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rir que

d'adhérer au schisme. Sur le moindre soupçon d'un prêtre caché, on violait le domicile des particuliers, on y faisait les recherches les plus minutieuses, jusque dans les caves, les greniers à foin, où l'on enfonçait la baïonnette sans craindre de percer ceux qui pouvaient y être cachés. Sous prétexte de rechercher des armes, on faisait des expéditions à la campagne dans les châteaux; on fouillait parlout, et quand on avait découvert un prêtre, on l'emmenait à la ville avec une espèce de triomphe et au milieu des cris sinistres de la populace. De cette sorte, bien des prêtres qui s'étaient dévoués au service des fidèles furent pris et enlevés. Douleur pour les fidèles, triomphe pour les révolutionnaires (1). Voilà le spectacle qu'on voyait dans toutes les parties de la France, et principalement dans les départements de l'ouest.

Celui du Finistère est toujours au premier rang quand il s'agit de persécutions. Il dirigea de nombreuses expéditions contre des communes paisibles qui avaient conservé leurs anciens pasteurs. La commune de Plouguin jouissait d'une parfaite tranquillité, lorsqu'un dimanche, au moment où l'on y chantait vêpres, arriva la force armée envoyée par le département. Les habitants s'étant opposés à la violence, une collision eut lieu. L'administration départementale condamna la commune aux frais de l'expédition, en informa l'Assemblée législative, attribuant aux prêtres réfractaires les troubles qu'elle avait causés (2).

Dans d'autres départements où les patriotes n'avaient

(1) Barruel, Hist. du Clergé, t. I, p. 204, 213. (2) Tresvaux, Hist. de la Persécut. en Bretagne, t. I, p. 330.

pas obtenu ces dispositions tyranniques de la part des directoires, les municipalités agissaient à leur place. Le 13 février, un officier municipal de la ville de Lyon se présenta à la barre de l'Assemblée, se plaignant des obstacles que le directoire du département opposait sans cesse à la municipalité qui fermait les églises, enlevait el emprisonnait les prêtres et les dévotes. Il rapporta que le directoire avait déclaré vexatoires les démarches des braves municipaux, qu'il les représentait comme l'instrument de la plus affreuse inquisition. Il s'éleva aussi contre le tribunal du district, qui s'était avisé de trouver innocents ceux que la municipalité avait arrêtés comme coupables. L'officier municipal reçut les compliments du président et les honneurs de la séance. Sa plainte fut envoyée à l'examen du comité. A. Auch, la municipalité était aussi en contradiction avec le directoire du département. Elle avait fait fermer les églises des couyents; le directoire s'y opposait, voulant maintenir la liberté des cultes, suivant la constitution. Les municipaux ont déposé alors l'écharpe; les perturbateurs impunis ont insulté, traîné par les cheveux, blessé les membres du directoire, qui avait décidé de transférer ses séances à Mirande (1).

Dans mille endroits les municipalités se constituaient en corps législatif, exerçant en même temps le pouvoir exécutif : elles agissaient d'une manière arbitraire et absolue, sans suivre aucune loi. Dans le département de Vaucluse, les habitants des Viens entendaient la messe de leur ancien pasteur dans la chapelle du château. Le

(1) Moniteur, séance du 13 février 1792. (2) Moniteur, séance du 5 février 1792.

saint sacrement était exposé lorsque arriva le maire en écharpe, accompagné du procureur de la commune, et escorté de gens armés de fusils et de poignards. A cet aspect, les femmes et les enfants jetèrent un cri de frayeur. Le maire s'approcha du célébrant, lui ordonna de quitter l'autel, sous prétexte que les attroupements sont défendus

par

la loi. Le célébrant ne se laissa pas intimider; il répondit avec fermeté au maire : « Oui, dit-il, les altroupements des séditieux armés sont défendus; mais une assemblée de fidèles, paisiblement réunis dans un temple pour prier Dieu, n'est pas défendue, puisque la liberté des cultes est un article fondamental de la constitution. Je vous conjure au moins de permettre que le peuple puisse assister à la fin du saint sacrifice. » Le maire ordonna d'évacuer la chapelle sur-le-champ. Ses compagnons proféraient des blasphèmes contre le Saint des saints; un des brigands demanda même s'il était temps de faire feu. Le curé se retourna alors, et adressa aux fidèles ces paroles : « Vous êtes dispensés d'entendre le reste de la messe : Dieu se contente de votre bonne volonté. Retirez-vous; mais dans un esprit de paix, de patience, de soumission aux lois, sans rien dire ni faire qui puisse occasionner de votre part le moindre désordre. » A ces paroles, les fidèles, soumis à leur pasteur, se retirèrent en réprimant jusqu'au plus léger mouvement de leur indignation. Il a fallu un procès-verbal pour constater que le pasteur n'a point cherché à soulever le peuple (1).

Voilà ce que faisait l'autorité municipale dans mille

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endroits de la France. Le peuple le faisait à son tour sans l'ordre de la municipalité, et quelquefois contre son gré. Des bandes de voleurs et de brigands se mettaient ensemble, et, sans réquisition aucune, se répandaient dans la campagne, pour y exercer toute sorte de brigandages, sous le prétexte de rechercher les prêtres. C'était la lie de la garde nationale des villes qui souvent faisait la loi à la municipalité, et même au direcloire. A Arras, ville d'ailleurs si religieuse, une partie de la garde nationale prit les armes sans réquisition, et déclara que l'objet de son rassemblement était de faire effectuer, par les corps administratifs, la clôture de toutes les églises non consacrées au culte officiel. Le directoire fut obligé d'obéir (1).

Dans le département d'Ille-et-Vilaine, des gardes nationaux se répandaient dans un grand nombre de communes, telles que Villepot, Noyal, Fercé, Chelun, etc., où les pasteurs n'avaient pas encore été remplacés ; ils burent avec excès, fouettèrent des filles et des femmes, chassèrent les prêtres, et fermèrent les églises et les presbytères. A Moutiers ils voulurent pendre le curé, qui avait plus de soixante-dix ans. Les cordes étaient déjà préparées. N'ayant pas osé le faire, ils lui demandèrent le serment à la constitution civile du clergé : sur son refus, ils le mirent à la porte, et jetèrent ses meubles sur le pavé. Près de Rennes, ils chassèrent le curé d'Acigné non encore remplacé, pillèrent en divers endroits de la paroisse, brisèrent les meubles du maire, et mirent à coups de hache un crucifix en pièces. L'autorité les laissa impunis (2).

(1) Monit., séance du 20 mars 1792
(2) Tresvaux, Hist. de la Perséc. révol., t. I, p. 348.

Elle fermait les yeux sur ces sortes d'attentats, lorsqu'elle avait un oeil si vigilant sur les prêtres non assermentés. Une horde de bandits s'était portée sur l'église de Notre-Dame de Puy. Ils ne se contentèrent pas d'en piller les richesses, d'y briser la croix et les images des saints; ils y mirent le feu, dansèrent autour des flammes, et ne se retirèrent que lorsque l'église était en cendres. On ne dit pas que l'autorité en ait tiré la moindre vengeance. Elle cherchait à excuser les patriotes, n'osant

pas

les punir (1). C'est ce que nous voyons presque partout. Dans le département de Lot-etGaronne, une bande se porta sur l'église paroissiale de Marmande en plein jour, brisa les bancs à coups de hache et de marteaux, sous prétexte qu'ils appartenaient à des aristocrates, et fit des dégâts considérables. La municipalité excusa les dégâts, en les attribuant à des enfants (2)

Mais on n'agissait pas ainsi envers les prêtres catholiques. Dans la même commune, un prêtre fidèle fut condamné à vingt-quatre heures de prison, parce qu'il avait dit la messe sans prendre les ordres du curé constitutionnel, qu'il ne voulait pas reconnaître. Il avait beau exbiber l'arrêté du département qui permettait à tout prêtre de dire la messe dans toute espèce d'église, il fut condamné par les tribuns municipaux, sous prélexte qu'il avait réuni des paysans et cherché à les ameuter (3). Ceux qui avaient brisé les bancs ne furent pas recherchés.

(1) Barruel, t. 1, p. 232.
(2) Hist. du Clergé depuis la convocat., t. III, p. 242.
(3) Ibid., p. 241.

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