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état de délabrement complet. Il avait servi, dans la dernière guerre avec l'Angleterre, à renfermer les prisonhiers de cette nation. C'est ce local qu'on choisit pour les prêtres non assermentés. On Jes y conduisait tantôt enchaînés, quoiqu'ils ne fissent aucune résistance; tantôt revêtus, par dérision, de l'uniforme de la garde nationale ; tantôt en compagnie de voleurs et de malfaiteurs. Les murs du vieux château n'étaient pas plus insensibles que les auteurs de leur captivité et les gardiens qui les entouraient. Renfermés dans ces noirs cachots longtemps inhabités, ils manquaient d'air pour respirer. Après la mort d'un d'entre eux, on leur permit de monter sur la plate-forme de la tour; encore fallait-il

que le geôlier le jugeât à propos. Le département ne leur fournissait rien, quoique le terme de leur pension ou de leur traitement fût échu. Ils étaient donc obligés de vivre à leurs frais, et d'acheter tout au poids de l'or, car on spéculait sur leur nourriture. Le geôlier qui leur préparait à manger se faisait payer cher. Les gardiens qui les entouraient ne leur disaient que des injures; les membres de la municipalité, les inspecteurs des prisons ne venaient jamais sans leur dire quelque chose de grossier et de dur. Les passants même, lorsqu'ils les voyaient sur la plateforme, les insultaient. Quelques bandits allèrent jusqu'à leur tirer des coups de fusil. Plus d'égards, plus de commisération pour ces malheureux prisonniers. Cependant ils se suffisaient à eux-mêmes, ils s'encourageaient les uns les autres, et supportaient avec une héroïque patience leur dure captivité, jusqu'au moment de la déportation. Un seul, sur quarante-deux qu'ils étaient, se laissa décourager, et recouvra la li

berté par la prestation du serment. Cette défection causa une grande peine à ses confrères (1). Le prêtre répara plus tard sa faute, et devint, après le rétablissement du culte, un très-bon pasteur (2).

D'autres directoires, sans être aussi cruels, n'en sont pas moins injustes. Ils ordonnent aux prêtres non assermentés, suivant les idées émises dans l'Assemblée législative, de se rendre tous au chef-lieu du département; les municipalités sont chargées, en cas de désobéissance, de les arrêter et de les y conduire. On voit alors un spectacle que la France chrétienne n'avait jamais vu. Tous les ecclésiastiques qui avaient conservé leur foi sont obligés de quitter leurs parents, leurs amis, les familles chrétiennes où ils avaient trouvé un asile après leur disgrâce, et de se transporter au chef-lieu du département, où ils ne connaissent personne. Ils arrivent de tous côtés; les routes en sont couvertes. Les uns marchent librement, les autres sont enchaînés et emmenés de force. Les plus jeunes sont en avant; les vieillards, appuyés sur un bâton, les suivent; les infirmes sont accompagnés de jeunes prêtres qui ont la charité de leur donner le bras. Ils sont insultés sur leur passage, ils le sont encore au cheflieu où ils arrivent. Là, pour qu'ils ne puissent se répandre dans les campagnes voisines et y exercer quelques fonctions de leur ministère, on les soumet à un appel nominal deux fois par jour. La messe leur est interdite, même dans des maisons particulières, sous

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(1) Barruel, Hist. du Clergé, t. I, p. 200.-- Tresvaux, Hist. de la Persécut. révol., t. I, p. 338. (2) Hist. du Clergé, par M. R., t. II, p. 24.

peine d'amende; le salut du saint-sacrement est puni comme un crime. Ces faits paraissent incroyables; cependant ils ne sont malheureusement que trop vrais. Cinq départements entre autres, ceux de la Haute-Garonne, de la Loire-Inférieure, d'Ille-et-Vilaine, de Maine-et-Loire, de la Mayenne, nous en fournissent des exemples.

A Toulouse, on commença par les moines, dont on ferma les cloîtres, et à qui l'on défendit de porter leur costume. Un arrêté du département suivit de près, et éloigna tous les prêtres destitués à quatre lieues de leur domicile : on les appela à Toulouse. Là, les réfugiés se consolaient avec les prêtres résidents; aussitôt un nouvel arrêté éloigna ceux-ci, et exila avec eux les religieux. Il fallait

peu
de chose

pour

être mis en prison. Au mois de février, on comptait à Toulouse plus de douze prêtres incarcérés à qui on offrit ensuite la liberté, moyennant une consignation de 3,000 livres (1)

Le directoire de Nantes donna le même ordre le 24 janvier; on dit que ce fut à l'instigation du clergé constitutionnel. Les prêtres qui s'y étaient rendus ou qu'on y avait emmenés de force faisaient des excursions dans les environs pour y exercer quelques fonctions du ministère, ce que les schismatiques ne pouvaient souffrir. Ceux-ci obtinrent du directoire un nouvel arrêté qui prescrivait aux prêtres catholiques do se présenter à l'appel nominal jusqu'à deux fois par jour, et de ne point s'écarter à plus d'une demi

(1) Nouveau compte rendu au Roi, p. 17.

lieue de la cathédrale, ce qui fut ponctuellement suivi (1).

Dans le département d'Ille-et-Vilaine, on leur prescrivit le serment civique, sous peine d'avoir la ville de Rennes pour prison. On leur donna quinze jours pour y réfléchir, après l'expiration desquels ils devaient se rendre au chef-lieu du département, s'ils ne l'avaient pas prêté. Tous se refusèrent à ce nouveau serment, qui ne différait guère du premier. Les quinze jours n'étaient pas encore expirés, et déjà les gendarmes étaient en route pour arrêter les généreux confesseurs de la foi. On les voyait arriver à Rennes sans argent, à peine vêtus; car on les avait enlevés avec tant de précipitation qu'ils n'avaient pas eu le temps de prendre leurs effets. Ils eurent la consolation d'être accueillis par des familles chrétiennes, pour lesquelles ils devinrent une espèce de providence; car les prêtres de la ville avaient été éloignés à trois lieues de distance, et ne pouvaient plus administrer les sacrements. Les nouveaux venus les remplaçaient auprès d'eux, et disaient la messe dans leurs maisons. Le but du clergé constitutionnel n'était pas atteint. En faisant éloigner les prêtres de leurs paroisses, ils avaient espéré leur interdire tout exercice du ministère et forcer les peuples à recourir à eux. Se voyant trompés dans leur attente, ils s'adressèrent aux clubistes, et par eux au directoire du département, pour demander l'incarcération de lous les prêtres réfractaires : c'était le seul moyen de les empêcher d'exercer leur ministère. Mais le directoire recula devant cette mesure d'iniquité. Il permit seulement à la municipa

(1) Tresvaux, Hisl. de la Persécut. révol., t. I, p. 301.

lité de prendre des mesures répressives contre ceux des prêtres qui troubleraient l'ordre public. C'était assez, car tous ceux qui disaient la messe étaient censés troubler l'ordre public. Les dénonciations qu'on envoyait à l'Assemblée législative n'avaient pas d'autre fondement. La municipalité de Rennes eut l'infamie d'interdire la messe,

sous peine d'une amende de 30 francs contre le prêtre et de 12 francs contre chaque assistant. De là de nombreuses visites inquisitoriales. Ceux qui étaient surpris, soit à dire la messe, soit à y assister, étaient obligés de payer l'amende. La ville de Rennes en offrit plusieurs exemples. Un jour on mit à l'amende de nombreux assistants au salut du saint sacrement. De plus, comme les prêtres avaient l'habitude de se réunir plusieurs ensemble, soit pour se promener, soit pour manger à la même table, le directoire, à l'instigation des clubs, fit l'arrêté suivant :

« Les prêtres réfractaires qui se réuniront, soit dans les rues, soit dans les maisons, au nombre de plus de trois, seront incarcérés. Tous les ecclésiastiques se présenteront deux fois par jour à l'hôtel de ville, le matin pour y inscrire leur nom, le soir pour y répondre à l'appel nominal. Les commissaires iront dans les maisons prendre les noms des infirmes et des malades (1).»

L'arrêté fut ponctuellement exécuté. Les prêtres furent obligés de se présenter deux fois par jour à l'hôtel de ville, où, sous le moindre prétexte, on les

Tresvaux, Hist. de la Perséc.

(1) Barruel, t. I, p. 230. révol., t. I, p. 355.

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