roi. C'était là le résumé clair et net de toutes les grandes lumières du siècle. Les vrais chrétiens étaient étrangers à cette science; mais ils en avaient une autre qui était plus précieuse, et qui leur faisait repousser le schisme. On avait beau éloigner, chasser, emprisonner les anciens prêtres; le culte officiel n'en allait pas mieux. Les églises demeuraient toujours désertes, du moins à la campagne. Les constitutionnels résolurent alors de se

(1) Barruel, Hist. dy Clergé, t. I, p. 186.

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